Passer au contenu principal

Laurent Vulliamy développe ses variétés spéciales et chouchoute sa clientèle

Polenta, fraises, lentilles, l’agriculteur diversifie à fond. Avec son épouse, il dope l’épicerie de Goumoens-la-Ville.

La culture des fraises, Laurent Vulliamy la pratique depuis 2007. Mais ces dernières années sont plus difficiles avec un climat qui n’est plus assez «tempéré».Images: FLORIAN CELLA
La culture des fraises, Laurent Vulliamy la pratique depuis 2007. Mais ces dernières années sont plus difficiles avec un climat qui n’est plus assez «tempéré».Images: FLORIAN CELLA

«Étonnamment, elles n’ont pas trop souffert.» En ce premier jour de juillet caniculaire, Laurent Vulliamy inspecte ses fraises après le deuxième orage de grêle qui a touché son domaine en quinze jours. Lors du premier épisode le 15 juin, le cultivateur de Goumoens-la-Ville avait eu des dégâts qui s’élevaient, selon l’estimation de l’assureur, à 31%. «Cette fois, certains grêlons étaient plus gros, mais mêlés à beaucoup d’eau. Et heureusement, la récolte touche bientôt à sa fin.»

Laurent Vulliamy garde le sourire, même s’il avoue que cette année 2019 est déjà à oublier. Après le gel de mai et la grêle de juin, il a sérieusement songé à arrêter les fraises: «J’en produis depuis 2007. Les premières années étaient excellentes, mais depuis 4-5 ans, la nature nous joue un sale tour. Le climat n’est plus «tempéré»; il nous fait payer chèrement notre part de responsabilité. Alors les récoltes sont comme la météo, en dents de scie.»

Que les amateurs d’autocueillette se rassurent: à bientôt 50 ans, Laurent Vulliamy va poursuivre l’aventure des fraises bios, en investissant dans une machine à planter. «Cela devient nécessaire de mécaniser, pour épargner mon dos et ceux de ma famille, et aussi pour mieux maîtriser les mauvaises herbes.» Casquette vissée sur la tête, plus souvent pieds nus qu’en chaussures – sauf quand il s’agit d’arracher les chardons –, il cultive son profil d’artisan fier de ses produits.

Une âme de pionnier

«Pour moi, l’artisanat signifie que toute la chaîne est faite par l’agriculteur. Prenez ma polenta: je fais pousser le maïs, je le bats, je le fais sécher chez un voisin, car je n’ai pas l’espace pour, ensuite je le mouds avec mon moulin, je fais le mélange, la fine et la bramata, que je vends au magasin.» L’agriculteur du Gros-de-Vaud ne craint pas l’expérimentation: outre le maïs, les fraises et les lentilles qui ont fait sa réputation depuis plus de dix ans, il a développé le sarrasin, le triticale (croisement entre blé et seigle), l’asperge et teste la moutarde, le millet, le pois chiche et la patate douce! Des produits que l’on espère retrouver petit à petit au P’tit Marché de Goumoëns, tenu depuis deux ans par son épouse Sara (lire encadré). Avec le recul, le pari de la diversification semble naturel pour cet hyperactif inventif.

Pourtant, ça n’allait pas de soi: «À un moment donné, j’ai eu une grosse hésitation entre l’intensif et l’extensif, reconnaît-il. Au final, j’ai continué à faire ce que je savais faire.» Comme son lointain cousin d’Oulens (lire le portrait d’Alain Vulliamy du lundi 22 juillet), il a fait face aux vicissitudes des pionniers. «Des lentilles vertes à semer, c’est courant dans les engrais verts, mais quand j’ai voulu en produire pour la consommation, j’ai passé pour un fou, rigole-t-il. Aujourd’hui, on est nombreux à en faire.»

Un deuxième job en parallèle

Laurent Vulliamy – et son père avant lui – a dû travailler en parallèle pour compléter ses revenus. Avoir fait pendant plus de vingt ans tous les métiers au sein de la police lui a apporté, dit-il, une ouverture au monde et aux gens qu’il n’aurait pas eue en n’étant que paysan. «Mais j’ai toujours espéré trouver une solution pour vivre pleinement de la terre.» La vente de la ferme familiale située au centre du village pour en faire des logements a été salvatrice. Avec cet argent, il a pu racheter une ferme en plein champ et passer de 11 à 35 hectares. «J’ai testé le nouveau domaine avant d’arrêter mon deuxième job. Idem pour mon épouse au magasin. Elle a encore fait une année à 150% pour voir si on s’en sortait.»

----------

La mue réjouissante du P’tit Marché

Sara Vulliamy (à g.) gère l’épicerie-poste-café.
Sara Vulliamy (à g.) gère l’épicerie-poste-café.

Avec l’arrivée des Vulliamy au P’tit Marché de Goumoens-la-Ville il y a deux ans, l’établissement n’a pas seulement changé d’exploitant, il s’est métamorphosé en un lieu de vie central pour le village: outre un petit coin café et l’agence postale qui permet d’assurer un revenu fixe, le magasin propose des denrées de première nécessité, du pain de Daillens, des charcuteries de Fey et de Vuarrens, et les produits de la Ferme à Canack. Au détail ou en vrac.

Avant même de viser ce commerce-là, le couple avait songé à faire le pas. «On avait imaginé un magasin-dépôt devant la ferme, cherché un local dans les environs, ou même un tea-room, raconte Laurent Vulliamy. En tant que municipal, j’ai eu l’info en primeur que l’épicerie était à remettre, mais le choix a été fait dans les règles, sur dossier.»

La candidature avait un atout: Sara Vulliamy a travaillé dans la restauration d’entreprise, gérante pendant quatorze ans de la cantine de l’International School au Mont-sur-Lausanne (500 couverts par jour.): «La gestion des stocks, je connais. Même si on n’imaginait pas brasser autant de marchandises pour un si petit revenu!» La gérante ne regrette cependant pas son choix: «J’en avais assez de la cantine, confie-t-elle. Ici, je suis dans mon élément. Nous avons volontairement baissé les prix pour faire venir du monde, susciter l’envie. Et l’évolution est positive. J’ai des gens qui viennent faire leurs courses ici.» Et les Vulliamy n’ont pas épuisé toutes leurs idées.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.