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Gnomes et pèlerins hantent une terre de légendes

Entre Köniz (BE) et le lac de Thoune, le parc naturel du Gantrisch ouvre les bras d’une région vallonnée aux marcheurs.

«Nessie», une des figures de l'artistes bernois une des figures du Bernois Jürg Ernst, qui jalonnent le «Gnomenweg» à Schwarzenburg. Images: PATRICK MARTIN
«Nessie», une des figures de l'artistes bernois une des figures du Bernois Jürg Ernst, qui jalonnent le «Gnomenweg» à Schwarzenburg. Images: PATRICK MARTIN

Quel est le lien entre Saint-Jacques-de-Compostelle, célèbre lieu de pèlerinage de la Galice espagnole, et le canton de Berne? Le Gantrisch, parc naturel régional de 400 km2 situé sur les terres bernoises et fribourgeoises. Pour le voyageur arrivé par l’autoroute qui relie les rives lémaniques à la capitale fédérale, c’est un avant-poste des grands sommets alpins que sont l’Eiger, le Mönch ou la Jung­frau dont la vue s’offre au détour des chemins. Autrefois, la région était traversée par les pèlerins qui, venus de Suisse orientale, se dirigeaient vers l’ouest par Fribourg.

Le Gantrisch est le royaume de la marche dans un décor campagnard où se succèdent villages typiques et belles fermes bernoises. Rendez-vous d’abord à Schwarzenburg, où le centre d’information sur le parc naturel régional s’est installé dans le château, construit entre 1573 et 1576. L’invitation à utiliser ses jambes et ses pieds est tout de suite présentée au visiteur. Autour du village, sur un itinéraire qui mène d’une étonnante sculpture à l’autre, le Gnomenweg propose une agréable et amusante mise en jambes qui ravira les familles. En 60 à 80 minutes, le parcours mène à la découverte de neuf figures confectionnées par l’artiste Jürg Ernst. Le Bernois porte un regard moderne sur les légendes locales. Elles étaient rassemblées jusqu’en 2015 dans un «Jardin des gnomes» transformé par la suite en «Chemin des gnomes».

Après cet échauffement, les randonneurs ou simples amateurs de belles promenades se consacreront au souvenir des pèlerins de Compostelle. La grande Histoire raconte comment ce bout de campagne bernoise s’est retrouvé inséré dans le réseau d’itinéraires spirituels qui jalonnaient l’Europe médiévale. À Rüeggisberg, une ruine tournée vers l’impressionnant panorama alpin témoigne de l’élan qui poussait les croyants à emprunter des chemins parfois risqués sur des centaines de kilomètres. Aujourd’hui, près de 200'000 pèlerins empruntent chaque année les chemins de Compostelle. Ils ont été remis au goût du jour, ces dernières décennies, à l’intention des marcheurs modernes en quête d’histoire, de spiritualité, de calme ou de beaux paysages.

Jeune femme endormie

Les murs et les arches spectaculaires de Rüeggisberg, en rénovation et entourés d’échafaudages cet été 2019, sont les vestiges d’un monastère fondé en 1072. «C’est le premier et le plus important prieuré clunisien en Suisse alémanique», notent les historiens. Entre l’église du lac de Thoune et Fribourg, les marcheurs trouvaient l’hospitalité. Ce lieu détaille aujourd’hui son riche passé, mais aussi son déclin au moment de la Réforme au XVe siècle, dans un petit musée didactique. Autour de la ruine médiévale, le Gantrisch se dévoile aussi en espace de culture à ciel ouvert grâce à plusieurs installations artistiques. Une sculpture, dans le jardin qui jouxte le monument historique, séduira les promeneurs aux jambes lourdes. Et les invitera peut-être à la pause. Une grande jeune femme est étendue sur le côté, tournant le dos aux sommets enneigés à l’horizon, dont la célèbre Jungfrau (jeune femme en français): «Elle a depuis longtemps trouvé ce qu’elle cherchait, la joie de la connaissance s’épanouit sur son visage», écrivait la sculptrice Barbara Bösch en présentant son œuvre.

Sur les chemins de Compostelle du Gantrisch, des panneaux portant l’inscription «Via Jacobi» guident les promeneurs. En suivant les indications fournies au centre de Schwarzenburg, ou à l’aide d’internet, il est possible de programmer des balades «abordables» en deux heures. À l’orée d’une forêt, certains rencontreront peut-être un cerf blanc. La région est une terre de légendes. Et c’est un Vaudois enfant d’Aubonne, Robin Bezençon, qui nous raconte l’histoire du cervidé à la robe immaculée. Il a réalisé un film d’une heure, intitulé «Der weisse Hirsch vom Gantrisch» («Le cerf blanc du Gantrisch»). Les francophones pourront découvrir le DVD sous-titré à la fin de l’été: «Trois amis partent à la chasse. L’un d’eux s’éloigne. Il croise un cerf blanc, songe à le tuer mais renonce. Il épargne l’animal qui, en échange, octroie l’immortalité au chasseur». Tourné dans la région avec des jeunes de 13 à 21 ans de l’école de théâtre de Robin Bezençon, à Thoune, le film raconte surtout l’histoire d’une jeune fille apprentie magicienne. Pour trouver le remède nécessaire à la guérison d’une amie malade, elle rencontre la fée Helva, autre figure légendaire du Gantrisch, retirée depuis longtemps dans une grotte. «La jeune fille explique à la fée qu’un parc naturel a été créé et que la nature, épargnée comme le cerf blanc, a retrouvé ses droits. La légende peut ainsi renaître», explique le réalisateur.

Robin Bezençon s’est installé dans la région où il a épousé Carmen, enseignante en géographie et productrice du film, dont le nom de jeune fille est Wenger. Cette famille maintient vivante la tradition du moulin Dittligmühle, en particulier Carmen Bezençon à la direction. À Forst-Längenbühl, dans les hauts de Thoune, on peut boire un verre ainsi que déguster des mets régionaux sur une charmante terrasse ou à l’intérieur d’un bistrot à l’ancienne au décor patiné par le temps.

Étape ou aboutissement d’un périple (voir encardé), cet endroit allie l’histoire et les légendes du Gantrisch à la production agricole locale certifiée.

www.gantrisch.ch

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Le moulin moderne qui renoue avec les racines de l’agriculture régionale

Le Dittligmühle, à l’approche de Thoune, invite à une étape instructive et gustative. Une ancienne roue à aubes et un vieux bâtiment témoignent d’une activité de meunerie qui remonte à la fin du XVIIIe siècle.

C’est aussi un moulin moderne: «Nous produisons pour la Coop», relève Carmen Bezençon, née Wenger, la famille propriétaire des lieux. Il est possible de visiter les installations dont le fonctionnement est expliqué à l’aide de petits films. Avant de s’installer au bistrot Irmas Mahlwerk, à l’intérieur ou sur la terrasse de la partie ancienne, un tour dans la boutique s’impose. Avis aux amoureux de bonnes céréales et aux boulangers amateurs: «Nous proposons des céréales du parc naturel régional du Gantrisch, certifiées. Les visiteurs trouveront des mueslis, mais aussi des mélanges pour faire du pain et de la tresse», relève Carmen Bezençon.

www.dittligmuehle.ch

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Que la lumière se réduise

Le parc naturel régional du Gantrisch ne se résume pas à des activités au sol, dans la nature ou culturelles. Il se tourne aussi vers les étoiles. Les amoureux de la voûte céleste nocturne rencontrent hélas souvent un obstacle, celui de la pollution lumineuse des régions citadines. La région souhaite proposer des conditions optimales aux astronomes par le biais de son projet «Paysage nocturne dans le parc naturel du Gantrisch». À la fin de 2018, Pro Natura a récompensé les efforts du parc berno-fribourgeois ainsi que ceux de la commune de Fläsch, dans les Grisons, en vue d’une réduction de l’éclairage artificiel: les deux se sont partagés à égalité les 50'000 fr. du Prix Elisabeth et Oscar Beugger. Lieu de rencontre des astronomes amateurs de Suisse et du monde entier, l’ancienne plateforme militaire du Gurnigel, au sud du parc, figure parmi les dix meilleurs spots du monde. L’observatoire d’Uecht, près de Köniz, est ouvert au public tous les mercredis soir. La fondation Sternwarte Uecht veut construire une nouvelle installation selon les plans de l’architecte Mario Botta.

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Une vieille ferme restaurée et déplacée qui sent la charcuterie fumée

À Schwarzenburg, c’est le château qui attire l’œil du voyageur. Construit à la fin du XVIe siècle, il peut se visiter.

Mais le plus intéressant réside aussi dans le plus discret. Et reste difficile à prononcer pour les Romands: Tätschdachhaus, une maison dotée d’un toit à faible pente typique des zones préalpines. À quelques dizaines de mètres du château, cette ferme ancienne dont les origines remontent aux années 1570 a une histoire surprenante: elle a été déplacée en 2014 pour éviter sa démolition et conserver le patrimoine. À l’intérieur, les salles boisées aménagées vers 1770 permettent de découvrir la vie paysanne des temps anciens.

Dès l’entrée, le visiteur est frappé par l’odeur de fumée qui règne dans la bâtisse: «Elle était autrefois occupée par un boucher qui y fumait la charcuterie», explique notre guide. La cuisine ouverte servait de chambre de fumage.

Sur rendez-vous: 031 808 00 20, info@gantrisch.ch

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Les papayes de l’Oberland bernois

Après une immersion dans la nature «bien de chez nous» au Gantrisch, pourquoi ne pas ajouter une pointe d’exotisme? Situé à 25 kilomètres au sud de Thoune, le Tropenhaus de Frutigen se démarque surtout par ses serres tropicales.

Le parcours, dans une atmosphère humide et chaude, fait découvrir aux visiteurs les arbres et arbustes qui produisent les bananes, mangues et papayes, entre autres fruits tropicaux, achetés habituellement dans le commerce. Le Tropenhaus annonce ainsi produire chaque année 2,5 tonnes de fruits qu’il sert principalement dans son restaurant, le Tropengarten, où les tables sont disposées entre les plantes. Les amateurs de café se familiariseront avec les techniques et le cheminement qui mènent de la culture du caféier à la cafetière. Au chapitre gastronomique, le poivre livre tous ses secrets. Et une expo temporaire poissonnière est consacrée aux esturgeons producteurs de caviar, élevés sur place.

www.tropenhaus-frutigen.ch

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