Curieux et libre-penseur, Alain Vulliamy multiplie les expériences novatrices

La clé des champs 12/40Variétés fruitières anciennes, oies et agroforesterie cohabitent à Oulens-sous-Échallens.

Sur son exploitation à Oulens-sous-Échallens, Alain Vulliamy multiplie les expériences novatrices comme l'élevage d'oies ou l'agroforesterie. Images: JEAN-PAUL GUINNARD

Sur son exploitation à Oulens-sous-Échallens, Alain Vulliamy multiplie les expériences novatrices comme l'élevage d'oies ou l'agroforesterie. Images: JEAN-PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je n’ai jamais eu envie de passer ma vie derrière le volant d’un tracteur. Ce qui me motive, c’est d’essayer le plus de trucs possible.» Alors, depuis qu’il a repris le domaine familial à Oulens-sous-Échallens en 2003, Alain Vulliamy «essaye des trucs». Comme, par exemple, faire pousser dans ses champs de blé des paulownias, ces arbres originaires d’Asie capables de pousser de quatre mètres en une année et produisant un bois tendre idéal pour réaliser des skis ou des sandales (lire encadré).

À l’époque, son père venait d’arrêter le bétail. C’est en l’entendant parler, avec son grand-père, «de ces anciennes variétés de pommes et de poires qui étaient tellement meilleures que ce qu’on nous vend aujourd’hui dans les supermarchés» que le jeune agriculteur a eu envie de compléter et de développer le verger derrière la ferme. Quinze ans plus tard, ce dernier est devenu une référence où s’épanouissent plus de 300 variétés différentes de pommes, poires, cerises, prunes et autres raisinets.

Les centaines de kilos de fruits sont vendus en direct ou sous forme de produits transformés. «Comme on ne traite quasi-pas, il y a beaucoup d’invendables. Du coup, on s’est mis à faire des jus et des confitures.» Une tâche revenant à son épouse Annelise, qui confectionne désormais avec l’aide de son team d’amis bénévoles près de 4000 pots par année.

Atelier confitures pour Annelise Vulliamy.

Ensuite, Alain Vulliamy a cherché un débouché pour le nion résultant de l’extraction de l’huile des noix. Le mélanger avec du blé dur pour faire des pâtes était une bonne idée, mais le produit final ne pouvait être labellisé Terroir vaudois puisque la farine venait de l’étranger. Le demi-hectare cultivé chaque année lui permet désormais de produire 3000 paquets de pâtes 100% vaudoises. Aux noix donc, mais aussi aux noisettes, à la tomate, à la courge ou nature.

Cet esprit ouvert et curieux ne pouvait qu’être interpellé par le concept des Oies de pâturages lancé il y a cinq ans par trois jeunes Suisses allemands. Un troupeau de ces grands oiseaux broute donc maintenant l’herbe du verger en toute liberté durant la belle saison, avant de connaître son destin culinaire lors des fêtes de fin d’année.

Jamais de subventions

Raconté comme ça, tout semble facile. Mais lorsqu’on joue les précurseurs, persévérance et ténacité sont deux qualités indispensables. «Il y a sans cesse des imprévus. Comme lorsque je me suis pointé au Moulin d’Échallens avec ma première récolte de blé dur et qu’on m’a renvoyé à Brigue car il n’y avait pas les installations nécessaires. Et puis, à être tout le temps en avance, on ne bénéficie jamais des programmes de subventions!» Malgré son fonctionnement très proche de la nature, l’exploitation n’est d’ailleurs pas classée bio. «Il y a trop d’incohérences dans le cahier des charges et ça m’empêcherait d’essayer certains traitements ou variétés.»

Pas de quoi toutefois refréner l’enthousiasme de ce touche-à-tout en formation permanente qui ne s’était pas présenté à l’examen de maîtrise d’agriculteur parce qu’il n’en voyait pas l’intérêt. Son prochain projet? «Dès que j’aurai les fonds nécessaires, j’aimerais acheter un four à pain.» Un outil qui lui permettrait de découvrir un nouveau terrain de jeu tout en lui offrant encore un peu plus d’indépendance.



Des arbres en plein champ

Les champs d’Alain Vulliamy sont facilement reconnaissables: il y a des arbres dedans! «J’ai entendu parler d’agroforesterie pour la première fois dans le cadre d’un réseau de multiplication de semences paysannes et ça m’a tout de suite intéressé», se souvient l’agriculteur. Le concept est simple: planter des alignées d’arbres dans les champs de grandes cultures. En général des arbres produisant du bois précieux (cormiers, merisiers, chênes et autres noyers), puisqu’il est évidemment difficile de récolter les fruits d’arbres poussant au milieu d’autres cultures.

Les bénéfices sont multiples: les arbres produisent de l’humus, protègent les cultures du vent, limitent l’érosion du sol et favorisent la biodiversité sur la parcelle. De leur côté, ils bénéficient de plus de lumière qu’en forêt et récupèrent par leurs racines les éléments fertilisants que les cultures n’ont pas pu absorber. Résultat: arbres et cultures se développent mieux. La production serait même d’une fois et demie celle de parcelles séparées.

Si la technique est de plus en plus pratiquée en France – près de 3000 hectares supplémentaires chaque année –, Alain Vulliamy a, une fois de plus, joué les précurseurs en plantant ses premiers arbres en plein champ en 2010. Avec désormais 17 hectares cultivés de cette manière, il possède la plus grande exploitation agroforestière du pays. «Mais j’espère bien que ça ne va pas durer!»

Créé: 22.07.2019, 09h36

Avec le soutien de






Portrait

L’homme
Né dans la ferme familiale, Alain Vulliamy (55 ans) a toujours voulu être agriculteur. Curieux, ouvert et sensible à la protection de l’environnement, il multiplie les essais et se renouvelle sans cesse.

L’exploitation
La ferme trône au milieu du village d’Oulens-sous-Échallens, avec un magnifique verger sur sa partie arrière. Le reste des 23 hectares cultivés est réparti dans les alentours du village.

Les produits
Grandes cultures (blé, maïs, tournesols, etc.) et en vente directe: fruits (pommes, poires, pruneaux, etc.), jus, confitures, pâtes alimentaires, courges, oies.

Infos
Le Verger du Talent, Alain et Annelise Vulliamy, Rue du Centre 20 à Oulens-sous-Échallens
Tél. 021 881 65 38
Internet www.levergerdutalent.ch
Voir aussi www.swissagroforestry.com

Les épisodes de la région de Morges

Le projet «Clé des champs»: Un été à la campagne à la rencontre de nos paysans



6° Tout bio à Vaux-sur-Morges
La famille Gebhard exploite la Ferme en Berauloz depuis trois générations. Viande bovine, hautes cultures, semences: tout est produit en mode bio. Et même les betteraves sucrières.


7° Des bufflonnes à Gollion
D’étranges bovidés paissent aux alentours du Moulin d’Amour depuis 2017. Le lait des bufflonnes de Serge Baudet est transformé en mozzarella à la Fromagerie André à Romanel-sur-Morges.


8° Libres cochons de Vullierens
À la ferme en Croix, les cochons de Caroline et Rudolf Steiner sont lâchés, en toutes saisons, dans les pâturages. Ils mangent et prennent des bains de boue ou de soleil quand ça leur chante.


9° Un bioverger à Marcelin
Un nouveau modèle de verger est expérimenté depuis 2013 sur le site de Marcelin, sous la conduite de l’équipe de la Ferme bio des Sapins.


10° Légumes au bord de la Senoge
La famille Bourgeois, à Vullierens, s’est tournée vers la production de légumes et la vente directe: asperges, fraises, tomates, aubergines, courgettes et courges, pour finir l’année en beauté.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...