Trop de jeunes Vaudois restent sur le carreau

FormationAlors que la Suisse vise 95% de diplômés à l’âge de 25 ans, le taux cantonal plafonne à 84,8%, en queue de classement. Le remède choisi: valoriser la formation professionnelle.

A l'Ecole de la transition, l’enseignant Nicolas Moullet (au centre) lors d’un cours de coaching en recherche d’apprentissage.

A l'Ecole de la transition, l’enseignant Nicolas Moullet (au centre) lors d’un cours de coaching en recherche d’apprentissage. Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Rupture d’apprentissage, abandon du gymnase, études interrompues. L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié récemment une étude sur le parcours des jeunes de moins de 25 ans, en mesurant la proportion de ceux qui ont un diplôme en poche.

Les résultats de la Suisse alémanique sont brillants. Dans presque tous les cantons, les jeunes adultes «certifiés» pointent à plus de 90%, avec une moyenne suisse à 90,9%. Le meilleur résultat est obtenu par Appenzell Rhodes-Intérieures (98,6%). Moins glorieux, les Vaudois figurent à l’avant-dernière place de ce classement (84,8%), juste devant Genève (83,1%). Autrement dit, 15% de nos jeunes se retrouvent sans diplôme en poche. Alors que la Conférence des cantons vise 95% de diplômés.

Pour Laurent Gaillard, coauteur de l’étude à l’OFS, de nombreuses raisons expliquent cette différence, sans réponse unique à ce stade. Parmi les éléments d’analyse: la part de jeunes étrangers nés à l’étranger influence significativement les courbes. Dans le canton de Vaud, les chiffres sont ainsi meilleurs lorsque l’on restreint la statistique aux jeunes Suisses nés en Suisse (90%). Plus le canton accueille dans ses écoles de non-Suisses, avec les problèmes de langue que cela suppose notamment, plus la proportion de jeunes titulaires d’un diplôme s’amenuise.

Plus de diplôme où l'apprentissage est prisé

Les contrastes ville-campagne sont aussi importants. Lausanne, par exemple, affiche un taux plancher de 80,2%, contre 92,5% dans le district de la Broye. Les cantons à forte composante rurale ont globalement de meilleurs taux de diplômés. Mais l’élément qui retient le plus l’attention des observateurs est la répartition entre les diplômés de la formation professionnelle et les titulaires d’une matu. Un bref parcours des résultats des 26 cantons montre qu’il y a davantage de jeunes avec un papier en poche dans les cantons où les apprentissages ou les écoles professionnelles sont les plus prisés.

Or, Vaud figure parmi ceux qui présentent les plus hauts taux d’élèves ayant suivi une formation générale (maturités et diplômes de culture générale) pour une proportion très moyenne d’apprentissages et de formations en écoles des métiers.

Pour Jean-Daniel Zufferey, chef de la Division des affaires intercantonales et de la transition au Département vaudois de la formation (DFJC), plus on pousse les jeunes à suivre des formations exigeantes sur le plan scolaire, plus il existe un risque d’échec. «La question n’est pas simple, poursuit-il. Faut-il viser une forte proportion d’universitaires, avec les risques que cela comporte, ou inversement assurer une certification à un maximum de jeunes en développant la formation professionnelle? On entend tous les jours qu’il manque des universitaires en Suisse, mais aussi qu’il y a encore trop de jeunes sans formation.»

Reste qu’avec plus de 15% de jeunes Vaudois sans diplôme, les conséquences sont réelles. Dans le canton, on recense plus de 4000 personnes entre 18 et 25 ans au revenu d’insertion (RI, aide sociale). Or, comme l’a déclaré la ministre Cesla Amarelle devant le Grand Conseil, il y a une «corrélation très forte» entre le faible degré de certification et le taux de dépendance au RI. La magistrate a tranché: il faut revaloriser la formation professionnelle. Dès sa campagne électorale, la socialiste a milité dans ce sens alors que Vaud est plutôt attaché à l’académisme.

Remèdes dans le pipeline

Ses premiers gestes politiques ont confirmé cette option. Michel Tatti, directeur du Centre professionnel du Nord vaudois, a été nommé conseiller personnel; l’ancien chef du Service de la promotion économique, Lionel Eperon, a pris la tête de la Direction de l’enseignement postobligatoire.

De très nombreuses mesures, petites ou grandes, figurent en outre dans le pipeline du DFJC. Par exemple, l’État veut augmenter le soutien personnalisé aux jeunes en rupture. Un effort doit être consenti pour promouvoir les AFP (attestation fédérale de formation professionnelle), des diplômes moins exigeants que les CFC (certificat fédéral de capacité). Le suivi des apprentis et des élèves (orientation) sera renforcé. Des plates-formes régionales avec les acteurs de l’orientation, des écoles professionnelles et des entreprises sont envisagées. Le programme de législature du gouvernement vise la création de 1000 places d’apprentissage.

Remède il y a donc. Mais une question demeure: les Vaudois n’obtiennent-ils pas de moins bons résultats à cause d’un niveau scolaire moins bon? Fribourg, par exemple, n’a pas tout misé sur la formation professionnelle. Beaucoup de ses jeunes obtiennent une maturité. Le canton affiche pourtant un «taux de certification» de 92,7%.

Jean-Daniel Zufferey renvoie aux derniers résultats de PISA (2012), qui montrent que les Vaudois figurent dans la moyenne des élèves romands. Le spécialiste pointe aussi que les résultats par canton de PISA et de l’OFS ne sont pas directement en corrélation, ce qui démontre que le niveau scolaire n’est «probablement pas déterminant».

L’étude de l’OFS:

www.bfs.admin.ch

(24 heures)

Créé: 19.02.2018, 06h43

Une première

La statistique porte sur l’année 2015. «Elle a pour particularité de se baser pour la première fois sur des données individuelles et exhaustives», indique Laurent Gaillard, coauteur de l’étude à l’Office fédéral de la statistique. Les chercheurs ont pu s’appuyer sur des relevés «modernisés» du domaine de la formation, mais aussi sur la statistique de la population et des ménages. Cette dernière se base sur les registres de personnes en mains de la Confédération, des cantons et des communes. L’identificateur des personnes via leur numéro AVS à 13 chiffres y a été introduit dès 2010.

L’école de la transition, où les ados apprennent la confiance en eux

À l’École vaudoise de la transition, ancien OPTI, les élèves qui n’ont pas de solution après la 11e viennent se préparer au monde de l’emploi. L’école affiche un taux de placement de 69%. Parmi les cours généraux et d’orientation: des leçons de coaching pour la recherche d’un apprentissage.

Le site de Bussigny se trouve dans la zone industrielle. Ce lundi matin, la classe de Nicolas Moullet s’active en vue de la Nuit de l’apprentissage, une sorte de speed dating de l’emploi (speed recruting), qui a lieu le lendemain soir. Le cours de coaching est animé par quatre enseignants. Conseillère en orientation, Iwona Domanska guide les élèves dans leurs démarches: «Prenez avec vous votre clé USB, indique-t-elle. Soyez là dix minutes en avance et montrez votre convocation.» Puis elle déplie les étapes suivantes: «Vous devrez appeler pour vous assurer que la place est toujours libre et que vous n’envoyiez pas votre dossier dans le vide. Ensuite, vous noterez pour vous ce que vous avez fait pour éviter un travail à double; ça peut être utile quand on fait 50 postulations.»

Dix-huit élèves composent la classe de Nicolas Moullet. Et pourtant, dans ce cours de coaching, seuls quatre d’entre eux sont là. C’est que certains sont en pleins examens, d’autres ont déjà trouvé un futur employeur. Il y a aussi ceux qui réalisent un stage ou passent un entretien d’embauche.

Pour Iwona Domanska, le but d’un cours serré comme celui de coaching est de donner confiance aux élèves: «Il faut
les rendre flexibles, leur apprendre à s’adapter. C’est en pratiquant qu’ils apprennent à dépasser leurs a priori.» Concentrée face à son écran, Ayca, 17 ans bientôt, cherche un apprentissage d’employée de commerce. Après avoir
fait un stage dans une administration en lien avec le social à Renens, elle a aiguisé son appétit: «Je serais contente de trouver une place dans ce genre de domaine», dit-elle. Semso, 17 ans, a opté pour le métier d’installateur sanitaire: «J’ai fait des stages en électricité, en cuisine et en mécanique aussi, mais j’ai préféré le sanitaire.» Ancien élève du Belvédère à Lausanne, Semso dit avoir repris confiance à l’École de la transition grâce à ses bonnes notes. Alessandro, 16 ans bientôt, fait le même commentaire: «Je trouve qu’on est classé quand on vient de VG1 (ndlr: voie générale niveau 1, le niveau le moins scolaire). On ne se sent pas prioritaire et on doit assurer plus que les autres.» Désormais en transition, Alessandro a bon espoir de décrocher un apprentissage, après avoir fait plusieurs stages satisfaisants. Il sera, lui aussi, employé de commerce.

Articles en relation

Un éminent formateur nommé bras droit d’Amarelle

Yverdon-les-Bains Nommé conseiller personnel de Cesla Amarelle, Michel Tatti quitte un établissement dont les effectifs ont doublé en 15 ans. Plus...

Cesla Amarelle et Jacques Nicolet visent l’école

Campagne électorale Le dossier scolaire est-il une patate chaude? Non, disent les deux principaux candidats nouveaux au Conseil d’Etat qui se préparent ouvertement à ce domaine «passionnant». Plus...

Ces apprentis racontent leurs parcours pas comme les autres

Formation A l’occasion de la journée suisse de l’apprentissage, cinq femmes et hommes témoignent de leur expérience et prouvent que la formation professionnelle offre de plus en plus d’opportunités. Plus...

Vaud innove avec des contrats d'apprentissage en «last minute»

Scolarité Apprentis et patrons pourront démarcher jusqu'au 23 août. Au lieu du 31 juillet. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...