A 11 ans, elle roulera avec l'élite du skate au JO de Tokyo

PhénomèneSky Brown, la féministe à roulettes haute comme trois pommes affole le Net. Rencontre au Vortex lausannois.

Sky Brown s'est éclatée à Lausanne à la cérémonie d'ouverture, sur la rampe de la place Centrale et dans le village des athlètes.

Sky Brown s'est éclatée à Lausanne à la cérémonie d'ouverture, sur la rampe de la place Centrale et dans le village des athlètes. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Samedi après-midi, les alentours du village olympique grouillent de monde. Les délégations en uniforme vont et viennent sous un soleil doré qui pousse à ralentir le rythme. Quand soudain deux furies déboulent dans un grésillement de roulettes sur le bitume. Cheveux au vent et toutes dents dehors, Sky Brown et son petit frère, Ocean, franchissent le pont au-dessus du M1 et s’amusent à freiner à quelques centimètres seulement des pieds de bénévoles hilares. En un clin d’œil, une armée de téléphones portables sont dégainés pour immortaliser la scène. C’est que les deux gamins de Miyazaki (Japon) sont des stars des réseaux sociaux, invités à Lausanne par l’Olympic Channel, et les jeunes athlètes des Jeux olympiques de la jeunesse, à peine plus âgés qu’eux, sont ultraconnectés.

Habitués à tourner le dos à leur rejetons pour ne pas apparaître sur toutes les vidéos, Mieko et Stuart Brown ont abandonné depuis longtemps l’illusion de pouvoir garder un œil en permanence sur leurs enfants. «Je fais confiance à Sky, sourit sa discrète mère. Elle ose énormément de choses, mais ne prend pas de risques inconsidérés. Son petit frère, en revanche...»

Comme pour lui donner raison, Ocean (8 ans), à peine entré dans l’espace récréatif du Vortex, plonge ses mains dans un feu heureusement factice, ses longs cheveux décolorés dans les yeux. Pas facile de canaliser l’énergie des deux complices, qui passent leurs journées, dès l’école terminée, entre le skatepark construit par leur père dans leur jardin et les vagues de la plage située à deux pas. «J’ai fait du skateboard dans le sud de l’Angleterre, explique Stuart avec une voix douce. Quand ma fille est née, je ne voulais pas qu’elle monte sur une planche avant ses 3 ans. Une fillette, ça se protège. Mais comme elle ne lâchait plus le skateboard...»

Sourires et maîtrise technique

En fait, la petite Sky Brown ne lâche jamais rien. Et encourage toutes les gamines à faire pareil. «Croyez en vous, sortez et faites ce dont vous rêvez! Ne laissez pas les garçons ou qui que ce soit d’autre vous rabaisser parce que vous êtes des filles! Allez, vous pouvez le faire!» répète-t-elle à l’envi sur les réseaux sociaux. Une bouille, un sourire, une attitude et surtout une maîtrise instinctive et bluffante des sports de glisse qui en ont vite fait la coqueluche de la Toile. Un rayonnement qui se poursuit avec les vidéos tournées à Lausanne par la chaîne olympique, où on la voit dans les coulisses de la cérémonie d’ouverture à la Vaudoise aréna, un hot-dog à la main, des «incroyables» plein la bouche.

Celle qui a une minipoupée Polly Pocket à son effigie n’est-elle en fait qu’une jolie et joyeuse marionnette? Un pur produit de son époque? Eh bien non, c’est une fillette enthousiaste et libre, devenue source d’inspiration grâce à l’incroyable tribune que sont les réseaux. Concentrée, limite timide, lors de l’interview, elle n’est ni prétentieuse ni «femme sandwich» à la merci de ses — nombreux — sponsors. Son petit rire devient gêné, elle joue avec son vernis transparent à paillettes et ses réponses ont la fraîcheur de son âge.

«Je rêve des Jeux olympiques depuis longtemps. J’aimerais y participer et inspirer les gens. Je me fiche du résultat, je veux juste réussir mes figures! Et être ici, aux Jeux de la jeunesse, me donne encore plus envie. C’était vraiment cool de voir la cérémonie d’ouverture, de visiter le village des athlètes, de rencontrer tout le monde. On ressent une énergie spéciale, tous ces pays rassemblés...»

Ses parents ne sont pas si chauds à l’idée de la voir participer aux Jeux de Tokyo l’été prochain. Ils craignent la pression sportive et médiatique, la surcharge. «Nous limitons déjà le nombre de compétitions auxquelles elle participe, même si nous savons qu’elle doit se montrer pour gagner en crédibilité, explique Stuart Brown. Mais elle adore tellement ça que, si on la laissait faire, elle ne s’arrêterait jamais!» Protéger leur fille, c’est ce qui a motivé le choix des Brown de laisser Sky porter les couleurs de la Grande-Bretagne, qui lui laisse une liberté quasi totale, plutôt que celles du Japon, qui exige sa participation à toute une liste de camps d’entraînement. Des parents qui veulent continuer à emmener leurs enfants à la rencontre d’autres peuples, loin des sentiers battus.

Œuvres caritatives

«J’adore voyager et nous en profitons souvent pour aider d’autres enfants qui ont moins de chance que nous, explique-t-elle avec sérieux. Au Cambodge ou au Brésil, j’ai appris à des petites filles à skater et, pendant qu’elles font ça, elles oublient leurs problèmes. Elles aiment qu’on s’occupe d’elles.» La fillette a même dessiné un modèle de chaussettes hautes — un de ses looks typiques de skateuse de poche — avec des mots motivants sous la semelle, dont la vente allait à des œuvres de charité. «J’ai toujours ressenti au fond de moi le besoin de transmettre des messages. Je prends ça comme une responsabilité: repousser les limites qui nous sont imposées et inspirer les autres à faire pareil!»

On connaît la Sky Brown des réseaux, mais qui est la vraie Sky Brown? «La même! Je ne reste pas souvent tranquille avec un bouquin. Mes seuls moments calmes, je les passe à répondre aux commentaires sur le Net. Quand il pleut, on ne peut pas skater, mais la mer est toujours là!»

On lui dit qu’elle nous fait penser à une version plus jeune et plus souriante de Greta Thunberg, mais dont le cheval de bataille serait le féminisme plutôt que la planète. «Je crois que je vois vaguement qui c’est, oui. C’est super si les jeunes comme nous réussissons à nous faire entendre et à changer les choses!» Après avoir poliment serré la main, elle repart déjà en courant: une fondue l’attend et Sky Brown a faim de tout!

Créé: 14.01.2020, 11h04

En chiffres

11 Son âge. Elle aura 12 ans au moment des Jeux de Tokyo cet été.

447'000 Le nombre de personnes qui la suivent sur Instagram. Elle partage son compte avec son petit frère de 8 ans, Ocean, qui l’imite et skate presque aussi bien qu’elle. Elle compte 195'000 abonnés sur Facebook.

2,5 Millions de vues. L’un de ses records sur YouTube, où ses vidéos cartonnent.

2 Comme ses nationalités (elle est Japonaise par sa maman et Anglaise par son papa) et comme ses sports favoris: le skateboard et le surf. Dans les deux cas, il lui a été très difficile de choisir.

7 Elle a 7 ans quand elle décroche son premier contrat de sponsoring. Elle est la plus jeune athlète que Nike ait jamais signée.

41 Elle pointe au 41e rang du classement mondial de skateboard. Oui, le classement adulte. Et encore, ses parents limitent le nombre de compétitions auxquelles elle participe.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.