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Chez Thierry Jaccoud, la cueillette du tabac bat son plein au mois d’août

Dans cette exploitation familiale, on cultive l’herbe à Nicot depuis trois générations.

Cultivateur de tabac, Thierry Jaccoud récolte les premières feuilles le matin. (Photo: Olivier Vogelsang)
Cultivateur de tabac, Thierry Jaccoud récolte les premières feuilles le matin. (Photo: Olivier Vogelsang)

C’est une drôle de machine, sur laquelle on travaille assis, en récoltant les feuilles sur deux rangées parallèles – celles du bas étant cueillies en premier. On l’appelle «cortinette», un nom qui sonne mignon, assorti à la douceur et au vert printanier des feuilles de tabac que des mains juvéniles empilent avec application. Au milieu de la verdure, sous un soleil déjà cuisant, les cueilleurs tombent parfois sur une balle de golf échappée du club de Payerne tout proche, et déposée là par un corbeau farceur.

Fils aîné de l’agriculteur Thierry Jaccoud, Damien, 18 ans, travaille aux champs le matin, et à la piscine comme gardien l’après-midi. Pour le gymnasien, qui participe à la cueillette de la production paternelle durant ses vacances, ce sera des études de physique. «Quand ils étaient petits, mes quatre enfants voulaient tous devenir paysans, raconte son père, établi à Vers-chez-Perrin. Mais il faut voir les choses comme elles sont: ils ont meilleur temps d’apprendre un autre métier, quitte à revenir à l’agriculture après. C’est plus sûr pour leur avenir.»

Lundi 22 juillet, au domaine des Jaccoud, c’était le premier jour de la récolte du tabac, qui dure un mois et demi environ. Cette année, les végétaux ne sont «pas tant gros», mais ils continueront à grandir durant la cueillette, explique le paysan, qui a d’autres objets d’inquiétude sur son domaine: le fourrage, qui a souffert du printemps froid, et le maïs, qui ne se développe pas bien à cause de la sécheresse.

Chaleur, humidité et terre légère

Pour s’épanouir, l’herbe a Nicot a besoin de chaleur et d’humidité, et puis d’une terre légère. Sa collecte nécessite du doigté, car «s’il est maltraité, le tabac devient vilain», prévient le paysan. De variété Burley, celui de Thierry Jaccoud sèche ensuite dans un hangar, après avoir été suspendu à des ficelles par le biais d’une seconde machine, inaugurée en 1962, s’il vous plaît. Engourdi par l’hiver, l’appareil peine à redémarrer en ce lundi matin, malgré les gestes appliqués de Camille, 11 ans, qui participe au labeur familial. «On pourrait acheter des machines plus sophistiquées, mais on ne gagnerait pas de temps», assure le paysan.

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Les feuilles sont récoltées à l’aide d’une machine appelée «cortinette».

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En musique, l’équipe suspendra ensuite les feuilles pour trois semaines ou un mois, le temps que le joli vert tourne au brun avant de partir en fumée. «Durant le séchage, le tabac a besoin d’un taux d’humidité de 80%, explique l’exploitant. Quand il fait chaud, il faut donc l’arroser.» Une fois prêtes, les feuilles seront triées, car toutes ne seront pas propres à la consommation, puis acheminées début octobre vers la SOTA, la Société coopérative pour l’achat du tabac indigène de Payerne.

Pour Thierry Jaccoud, la récolte matinale du tabac a lieu après la traite, et avant la moisson, qui se déroule l’après-midi. À côté de l’herbe à cigarette qui couvre 95 ares, le paysan cultive de la betterave, du maïs, du blé, de l’orge, du colza, ainsi que du fourrage pour son bétail. Quarante hectares au total. Parmi toutes ces cultures, le tabac est celle qui demande le plus de travail, mais qui permet de dégager le chiffre d’affaires le plus important.

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Après avoir été suspendues à des ficelles, elles sont mises à sécher dans le hangar.

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Outre les «petites mains» engagées durant les vacances, dont ses fils font partie, Thierry Jaccoud peut compter sur l’aide de son père, 74 ans, cultivateur de tabac, comme son père avant lui. «L’hiver, ils allaient encore couper du bois, se souvient l’agriculteur. Moi, j’ai arrêté.» En 2007, après avoir travaillé à la centrale d’achat des tabacs de Payerne, puis dans une cave à la mise en bouteille, l’homme a repris l’exploitation familiale. «On a agrandi, augmenté un peu le bétail.» Aujourd’hui, ce dernier compte 25 têtes. Des vaches qui produisent du lait destiné à l’industrie – un gagne-misère, souligne le paysan.

Attablés sur la terrasse des Jaccoud, qu’une moustiquaire géante protège des mouches, on se sent bien loin de Philip Morris et de la polémique autour du sponsoring du pavillon suisse de Dubaï par le numéro un mondial du tabac. La cigarette? Pas le truc de Thierry Jaccoud, qui répète à ses enfants qu’il est mauvais de fumer. Pas de problèmes de conscience? «Non, les gens sont responsables. Moi, je livre mes feuilles et je ne m’occupe pas de ce qu’il se passe après. Personne ne peut ignorer aujourd’hui que la consommation a un impact sur la santé.»

Réduction des surfaces

Il y a dix ou quinze ans, l’agriculteur a commencé à constater une baisse de la demande, parallèle à la lutte contre la fumée. Mais le véritable impact, qui reste modéré, s’est fait sentir pour lui il y a deux ans. «Swiss Tabac, qui fixe les quantités en fonction du marché, nous a demandé de réduire les surfaces de 5% ainsi que les quantités à l’hectare. Je trouve que c’est mieux que de baisser les prix.»

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Après avoir été suspendues à des ficelles, elles sont mises à sécher dans le hangar.

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Sur la paysannerie en général, l’exploitant porte un regard plutôt optimiste. «Dans la région de Payerne, on ne peut pas dire que ça va mal. Bien sûr, certaines exploitations ont fermé. Mais celles qui restent sont suffisamment grandes pour que les gens vivent bien.»

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