«Je vais mettre un peu de temps pour sortir de ma bulle»

Lausanne 2020Double médaillée d’or des JOJ en ski-alpinisme, Caroline Ulrich a déjà repris le chemin du gymnase.

Caroline Ulrich, ici à la sortie de son gymnase, a repris une vie normale, après l’euphorie des JOJ.

Caroline Ulrich, ici à la sortie de son gymnase, a repris une vie normale, après l’euphorie des JOJ. Image: VANESSA CARDOSO

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En l’espace de dix mois, elle a sérieusement étoffé son palmarès. Déjà quadruple championne du monde en mars, Caroline Ulrich (17 ans) a remporté deux fois l’or aux JOJ, en ski-alpinisme. Moins de quarante-huit heures après son second titre, l’athlète de La Tour-de-Peilz a repris le chemin du gymnase à Burier.

Caroline Ulrich, comment s'est passé votre retour dans la «vraie vie»?
Mon retour au gymnase était assez spécial, car je suis partie le mardi avant les vacances de Noël. Ça fait longtemps... Vendredi, nous n’étions que quatre en classe, en raison de la grève pour le climat. J’y serais moi-même allée si je n’avais pas manqué autant les cours.

Cette cause vous parle-t-elle?
Comme je suis souvent à la montagne, je constate les ravages sur le climat. Et cela m’inquiète. Quand on voit aussi peu de neige en janvier, c’est assez préoccupant. Quand j’étais petite, mon frère faisait d’immenses tours de neige à notre chalet de Villars, en décembre ou en janvier. Aujourd’hui, ce n’est plus possible.

Faire les trajets en transports publics jusqu’aux compétitions ne vous a donc pas gênée?
Pas du tout. On utilisait ces deux heures pour prendre notre petit-déjeuner, jouer au Uno ou répondre à nos messages. Diminuer l’impact écologique en introduisant cette mesure était une bonne idée. Dommage que certaines nations n’aient pas joué le jeu.

Êtes-vous sensible à la démarche de Greta Thunberg?
Je trouve bien que des gens se mobilisent pour cette cause. Pour moi, il s’agit de la cause la plus importante du moment. Je l’admire pour son investissement, même si les réactions envers elle ne sont pas toujours positives.

Pas de grève pour vous, cette fois, mais un retour au gymnase. Quelle a été la réaction de vos camarades?
Ils m’ont félicitée, tout comme les profs. J’avais pris mes médailles pour les montrer. Les autres années, on me les demandait tout le temps. Cette fois, j’ai décidé de les prendre partout avec moi pendant une semaine.

Avez-vous reçu beaucoup de messages après vos deux titres?
Vraiment beaucoup, oui. À un moment donné, il a même fallu éteindre nos téléphones portables. Ça fait tellement plaisir qu'on a envie de remercier tout le monde, mais cela prendrait trop de temps. Il y a aussi des inconnus qui m’ont identifiée dans leurs stories sur les réseaux sociaux. J’ai même gagné 400suiveurs sur Instagram en une semaine.

Quel souvenir vous a le plus marqué?
La course du relais. Quand on montait avec les frères Bussard et Thibe Deseyn dans le petit train pour Bretaye, on se mettait des drapeaux suisses sur les joues avec de la musique. Remporter cette épreuve était presque irréel, tant on en avait rêvé. À notre retour, il y avait plein d'enfants dans le train qui demandaient des autographes.

La veille, vous aviez fini en larmes, après avoir chuté en finale du sprint. Que s’est-il passé?
Jusque-là, j’avais les meilleurs temps des courses de la journée. Mais je ne cherchais pas la victoire à tout prix. Je m'étais juste préparée mentalement à me faire le plus mal possible. Cette chute au départ m’a sortie de ma course. Je suis tombée sans avoir compris ma faute. C’est par la suite, en voyant les images, qu’on a vu qu'une concurrente avait mis un bâton entre mes jambes. Avec l’équipe, on s’est remobilisés pour le lendemain. Et on a fait le titre. Ça montre qu’après un mauvais jour on peut revenir plus forts.

Vous dites que vous vouliez vous faire mal. Est-ce la recette du succès?
En ski-alpinisme, oui. Il faut se mettre en condition pour aller vite et être prête à souffrir.

Aimez-vous cette souffrance?
Sur le moment, non. On a juste envie que ça s’arrête. Mais après, quand on sait qu’on a tout donné, on est fière. C'est ce sentiment qu’on recherche, plus que la douleur.

C’est pareil dans vos études?
Pas vraiment. Je suis plus à me dire que ça ne sert à rien de se mettre dans tous ses états pour obtenir un 6, alors qu'un 5 fera l'affaire.

Vous avez manqué les cours pendant trois semaines. Comment allez-vous gérer la situation?
Le problème, c’est que je suis en troisième année et que je passerai les examens en juin. Je pense que ça ira bien quand même. Les profs sont compréhensifs et j’ai de la facilité. Pour l’instant, je passe mon année confortablement. Je peux me permettre d’avoir des notes un peu moins bonnes ces prochains temps.

Après l’euphorie de la victoire, est-ce dur de reprendre une vie normale?
Aux JOJ, je me trouvais dans une grande bulle avec plein d’athlètes comme moi. Et, là, je suis avec des gens qui ont un état d’esprit normal. Je vais mettre un peu de temps pour sortir de ma bulle.

Après autant d’émotions, vit-on une sorte de coup de déprime?
Quand vous vivez une semaine avec des gens hypercools, dans le même état d’esprit et que, du jour au lendemain, vous rentrez à la maison et qu’il faut se remettre au travail, ce n’est pas évident. Pour le moment, ça se passe bien, mais il m’est arrivé, après des camps d’entraînement, de ne pas être au mieux.

Créé: 20.01.2020, 19h45

Une montagne qui donne et qui reprend

À Villars, Caroline Ulrich a vécu des moments fous. «Au moment de franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, il y a toutes sortes d’émotions qui jaillissent, explique la championne. C’est un sentiment d’accomplissement, de consécration. Avoir une médaille était un objectif. C’était un immense bonheur de la ramener et d’avoir été performante au bon moment. C’est aussi un honneur de se retrouver sur la première marche du podium avec tous ces gens qui vous applaudissent sur la place des médailles. Sur le moment, on ne comprend pas trop ce qui nous arrive. Ça fait plaisir, c’est sûr. C’était impressionnant de voir tous ces drapeaux s’agiter, cette foule qui crie.»

La montagne fait partie de la vie de la Boélande de 17 ans. C’est cette montagne qui l’a mise dans la lumière. Qui l’a couverte d’or. Mais c’est également elle qui, hélas, a emporté son père, il y a trois ans. «Avec la montagne, on ne sait jamais, dit Caroline Ulrich. Il y a des risques, on le sait. Sur le format de la compétition, tout est sécurisé. Il y a rarement des accidents. Mais, pour moi, ce sont des choses qui arrivent, que j’ai intégrées. La montagne amène parfois du positif, parfois du négatif. Il faut faire avec. Participer à ces JOJ a été une expérience extraordinaire. Et je sais que mon papa m’aurait soutenue à fond.»

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