Il jouait avant Lenny Kravitz, il finit ponte de l’EPFL

RencontreMarcel Salathé est partout, surtout où on ne l’attend pas. Professeur, peintre, il a même partagé la scène avec la star américaine

Le scientifique partage ses journées entre le Campus Biotech, à Genève, et le site de l’EPFL

Le scientifique partage ses journées entre le Campus Biotech, à Genève, et le site de l’EPFL Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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À l’EPFL, c’est sans conteste l’un des professeurs du moment. Le Laboratoire d’épidémiologie numérique de l’école, qui détecte les maladies infectieuses et suit leur propagation grâce à Twitter, c’est lui. Les journées dédiées à l’intelligence artificielle qui ont rempli le Swiss Tech Convention Center en janvier, c’est encore lui. Et la récente ouverture de l’école, qui propose désormais un certificat estampillé EPFL à des personnes qui n’ont pas fait de hautes études, c’est toujours lui. C’est donc peu dire que Marcel Salathé est l’un des professeurs de l’école polytechnique actuellement en vue. Affable, modeste («ce n’est pas que moi, c’est avant tout un travail d’équipe», a-t-il souvent répété au cours de l’entretien), le scientifique dispose pourtant d’un CV capable de flatter n’importe quel ego. À 42 ans, ce Bâlois a fait ses classes dans la cité rhénane avant un cursus à l’EPFZ, où il a fait son doctorat. Suivra une période nord-américaine d’une petite décennie qui le verra post-doctorant dans la prestigieuse Université californienne de Stanford puis enseigner la biologie à l’Université d’État de Pennsylvanie. «Je ne viens pas d’une famille d’universitaires», précise-t-il lorsqu’on lui demande s’il n’a fait «que» perpétuer une tradition familiale. «Mon père était policier à Bâle et ma mère employée de bureau, je n’avais qu’une très vague idée de ce qu’était un professeur académique.»

Suivre la grippe sur Twitter

Fort d’une solide expérience académique dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et de l’intelligence artificielle, Marcel Salathé s’est largement rattrapé depuis. Mais le chercheur entend décloisonner le savoir et le rendre accessible au plus grand nombre. Pour ce faire, avec la bénédiction de la direction de l’EPFL, il a fondé l’Extension School. Ouvert depuis décembre, ce cursus permet à des personnes qui n’ont pas fait d’études de décrocher un Certificate of Open Studies (COS), un nouveau type de diplôme académique que l’EPFL est à ce jour la seule université du pays à proposer. «Ces cours en ligne, qui s’appuient sur l’expérience de l’école en la matière, sont axés sur le numérique. On entend beaucoup parler de la vague digitale qui déferle. Avec ces cours, nous apprenons aux participants à nager», image le scientifique. Aidé d’une dizaine de personnes, Marcel Salathé s’occupe de l’Extension School – qui fait grincer quelques dents dans le monde académique – depuis son bureau du site genevois du Campus Biotech. Lorsqu’il ne s’occupe pas de ces étudiants d’un nouveau genre aux profils variés – «de l’étudiant de l’EPFL à l’octogénaire curieux des nouvelles technologies» –, le scientifique passe beaucoup de temps à étudier Twitter. En scrutant ce que les internautes y postent et en analysant leurs déplacements, le chercheur a développé des modèles prédictifs sur la propagation des maladies. Un travail titanesque, au vu de la masse de données, qui ne serait pas possible sans l’aide de l’intelligence artificielle, l’autre domaine de recherche du scientifique, décidément touche à tout.

Le code et la musique

Et lorsqu’il ne travaille pas? «Dans ma vie privée, je suis une personne très ennuyeuse. J’aime jouer au piano, les randonnées dans les Alpes et passer du temps en famille», glisse le père d’un garçon de 8 ans et d’une fille de 5 ans. Indécrottable modeste, Marcel Salathé ne nous dit pas qu’il a vendu des peintures sur Internet et passe comme chat sur braise sur le fait qu’il s’est produit en première partie de Lenny Kravitz avec son groupe de rock, Phebus. «À l’époque, je jouais dans un groupe et nous avions un contrat avec EMI, comme Lenny Kravitz. Quand il est arrivé à Zurich, nous avons été choisis pour faire la première partie. Une très belle expérience», lâche le pianiste, qui s’est depuis tourné vers la musique classique. «J’aime beaucoup composer, conclut ce touche-à-tout, qui attend désormais la relève. Je n’ai que deux exigences pour mes enfants: qu’ils apprennent à programmer et à jouer d’un instrument. Le reste dépend d’eux.»

Créé: 17.02.2018, 11h54

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