Jugée pour avoir percuté un piéton hors des clous

JusticeLe nombre de piétons accidentés a bondi en 2018. Le procès d’une prévenue qui niait toute faute s’est tenu à Lausanne.

Pierre allait prendre son bus à la Pontaise quand il a été renversé

Pierre allait prendre son bus à la Pontaise quand il a été renversé Image: Patrick Martin

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«J’ai bien regardé. J’ai ralenti. Et soudain j’ai vu une silhouette. Je ne m’explique pas ce qui s’est passé, mais je n’ai pas commis de faute.» Vendredi dernier devant le Tribunal de police de l’arrondissement de Lausanne, Chantal*, infirmière en psychiatrie, n’en démord pas. Elle ne se sent coupable de rien. Elle est pourtant poursuivie pour lésions corporelles graves par négligence, pour avoir renversé un jeune homme dans les hauts de Lausanne il y a deux ans. Transféré en urgence au CHUV, il avait été plongé dans le coma artificiel pendant quatre jours. «Il a frôlé la mort», a martelé son avocat.

L’année 2018 a été particulièrement noire pour les piétons à Lausanne. Le nombre de blessés a bondi de 18% par rapport à 2017: 65 cas contre 55. Et un décès. Le seul accident mortel de l’année d’ailleurs. Les statistiques 2019 ne sont pas encore connues, «mais elles sont proches de celles de 2018», avance la police. À l’audience de vendredi, le Ministère public a demandé à être cité aux débats. Pour un piéton renversé par une voiture? Pour l’exemple? «C’est très rare pour ce genre d’affaire, c’est vrai, mais j’ai tenu à être présent, parce que l’accusée n’a toujours pas reconnu sa faute», a expliqué le procureur.

«C’est un miracle»

Exemplaire, l’accident causé par Chantal l’est en tout cas par sa banalité. «On ne dit pas que vous êtes une criminelle, mais l’affaire qui nous occupe est malheureusement assez simple: vous ne l’avez pas vu», a résumé d’emblée le président du Tribunal. Il était près de 9h30 en ce matin de mars. Pierre*, jeune étudiant en informatique, va prendre son bus pour rejoindre l’EPFL. Il traverse sans encombre la première partie du passage pour piétons, jusqu’à l’îlot central, puis c’est sur la seconde partie qu’il est accroché par l’avant droit de la voiture de Chantal. Sa tête heurte le pare-brise, puis il valdingue sur la chaussée plusieurs mètres plus loin. Bilan: des lésions craniocérébrales sévères, deux mois d’hospitalisation et, aujourd’hui encore, des maux de tête et des troubles de la mémoire.

«Je ne me souviens de rien de cette journée. Tout ce que j’en sais, ce sont mes parents qui me l’ont raconté», témoigne la victime. «C’est un miracle si mon client se tient devant vous aujourd’hui. Cet accident découle d’un comportement fautif et d’un manque de prudence évident. La culpabilité de la prévenue est écrasante. Il n’y a aucune remise en cause de sa part. Elle n’a d’ailleurs aucun remords», relève l’avocat de la défense.

«Non, ma cliente n’est pas un monstre»

C’en est trop pour Chantal. Elle éclate en sanglots puis, dans les couloirs du Tribunal cantonal, elle invective l’avocat de Pierre. «Vous êtes une méchante personne. C’est abject ce que vous avez dit de moi.» Parce que, pour son avocate, les faits ne sont pas aussi clairs que ça. Pierre aurait ainsi coupé la trajectoire du passage pour piétons pour rejoindre l’arrêt de bus. Il aurait donc été percuté un peu hors des lignes jaunes. «Il a fait preuve de peu de prudence. Il aurait dû renoncer à sa priorité une fois arrivé sur l’îlot central, en raison de la voiture qui arrivait. Et en plus il était vêtu de noir. Non, ma cliente n’est pas un monstre.»

Le président du Tribunal de police a reconnu Chantal coupable de lésions corporelles graves par négligence. Le fait que Pierre était un peu hors des clous? Pas déterminant, selon lui. Elle écope de 30 jours-amende à 100 fr., assortis du sursis, et d’une amende de 800 fr. Les frais de justice sont à sa charge. Un agent de sécurité attendait à la sortie, au cas où Chantal s’en prendrait de nouveau à l’avocat de Pierre. Cette fois, elle est restée dans les clous.

Créé: 24.02.2020, 18h09

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