Passer au contenu principal

À Vaux-sur-Morges, les Gebhard cultivent l’esprit du changement

Tout droit venu de l’industrie chimique, l’agronome Claude-Alain Gebhard et sa femme, Marie-Claire, infirmière, se sont reconvertis dans l’agriculture biodynamique.

Sur ses 70 hectares de terres (ici du soja) Claude-Alain Gebhard a trouvé un champ d’expérimentation à sa mesure, hors des laboratoires. Et Marie-Claire veille.
Sur ses 70 hectares de terres (ici du soja) Claude-Alain Gebhard a trouvé un champ d’expérimentation à sa mesure, hors des laboratoires. Et Marie-Claire veille.
Patrick Martin

Son domaine est vaste, mais Claude-Alain Gebhard (62 ans) pointe d’emblée la lisière de la forêt, à la limite de ses terres. Un étudiant en agronomie bernois, en stage, y fauche l’herbe envahissante sous les clôtures. «C’est bien de mettre les intellectuels aux champs, sourit l’exploitant de la ferme En Berauloz, à Vaux-sur-Morges. Et une faux fait partie de l’histoire de l’humanité. Immense progrès technique, elle symbolise parfaitement notre situation.»

Ici, les produits de synthèses sont bannis. Toute la ferme est gérée en polyculture-élevage selon le cahier des charges de Bio Suisse. Elle vient d’être certifiée avec le label Demeter, qui reconnaît la pratique de l’agriculture biodynamique.

L’homme n’a pas toujours été aussi proche de la nature. Avant de devoir reprendre dans l’urgence l’exploitation, en 1991, à la mort de son père, il avait été employé chez Rhône Poulenc et chez Sandoz. «J’ai commencé dans la chimie lourde, où je validais des produits phytosanitaires avant leur commercialisation, confie-t-il. Cela m’a rendu critique face aux substances de synthèse. J’ai progressivement changé de camp, sans jamais le regretter. Mais je suis aussi content d’avoir pris ce temps. Car un long chemin sépare l’agrochimie de la biodynamie. Dans ce secteur, il ne faut d’ailleurs pas bousculer les agri­culteurs.»

Ce scientifique terre à terre a donc délaissé les molécules synthétiques pour mettre des achillées dans des vessies de cerf ou remplir des cornes de vache avec de la bouse et de la silice, selon les préceptes biodynamiques de Rudolf Steiner. Les substances obtenues sont pulvérisées à dose homéopathique sur les champs du domaine pour y stimuler la vie. Aux yeux du paysan, la biodynamie constitue une démarche prometteuse vers l’autonomie des ressources. «Je suis convaincu qu’on peut aller dans cette direction, car il faut rétablir un équilibre entre la démographie croissante et les ressources limitées, alimentaires notamment, une question planétaire qui me préoccupe. Nous, les paysans, qui détenons les valeurs fondatrices de notre civilisation en œuvrant avec le vivant et en gérant nos fragiles ressources, devons vite montrer la direction. Des pistes existent, sans devoir revenir à la traction animale ni à la chimie.» Sur ses 70 hectares de terrain, le paysan agronome a trouvé un champ d’expérimentation à sa mesure. Il élève du bétail, mais cultive aussi du soja et même de la betterave sucrière. Tout en bio.

La Suisse, le laboratoire idéal

Claude-Alain Gebhard estime que la Suisse constitue le laboratoire idéal. Le pays, rappelle-t-il, parvient à produire 50% de ses ressources alimentaires sur à peine un million d’hectares de terres agricoles. «Et nous réussissons à maintenir ce taux malgré la diminution du nombre d’agriculteurs et des surfaces cultivables grignotées par l’urbanisation et la forêt, tout en nous privant progressivement des produits de synthèse. Si les agriculteurs suisses ne parviennent pas à assurer un rôle de pionniers dans cette transition, qui d’autre se lancera? Notre pays possède les outils, les stimulations à l’innovation et l’argent pour le faire.»

Mais, là aussi, le chemin sera long: sur les 47'000 fermes suisses, seules 320 affichent aujour­d’hui un label biodynamique.

Un peu à contre-courant dans la profession, Claude-Alain Gebhard voit d’un très bon œil le contrat social qui accroît les mandats écologiques du monde agricole. «Le soutien public à l’agriculture contre des services multiples est un excellent modèle, même si les paiements directs déploient quelques effets pervers: tous veulent avoir leur tracteur, alors qu’il suffit de partager.»

----------

Pour retrouver tous les épisodes de la série:Un été à la campagne à la rencontre de nos paysans

----------

Selon lui, les fermes de ce pays sont devenues trop grandes, trop lourdes et trop difficiles à transmettre. «Mais, ajoute-t-il, nos jeunes cherchent de l’emploi et nous manquons de bras. N’y a-t-il pas là une solution à trouver?» Parmi les avantages de sa profession, le paysan de Vaux-sur-Morges met en avant le travail dans la nature et avec les animaux mais, avant tout, la liberté de décider. Et de faire évoluer le métier: «Exigeant, il nous fait bénéficier en contrepartie d’une belle qualité de vie.»

L’optimisme règne sur le domaine En Berauloz. Le soleil y brille de mille feux. Les toits de la ferme produisent du courant électrique photovoltaïque, 400'000 kWh injectés directement dans le réseau de Romande Énergie. De quoi couvrir les besoins de 120 foyers.

Emporté dans ses réflexions, Claude-Alain Gebhard n’oublie pas son épouse, Marie-Claire: «Sans elle, l’exploitation du domaine serait impossible. Elle assume la moitié du travail au moins. C’est un peu partout comme ça, en Suisse, où l’agri­culture a pris une orientation familiale. Ma femme est très occupée. Je vais voir si elle peut nous recevoir.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.