La famille Bourgeois a délaissé les vaches au profit des fruits et légumes

La clé des champs 10/40Depuis quatre générations, le domaine des agriculteurs de Vullierens n’a cessé d’évoluer.

Sylviane et Luc Bourgeois devant la façade de leur ferme, accompagnés de leur fidèle «Umba». Images: VANESSA CARDOSO

Sylviane et Luc Bourgeois devant la façade de leur ferme, accompagnés de leur fidèle «Umba». Images: VANESSA CARDOSO

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«Nous avons beaucoup de chance de travailler en famille.» Le constat de Sylviane Bourgeois est totalement pertinent sachant que les descendants de son mari Luc sont agriculteurs de père en fils. Déjà trois générations ont vécu entre les murs de la ferme de Vullierens érigée, selon la date gravée sur la porte, en 1819. Le grand-père, puis le père de Luc ont cultivé les terres du domaine situé à trois kilomètres du village vaudois. Dans quelques années, ce sera au tour de Ludovic, le futur gendre, et Annelore, la fille du couple, de faire fructifier l’héritage familial. Sur la façade principale, au-dessus de l’inscription du nom de la maison, «Aux quatre saisons», trouvé par Sylviane et Luc, trône une série de cloches de vaches, vestige d’une époque aujourd’hui révolue. «Elles n’ont pas été nettoyées depuis notre mariage en 1988», lance en rigolant Sylviane Bourgeois.

Assis à l’ombre d’un arbre du jardin de la bâtisse historique, dans la fraîcheur matinale de cette fin juin bercée par le glouglou de la fontaine, le couple Bourgeois reconnaît avec sincérité qu’il n’a jamais pensé à faire autre chose. «C’est naturel, tout simplement. Les plus jeunes suivent les pas de leurs parents», constate Sylviane Bourgeois. Sur la table, des fraises, des Joly, fraîchement cueillies, et un gâteau aux amandes confectionné par une dame du village témoignent du plaisir à partager et à consommer local. Au pied du couple, Umba, le labrador noir – «une chienne guide qui a loupé les tests, tant mieux pour nous», glisse joyeusement Sylviane Bourgois – suit ses maîtres dans leurs moindres déplacements. «Elle ne garde pas vraiment la maison mais accueille toujours les clients.»

Se diversifier pour durer

Depuis plusieurs années déjà, le couple s’est lancé dans la vente directe avec un petit local ouvert pendant la saison des asperges et des fraises. «Dans le village, qui compte presque 500 habitants, il y a une petite dizaine d’agriculteurs. Plus qu’un seul possède des vaches, regrette Luc Bourgeois. Nous y avons aussi renoncé en 1998. Je travaillais avec mon papa et on cherchait déjà depuis un moment à diversifier notre production. On a commencé par l’asperge verte suivie d’autres légumes en parallèle des grosses cultures que nous avons continué à exploiter.» Il se considère chanceux. «C’est triste lorsqu’un agriculteur ne tourne pas et perd même des sous. Ici, on arrive à dégager un revenu. On ne compte pas nos heures mais on gagne notre vie.» Le père de Luc, qui habitait à l’étage de la maison, s’est éteint l’année dernière. Le maraîcher est désormais seul maître à bord d’un navire qu’il conduit 365 jours par an, avec à chaque saison ses tâches et ses surprises. «Si on ne se spécialise pas aujourd’hui, c’est difficile.» Et son épouse d’ajouter: «Presque toutes les femmes d’agriculteurs ont un travail à côté de la ferme. On n’est jamais assuré de vendre sa marchandise. Alors oui, c’est vrai, on est toujours assis sur un siège éjectable.»

Les courgettes peuvent être récoltées jusqu’en septembre.

Ils le reconnaissent sans se lamenter. Le travail de la terre exige une présence constante. Et c’est justement ce qu’apprécie le plus Luc Bourgeois dans son activité. «J’aime travailler dehors, le grand air, par tous les temps. La combativité, aussi. Il faut y aller!» dit-il après quelques secondes de réflexion. À cause de la forte bise de ce début d’année, toutes les courges plantées à la main ont gelé. «C’est désolant mais ça arrive et on les replante. C’est tellement beau de les voir mûres en automne», note Sylviane Bourgeois. La saison des fraises s’étant achevée fin juin, les tomates et les courgettes occupent désormais l’entier de leurs journées et celles de leurs employés.

La saison des tomates

Direction les champs où les serres ultramodernes et automatisées abritent une large variété de tomates, des cœurs-de-bœuf, des cherrys ou encore des noires de Crimée. Plusieurs cageots remplis de barquettes sont prêts à être expédiés à la grande distribution. Les Bourgeois ne travaillent pas en agriculture biologique mais la majorité de leur production est cultivée sans résidus de synthèse.

Dans la serre, l’heure est à la cueillette des tomates.

«Gamin, j’ai appris à traire des vaches. Maintenant je m’occupe de tomates. Au début, on fait faux et c’est normal. Chaque année, il y a quelque chose qui rate mais c’est aussi ça, la chance de ce métier. Sinon ça serait trop facile», lance Luc Bourgeois dans un demi-sourire. À quelques mètres des serres, ses champs sont remplis de courgettes qui n’attendent qu’à être ramassées aux premières heures du jour avant les chaleurs écrasantes de l’après-midi. «Nos cultures spéciales, soit les légumes et les fraises, ne représentent que 15 à 20% de nos surfaces mais elles occupent 95% de la main-d’œuvre.» À chaque saison sa culture. Après la fin des courgettes en septembre arriveront les courges qui occuperont les Bourgeois jusqu’à la fin de l’année. Fille d’agriculteurs, Sylviane savoure le rythme régulier des saisons et le travail qu’elles impliquent. Une vie de labeur et de bonheur en nature: elle n’en demande pas plus.


Les pionniers de l’asperge verte

La famille Bourgeois a été parmi les premières à cultiver des asperges vertes en terres vaudoises dès 1980. «Il faut avoir la rage pour s’en occuper. Y aller tous les jours. Parfois je ne peux plus les voir.» Plaisanterie mise à part, Sylviane Bourgeois ne renoncerait plus à ce «produit d’appel» qu’elle et son mari ont choisi d’exploiter alors que les Vaudois ne juraient à l’époque que par l’asperge blanche.

Comme tous pionniers, ils ont tâtonné les deux premières années afin de trouver la technique la plus efficace pour les faire pousser. «Nous avons une terre argileuse. On avait commencé par les planter à plat mais elles ont attrapé des maladies au niveau des racines. On a alors décidé de construire de petites butes de manière à les surélever légèrement», poursuit Luc Bourgeois.

Grâce à la vente directe, où les maraîchers agriculteurs écoulent aujourd’hui entre 30 et 40% de leur production, ils se sont fait un nom dans la région. «Les gens sont contents de trouver ce légume local au début du printemps et le plaisir du client est ma meilleure motivation», ajoute Sylviane Bourgeois.

Après la saison des asperges, viennent les fraises, disponibles en autocueillette. En cette fin du mois de juin, la récolte touchait à sa fin mais les habitués étaient encore là avec leurs paniers remplis de Joly, la principale variété que le couple cultive depuis 1993. «On propose la vente directe pendant deux mois, puis le reste de notre production, très sensible aux aléas de la météo, part pour la grande distribution.»

Créé: 19.07.2019, 09h35

Portrait éclair

La famille
La quatrième génération s’apprête gentiment à reprendre le flambeau de l’exploitation. Après Louis Bourgeois, son fils René lui a succédé, puis Luc, actuel patron des lieux avec son épouse Sylviane. Leur fille Annelore, enseignante, partage sa vie avec Ludovic, lui aussi fils d’agriculteurs, déjà présent pour épauler son beau-père. Le jeune couple prendra les rênes dès que la retraite sonnera pour Luc et Sylviane.

La production
Après avoir décidé d’arrêter l’élevage de vaches en 1998, la famille a choisi la diversification avec la production de légumes. En parallèle des grandes cultures, telles le blé, la betterave et le colza, les Bourgeois se sont lancés dans les asperges vertes, puis diverses variétés de tomates, des fraises, des courgettes et en automne des courges et des potimarrons, entre autres. Leur production possède le label IP-Suisse.

L’exploitation
Les terres agricoles sont situées à quelques kilomètres de la ferme familiale, érigée au cœur du village de Vullierens. La famille possède 34 hectares et produit quelque 20 tonnes de fraises par an et la moitié d’asperges. La famille embauche trois employés et des cueilleuses pendant les périodes chargées.

www.famille-bourgeois.ch

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Les épisodes de la région morgienne

Le projet «Clé des champs»: Un été à la campagne à la rencontre de nos paysans



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D’étranges bovidés paissent aux alentours du Moulin d’Amour depuis 2017. Le lait des bufflonnes de Serge Baudet est transformé en mozzarella à la Fromagerie André à Romanel-sur-Morges.


8° Libres cochons de Vullierens
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