Avec la place Perdtemps en vert, Nyon voit l’avenir en rose

UrbanismeLe projet phare de la législature, l’enterrement du parking et la création d’un grand parc public au centre-ville, est un challenge pour des autorités dont les finances sont à sec.

Les places de parc enterrées, la place Perdtemps devrait retrouver sa patte verte d'ici à 2027.

Les places de parc enterrées, la place Perdtemps devrait retrouver sa patte verte d'ici à 2027. Image: Paysagestion/Localarchitecture/Lüng Associés/mrs partner

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Lausanne a sa place de la Riponne, Genève sa plaine de Plainpalais. Nyon sa place Perdtemps. Cette dernière est certes plus modeste que celles des deux capitales, mais tout de même de dimension respectable, avec son carré de 150 m de côté situé entre la gare et la vieille ville. Redonner à ce grand parking à ciel ouvert son lustre et sa fonction d’antan est depuis 2016 l’élément clé du concept Cœur de Ville, le projet phare de la Municipalité pour redynamiser le commerce et le cadre de vie au centre-ville.

Vue depuis la future bibliothèque-médiathèque

Lundi, elle a dévoilé le lauréat du mandat d’études parallèles lancé pour enterrer les voitures – un projet attendu depuis soixante ans! –, et créer en surface un parc public, des commerces ainsi que des services d’utilité publique. Intitulé Pleine Terre, le projet choisi parmi neuf groupes d’architectes-ingénieurs-paysagistes est le plus vert et le plus modeste en termes de construction.

Démarche participative

À l’origine, pourtant, les autorités pensaient construire sur le flanc sud-ouest de la place un front entier de bâtiments abritant des commerces au rez-de-chaussée et des logements dans les étages. Dans l’idée de créer une «boucle d’adresses» mêlant terrasses, places publiques et arcades commerciales depuis la gare jusqu’à la place du Château. «Cette idée de bloc le long de l’avenue Viollier a eu de la peine à passer, car elle était massive et supprimait une rangée de platanes», relève Maurice Gay, municipal de l’Urbanisme. La démarche participative qui a permis à 40 citoyens de suivre activement le concours d’urbanisme, à travers ateliers et tables rondes, a aussi mis en évidence de fortes réticences à trop bâtir sur la place. Les plus anciens étaient nostalgiques du vaste pré existant jusque dans les années 60 (lire encadré), les plus jeunes étaient plus branchés verdure et biodiversité que bétonnage.

L’entrée côté porte de Saint-Jean

Résultat, la Ville a abandonné le volet logements, avec lequel elle espérait pourtant financer une partie du futur parking souterrain. «Aujourd’hui, dans le cadre d’un partenariat public-privé, l’idée est d’accorder un droit de superficie avantageux à l’investisseur du parking, en échange d’une prise en charge par ce dernier des coûts du parc public», explique le municipal. Le parking, qui n’offrira, avec 450 places enterrées, guère 50 places de plus qu’actuellement, est estimé à quelque 20 millions de francs. Il sera logé sous le quart sud-ouest de la place Perdtemps, avec entrée et sortie au début de la rue Saint-Jean, laissant ainsi une grosse part de la surface en pleine terre.


L'édito: Enterrez les voitures qu’on voie le lac!


Arcades en contreforts

Pour le groupe lausanno-zurichois lauréat, Paysagestion, Localarchitecture, Kung & Associés et Mrs Partner, cela permet d’y planter des arbres haute tige, dans l’idée de retrouver un peu de l’esprit de l’époque où la place Perdtemps était garnie d’allées de platanes, de vergers, de potagers. «Notre projet veut recoudre le futur parc à la vieille ville, mais aussi au futur quartier culturel de Perdtemps Usteri, à l’est, en jouant avec les niveaux du terrain et des accès facilités de tous côtés», explique Julie Imholz, urbaniste-paysagiste. Les vieux murs seront remplacés, avec aux angles côté ville de larges emmarchements. Quant à la place elle-même, elle sera ornée de trois bois.

«Notre projet veut recoudre le futur parc à la vieille ville, mais aussi au futur quartier culturel de Perdtemps Uster»

Au nord, le «bois dormant», le long de l’avenue Perdtemps, qui deviendra piétonnière et permettra enfin à l’Hôtel des Alpes de créer une terrasse. Le «bois mouvant», du côté de l’avenue Viollier, qui s’ouvre sur des jeux, des allées doucement remontantes, adaptées aux personnes à mobilité réduite, et un pavillon abritant l’Office du tourisme. En dessous, dans le mur, quelque 250 m2 pour des commerces et artisans accessibles depuis la rue et depuis le parc. Enfin, le «bois vivant», sur l’esplanade côté lac, avec potager, piste de pétanque, jeux, buvette et, en sous-sol, dans les contreforts du mur, un petit centre commercial. Tout au bout de la rue, côté Marchandises, un plus gros bâtiment qui abritera toutes les «thèques», soit la Bibliothèque municipale, la ludothèque et une médiathèque. L’accès au parking sera situé sous cet édifice. «Nous privilégions des bâtiments bas, sous forme de pavillons en bois, avec de grands avant-toits pour s’abriter en cas de pluie», relève Laurent Saurer, architecte. Enfin, au milieu, une place de verdure traversée d’allées en diagonales, rappelant le Perdtemps d’antan et permettant la tenue de diverses manifestations.

Aboutissement d’une longue démarche, ce concours, dont les neuf projets sont exposés à la salle communale de Nyon jusqu’au 11 septembre, de 16 h à 19 h, permettra de lancer en priorité le chantier du parking. Les travaux pourraient débuter en 2021, l’ensemble, avec le parc, étant attendu pour 2027-2028.

Créé: 10.09.2019, 06h38

Une place de tir et des fêtes depuis le XVIe siècle

La première mention dans les archives communales de la place Perdtemps remonte à 1586, quand elle a été récemment acquise par la Ville de Nyon de différentes personnes, dont une famille «Pertems». Pour l’exercice de l’arquebuse, de l’arbalète et pour le rassemblement de compagnies au service de Leurs Excellences de Berne. À l’époque, cette vaste campagne s’étend jusqu’aux actuelles places Saint-Martin et Bel-Air. En 1591, le bailli Bénédicte d’Erlach, qui a obtenu pour les habitants la confirmation de leurs anciens droits de tir, participe au tir du papegay, un oiseau en bois monté sur une tige de 15 m de haut. Celui qui réussit à l’abattre est nommé roi et se trouve exempté d’impôt pour une année!

En 1761, l’achat de trois quarts de pose de vigne permet d’agrandir encore la place. Peu après, elle est nivelée, le sable est remplacé par du gazon et les noyers sont arrachés. C’est en 1835 que la place prend son allure actuelle. Pour y établir une place d’armes digne de ce nom, on élargit la rue Saint-Jean et on construit les grands murs qui créent en contrebas ce qu’on appelle désormais le Petit Perdtemps. Ce dernier accueillera jusque dans les années 60 la foire aux bestiaux. Aujourd’hui encore, on peut voir dans les murs une partie des 300 boucles qui servaient à attacher les vaches. Vu la nouvelle portée des armes, le tir est banni de Perdtemps en 1876, pour s’installer au Boiron. Dès lors, la place, dont les côtés sont ornés de majestueuses allées d’arbres, accueille abbayes, cirques, fêtes populaires, fêtes des enfants, matches de football ou critériums cyclistes. Jusqu’à ce qu’en 1962 on la goudronne pour en faire le grand parking de la ville.


Perdtemps vers 1900, un vaste espace de verdure où l’on flânait et organisait des fêtes.
ARCHIVES DE NYON

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