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Au-dessus de La Forclaz, des patous veillent sur les moutons des Vittoni

Les agriculteurs ormonans ont choisi une parade naturelle contre les attaques de loup.

Comme leurs propriétaires, les moutons de Jean-Pierre et Carmen Vittoni sont-ils superstitieux? Qu’ils soient noirs, bruns ou blancs, on pourrait le croire à les chercher du regard, en cette fin de matinée de juillet. Là-haut au Lavanchy-Poy, sur le chemin de leur transhumance d’été entre le bucolique village de La Forclaz et l’alpage de Taveyanne, seuls le tintement de leurs cloches et leurs bêlements qui sourdent des sapins accrochés à la pente trahissent la présence du troupeau. Comme si les bêtes ne voulaient pas se montrer. Comme si elles avaient peur qu’on les compte. Et ce n’est pas «Peppone», l’agriculteur ormonan, qui dévoilera précisément l’importance de son troupeau. «J’en ai impair», glisse-t-il malicieusement. Pardon? «C’est comme ça qu’on dit ici, parce que ça porte malheur de donner le nombre de moutons qu’on a.»

Du loup par contre, on peut parler sans risque de réveiller la bête. S’il concède que la présence du prédateur se fait toujours plus proche de son troupeau, «Peppone» ne s’affiche pas comme un féroce opposant au retour du canidé tant controversé. «Je n’ai encore jamais subi d’attaque. J’ai toujours dit que tant que mon troupeau n’est pas touché, tout ira bien. Mais s’il se passe quelque chose, j’aviserai.» Pour se prémunir d’une éventuelle agression, l’agriculteur a adopté la parade la plus naturelle qui soit: le patou ou montagne des Pyrénées, popularisé par le roman de Cécile Aubry «Belle et Sébastien». «Depuis 2000, je possède plusieurs de ces chiens de protection. Et j’en forme moi-même.» Au départ, c’était surtout pour éloigner les chiens errants auxquels son troupeau a déjà été confronté, comme il l’a aussi été avec le lynx.

Jeunes chiots de cinq mois, Ricky et Rex s’amusent avec Jeff, le berger engagé cette année pour conduire le troupeau à l’alpage.
Jeunes chiots de cinq mois, Ricky et Rex s’amusent avec Jeff, le berger engagé cette année pour conduire le troupeau à l’alpage.

Aujourd’hui toutefois, la menace peut épouser des formes étonnantes. À jambes, et à roues surtout. Dans certains alpages, il n’est ainsi pas autorisé de rouler à vélo, pour assurer la meilleure cohabitation possible entre cyclistes et animaux. Et éviter que les bêtes, effrayées, ne s’éparpillent dans la nature. L’interdiction est signifiée clairement, à l’aide de panneaux pourtant souvent ignorés. Potentiellement ressentis comme un danger pour les moutons s’ils passent trop vite, les cyclistes s’exposent à une réaction des patous. Et ces derniers à des sanctions cantonales, qui peuvent aller jusqu’à l’euthanasie de l’animal suivant la gravité du cas. Ce que regrette Jean-Pierre Vittoni: «Vaud est un des seuls cantons où en cas de problème les chiens de protection sont «jugés» comme les autres chiens, alors qu’ils font juste leur boulot. Ce pour quoi on les a éduqués et formés: défendre le troupeau… Pourtant, la cohabitation est possible, si tout le monde y met un peu du sien.»

Pendant que «Peppone» parle, une huitantaine de mètres plus haut dans la pente, les moutons sont sortis peu à peu de l’ombre protectrice des sapins pour paître au soleil. Zyrka, l’aînée des trois patous qui gardent le troupeau, s’est glissée discrètement parmi eux, alors que Magnum et Filou se font discrets, à l’extérieur du troupeau. Couchée sur le sol, la tête redressée, elle observe attentivement ce qui se passe en contrebas. Bravant ou ignorant le panneau indicateur, trois cyclistes passent sur la route qui coupe le pâturage en deux, sans mettre pied à terre. Ils n’ont pas échappé à la vigilance de Zyrka. Le patou se pose sur ses pattes arrière et les suit du regard. Mais elle ne bouge pas, réalisant en voyant les vélos s’éloigner que le «danger» n’est pas si réel. «Les moutons, c’est sa famille», sourit Carmen Vittoni.

Naissance au milieu du troupeau

De fait, le patou vit avec les moutons les 99% de son temps. «On peut dire que les chiots qu’on veut former à la protection naissent dans les troupeaux», reprend «Peppone». Son apprentissage commence là. Et il lui faut une quinzaine de mois d’entraînement, au contact des bêtes – mais aussi avec des exercices pratiques au cours desquels il est confronté à la présence de chiens, de cyclistes – pour être prêt à se soumettre à un examen fédéral donné par la centrale de vulgarisation agricole Agridea et l’association Chiens de protection des troupeaux.

Celui qui connaît parfaitement les patous – particulièrement ceux des Vittoni – et leurs réactions, c’est Jeff. Berger (c’est la septième saison que les agriculteurs de La Forclaz travaillent avec des bergers), il vit avec chiens et moutons depuis plusieurs semaines, puisque c’est lui qui a cette année pour mission de conduire le troupeau sur la haute montagne. Il participe donc activement à la formation de la relève incarnée par Ricky et Rex, les deux chiots de 5 mois qui vivent à son contact 24 heures sur 24. «Tout à l’heure, Zyrka a fait tout juste. Elle est restée avec le troupeau, mais s’est montrée réactive. Ces vélos ne représentaient pas un danger immédiat et elle l’a vu. S’ils s’étaient trop rapprochés, elle aurait avancé vers eux, se serait arrêtée à 5-10 mètres, aurait aboyé. Et idéalement, les aurait escorté «vers la sortie» avant de revenir au troupeau.» Et quand la menace est réelle? «Un chien pas attaché, un loup, un lynx qui avance dans le troupeau, le patou doit courir dessus et le sécher.»

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