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Éloge de la «slow life» dans la verte Thurgovie

Les moines ont quitté la chartreuse d’Ittingen en 1848, mais le magnifique endroit fonctionne toujours selon leurs six préceptes principaux. Visite contemplative entre art, histoire et dégustation des délices du terroir.

Avec ses nombreux bâtiments, la chartreuse d'Ittingen ressemble à un vrai village.
Avec ses nombreux bâtiments, la chartreuse d'Ittingen ressemble à un vrai village.
Hervé Le Cunff

Un lac magnifique sur les eaux duquel les bateaux glissent paisiblement, une campagne verdoyante et des vignes à perte de vue… Le canton de Thurgovie a beaucoup de points communs avec le nôtre, même s’il est bien plus petit. Moins escarpé que pas mal de recoins vaudois, il se parcourt très facilement à vélo, électrique ou pas. Et l’une des destinations favorites des deux-roues est la Kartause Ittingen. La chartreuse d’Ittingen en français, soit… un couvent.

Mais attention, si le lieu reste très marqué spirituellement, toute forme de religion en a disparu. Ainsi, au moment de pénétrer à l’intérieur de ses murs, on a la nette impression d’arriver dans un bourg où calme et sérénité règnent en maître. «Ici, on pénètre dans un autre monde, confirme le directeur de l’hôtel de la chartreuse, Valentin Bot. C’est comme si le stress restait à l’extérieur des murs de la chartreuse. On fonctionne comme un petit village en suivant les préceptes monastiques, mais de manière moderne.»

C’est donc tout naturellement qu’on ralentit le pas, qu’on respire profondément les effluves d’herbes mises à sécher pour composer les futures tisanes et qu’on met son portable sur silencieux. De toute manière, les bâtiments, les jardins et les œuvres d’art alentour sollicitent tous nos sens à la fois.

Une histoire à rebondissements

Difficile de dire d’où vient l’ambiance si particulière de la chartreuse. L’âge canonique des premiers bâtiments, construits au XIIe siècle, impose déjà le respect. Au Moyen Âge, le paysage était dominé par un château, qui a été transformé en monastère aux environs de 1150. Ce sont ensuite des moines – d’abord augustins jusqu’en 1461, puis chartreux – qui construisent des annexes jusqu’en 1848. Le Canton de Thurgovie tente ensuite d’exploiter la chartreuse, mais cette opération se solde par une immense affaire de fraude. En 1967, la riche famille de banquiers saint-gallois Fehr rachète les terres et les bâtiments et se lance dans l’exploitation agricole jusqu’en 1977. Les Fehr vendent ensuite le tout à une fondation privée, la Stiftung Kartause, qui l’a rénovée jusqu’en 1983, y injectant 40 millions de francs avec une volonté visionnaire de transformer la chartreuse en un lieu qui fonctionnerait selon les préceptes monacaux, où art, travaux de la terre, entraide et spiritualité pouvaient coexister librement.

Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est réussi! Aujourd’hui, la chartreuse d’Ittingen – 100 hectares tout de même! – est un vrai kaléidoscope, qui abrite son propre musée, dédié à l’histoire monacale des lieux, le Musée d’art du canton de Thurgovie, qui possède un hôtel, un restaurant, des ateliers, une fromagerie, des salles de banquet, une pisciculture, la plus grande roseraie de Suisse, une boutique très bien achalandée qui vend aussi ses produits en ligne, des jardins, des vergers, des vignes… Ce ne sont pas moins de 50 professions différentes qui sont rassemblées et dont certaines sont exercées par quelque 60 personnes en situation de handicap mental ou physique. C’est donc une véritable ruche de 150 personnes qui participent à la vie de la chartreuse au quotidien.

Lieu rêvé pour se détacher du monde

Sans aucun soutien financier institutionnel, la Kartause Ittingen vit grâce à des dons privés, à la vente de ses produits, mais surtout grâce aux séminaires, mariages, retraites, réunions et autres séjours hôteliers. C’est en effet un lieu rêvé pour se détacher du monde et créer, se libérer, méditer ou se retrouver. Ainsi quelques cellules monacales sont occupées par des artistes en résidence et l’une d’entre elles peut être louée. Sinon, les 68 chambres – la chartreuse d’Ittingen fait partie des «Garten Hotels» suisses – au design moderne et aux petites attentions multiples (un sachet de fruits séchés, une petite bouteille de vin et un sachet contenant houblon, lavande, pétales de rose ainsi qu’un mélange secret d’herbes du jardin aromatiques favorisant le sommeil) invite à prolonger la visite. Le plus dur, ensuite, est de se réhabituer au rythme effréné de la «vraie vie».

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Un coffre-fort à vins

Une chose est sûre: on peut compter sur les Alémaniques – bon, les Suisses en général – pour une organisation «tip top» de chacun de leurs projets. La route des vins de Weinfelden en est un parfait exemple. Le premier arrêt n’est pas forcément là où on l’attend: le guichet de la gare de Weinfelden. C’est ici qu’on touche notre sac à dos et toutes les explications, même en français s’il le faut! Véritable pochette-surprise, la besace en tissu contient une pèlerine, une bouteille d’eau et son gobelet, un paquet de crackers, une carte détaillée et surtout un verre à vin. Pour 19 francs, celui-ci pourra être rempli gratuitement dans l’un des sept restaurants partenaires si l’on consomme un plat principal, mais surtout il servira à déguster les crus de onze vignerons de la région à notre arrivée au mystérieux «Weinsafe», pour lequel on nous a remis une sorte de code secret.

Dégustation secrète

Longue d’environ neuf kilomètres (le tour complet prend en moyenne trois heures), cette route des vins se parcourt à pied, tout d’abord dans les jolies ruelles de Weinfelden puis sur les collines avoisinantes et verdoyantes. Tout au long de la route – qui se décline entre chemins, route goudronnée et sentiers, le tout accessible avec une poussette – on peut rencontrer les onze vignerons du lieu. Entre les plants de vigne ou affichés sur le mur d’une grange, on retrouve des panneaux détaillant la production locale.

Mais la vraie curiosité de cette «Weinweg» se trouve à environ un tiers du parcours. Sur la droite du chemin, un banc se dresse devant ce qui a sans doute été un jour un local à outils au plein milieu des vignes. C’est là que se cache le fameux coffre-fort à vins. Après avoir entré notre code, la porte s’ouvre et on aperçoit un livre d’or, des bulletins de commande, une caissette, une boîte à lettres, un tire-bouchon qui pendouille et une mystérieuse manivelle. Il suffit de l’actionner manuellement plusieurs fois pour voir lentement apparaître un porte-bouteilles avec une douzaine de flacons – du blanc, mais aussi du rosé et du rouge – à parfaite température. Place donc à la dégustation basée sur la confiance.

Chacun a droit à 2,5 dl (mais peut également terminer les bouteilles où il reste moins d’un quart du contenu) et est invité à glisser quelques piécettes dans la caisse si la tentation de dépasser se fait trop grande. Une invention parfaite pour les vignerons qui ont eu l’intelligence de collaborer pour éviter une présence permanente pour d’éventuels visiteurs, mais aussi pour les timides qui n’osent pas déguster par peur de se sentir obligés de passer commande. À retrouver bientôt sur La Côte ou en Lavaux?

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