Le jour où l’empereur du Japon a régné sur Marchissy

HistoireLe 21 mai 2000, l’empereur Akihito et son épouse Michiko sont venus admirer la vue et les vaches du syndic. Une visite hors de tout protocole, ou presque.

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La légende dit que c’était un 1er avril. Au téléphone, le secrétaire municipal de Marchissy, Luc Mouthon, croit donc à une blague. A l’autre bout du fil, un attaché de l’ambassade du Japon lui annonce que, sept semaines plus tard, l’empereur Akihito et son épouse, Michiko, viendraient observer les oiseaux et prendre un bol d’air aux abords du village. Avec simplicité et discrétion. «Ils ne voulaient même pas qu’on les accueille!» raconte Jean-Louis Humbert, alors syndic. Inconcevable pour ce sympathique Vaudois! Quelques dizaines de coups de fil plus tard, l’affaire est entendue: le couple impérial aura droit aux flûtes de l’épicerie et aux bricelets des paysannes du village. Mais pas d’alcool et très peu à boire, car «pas question d’aller aux toilettes ailleurs qu’à l’ambassade».

C’était en 2000. Seize ans plus tard, alors que, à l’autre bout du monde, l’empereur Akihito vient d’annoncer son intention d’abdiquer, Jean-Louis Humbert, attablé à l’Auberge Communale, ne cesse de feuilleter le classeur dans lequel il a compilé les articles et divers cartons d’invitation. Le souvenir de ce 21 mai est encore très précis. «Cela reste l’un des moments les plus forts de mon passage à l’Exécutif!» Mais s’il fallait que tout soit simple le jour J, rien ne l’a vraiment été pour y arriver. «Tout devait rester secret, sauf que des voitures diplomatiques qui passent trois fois par semaine sur un chemin agricole, c’est assez difficile à expliquer, rigole Luc Mouthon, aujourd’hui syndic. Ils sont venus très souvent pour reconnaître l’itinéraire et il a fallu énormément de téléphones pour régler énormément de très petits détails.»

Rien que pour obtenir l’autorisation d’avoir la signature du couple sur le livre de procès-verbaux de la Municipalité, «il a fallu une bonne vingtaine de coups de fil»! Autorisation finalement refusée, ce qui n’a pas empêché le syndic de demander directement à ses hôtes, et d’obtenir leur paraphe. «Elles sont toujours dans les archives communales», glisse Jean-Louis Humbert, fier de cet écart du protocole. Un de plus durant une visite qui aura bousculé tous les codes. «Apparemment, au Japon, cette proximité a fait sensation!»

Car «Leurs Majestés», comme le répète encore l’ancien syndic, ont joué à fond le jeu de la rencontre avec les habitants. Au début pourtant, le planning était respecté, les hôtes écoutaient avec intérêt les explications des deux ornithologues dépêchés pour l’occasion sur les lieux de la courte balade, un chemin des hauts du village aujourd’hui rebaptisé «chemin de l’Empereur». Puis une habitante a tendu à l’impératrice un bouquet de fleurs cueillies dans le champ voisin. Les deux dames échangent quelques mots. «Depuis cet instant le protocole sera oublié», détaille le procès-verbal officiel de la journée.

«Comme des gens normaux»

Une proximité, donc, dont se souviennent les habitants. Ainsi, Ruth Mouthon était en train de prendre une photo lorsqu’une dame lui pose une question, en français. «C’était l’impératrice. Elle s’intéressait au costume vaudois que je portais pour l’occasion. J’étais abasourdie. On a parlé un moment, tout simplement.» Cécile Pilloud, ancienne buraliste du village aujourd’hui nonagénaire, n’a rien oublié de cette journée, en consignant elle aussi les souvenirs dans un classeur. «Ils sont venus voir des mésanges bleues. Je ne savais pas qu’il y en avait chez nous, mais c’est tant mieux, ça nous a fait une belle rencontre. On n’était pas supposé les toucher, mais ils nous ont tendu la main. On n’allait pas les laisser comme ça quand même! Alors on a discuté un peu. Une amie a manqué de s’évanouir parce que l’impératrice lui avait adressé la parole. Je lui ai dit: «Jeannette, c’est comme si on reçoit des amis»! Ils ont besoin qu’on les traite comme des gens normaux.» «Tout cela raconte bien cette visite. On s’attendait à un protocole rigide et on en a été très loin!» résume Luc Mouthon.

Le lendemain soir à l’Hôtel Richemont à Genève, à l’occasion du cocktail de l’impératrice, Jean-Louis Humbert et son épouse honorent l’invitation du couple impérial, une boîte de bricelets sous le bras. «L’impératrice les avait tant aimés que ma femme en a refait exprès!» Une attention apparemment aussi appréciée que les moments partagés la veille, puisque le couple est appelé en priorité vers l’impératrice, dépassant toute une file d’invités. «Elle nous a dit que son passage à Marchissy a été le rayon de soleil de son voyage en Europe. Venant de l’impératrice du Soleil levant, c’est plutôt pas mal!»

Créé: 09.08.2016, 21h04

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