«Ce job m’a appris l’humilité, le sang-froid et la patience»

Conseil d'EtatLe 1er août, Vincent Grandjean passera le cap des 20 ans au poste de chancelier. Depuis 1997, il a vu le gouvernement changer de tactique

Le «redressement» du canton dans les années 2000 a marqué Vincent Grandjean. Selon lui, tout a débuté dans les années 1990 avec les réflexions sur la Constitution, époque où il était encore au Département de justice de Josef Zisyadis.

Le «redressement» du canton dans les années 2000 a marqué Vincent Grandjean. Selon lui, tout a débuté dans les années 1990 avec les réflexions sur la Constitution, époque où il était encore au Département de justice de Josef Zisyadis. Image: Dominic Favre

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En vingt ans, il aura connu – par le hasard des chiffres – vingt conseillers d’Etat différents. Dans dix jours, le 1er août, Vincent Grandjean franchira le cap de la double décennie comme chancelier de l’Etat. Plus ancien que l’ensemble des ministres actuels, il est en quelque sorte le chef d’état-major du gouvernement, le gardien du temple.

Le métier l’a transformé: «Ce job m’a appris le sang-froid, l’humilité et la patience.» Il en retiendra surtout d’avoir vu le canton et son gouvernement se transformer en sortant de la crise des années 90. Aujourd’hui, Vincent Grandjean est un personnage des institutions: au courant des grands problèmes et des petites affaires, sérieux et respecté, mais souriant et doté d’un humour pince-sans-rire quand il le faut.

L’enfant de Lausanne parle peu de lui-même. Tout au plus ce membre fondateur du Festival BD-Fil raconte-t-il l’amour qu’il porte à sa fille, sa joie d’être bientôt grand-père, et l’importance qu’il accorde aux enfants. Il le prouvait récemment en publiant sur Facebook la photo d’un doudou qu’il avait trouvé dans la rue à Lausanne. «Ce doudou avait une âme pour un enfant. Finalement, il l’a retrouvé et j’ai reçu un mot de sa maman.» Et cet amateur de musique ajoute: «Pour le reste, ma vie est tellement ordinaire, faite d’amitiés, de moments en famille. En fait, je sors assez peu.»

Les graines du redressement

Vincent Grandjean est intarissable à propos de l’Etat, de son «sens du service public» et du «redressement du canton de Vaud». Car à son arrivée à la Chancellerie, c’était l’époque des déficits et des économies, des tensions entre ministres. «La crise a jeté sur la table des tensions politiques, commente-il. La collégialité a été malmenée. Il ne faut pas imaginer que le Conseil d’Etat n’était qu’un chant de solistes qui se chamaillaient. Les graines du redressement étaient plantées.» A quoi pense-t-il? Aux travaux préparatoires, dans les années 90, pour aboutir à la Constitution de 2003.

Vient ensuite 2001, une année charnière: découverte du manque de fonds propres de la BCV, attentats du 11 septembre, grounding de Swissair, tuerie au parlement de Zoug. «A la fondue du Conseil d’Etat, nous nous disions que nous avions touché le fond. Mais nous avons vu la fin des difficultés financières.»

En même temps que la Constitution se met en place, la gouvernance du canton se modifie et gagne en efficacité, selon Vincent Grandjean. Le Conseil d’Etat se dote d’un plan de législature, d’une planification financière et d’un organe de prospective pour préparer l’avenir. «Aujourd’hui, le Canton peut anticiper les crises, avec une vision transversale à long terme. Si l’Etat avait été outillé auparavant, nous aurions pu anticiper la crise des années 90. Bien sûr certaines sont imprévisibles, comme la montée du terrorisme.»

L’ami Jean-Claude Mermoud

Autre année marquante: 2011, avec le décès de Jean-Claude Mermoud. «Il était un ami, le compagnon des années 1998-2002. Nous avions galéré ensemble lorsque le serpent faisait sa mue. Il n’était pas beau à voir, mais il se transformait.»

Vincent Grandjean jure que l’Etat est dynamique. Pourtant les têtes ne changent pas vite à son sommet: lui est à la Chancellerie depuis vingt ans, Pascal Broulis et Anne-Catherine Lyon ont été élus au Conseil d’Etat en 2002, Pierre-Yves Maillard en 2004. «Si vous imaginez que le Conseil d’Etat vit dans un cocon, vous avez une vision erronée. Il est bombardé par la vie réelle, passant la majeure partie de son temps avec d’innombrables partenaires. Le magistrat qui a du temps pour lire tous ses dossiers n’existe plus.»

Mais il ajoute une critique tout de même: «Quand on est dans l’Etat, on peut avoir tendance à perdre le lien avec la réalité, à idéaliser le service public. L’Etat a une rationalité propre. Mais il n’est pas créateur de vie. Pour faire avancer la société, il n’y a pas que la fonction publique.» (24 heures)

Créé: 20.07.2017, 19h59

Bio express

Né à Lausanne en 1958, Vincent Grandjean a vécu à Londres avec sa famille entre 1963 et 1965. En 1984, après des études de droit, il entre au Centre patronal. Huit ans plus tard, en 1992, il devient délégué aux affaires européennes de l’Etat de Vaud, année où les Suisses refuseront finalement l’adhésion à l’Union européenne. En 1993, il accède au poste de secrétaire général du Département de justice, police et affaires militaires, dirigé successivement par Claude Ruey, Philippe Biéler, Pierre-François Veillon et Josef Zisyadis. En 1997, le Conseil d’Etat le nomme chancelier.

Le chancelier, c'est qui?

La tâche de Vincent Grandjean est – en gros – d’aider le Conseil d’Etat à faire son travail. Sorte de chef d’état-major, le chancelier occupe l’un des postes les plus élevés de l’Etat. Il coordonne les dossiers avec une vision transversale et planifie les séances du gouvernement. Il gère les activités du Conseil d’Etat et assure le secrétariat, le protocole et la communication. Il doit tout savoir (affaires de l’Etat, problèmes, actualité, etc.) pour que les élus s’appuient sur lui. «Je le conçois comme un job de support, pour faciliter le travail du Conseil d’Etat et assurer la coordination, explique Vincent Grandjean. Il y a une limite: la politique revient au Conseil d’Etat.»

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