Dans les entrailles de la Suettaz, un monstre voué à la démolition

NyonLa plus grande barre d’habitation de Nyon sera démolie. Ses habitants vivent entre nostalgie et espoir.

La plus grande barre locative de Nyon accueillait quelque 400 habitants il y a encore quelques mois, avant les premiers déménagements en vue de sa démolition.
Vidéo: Anetka Mühlemann

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Un emblème de la ville de Nyon est en passe de disparaître du paysage. Peu vont le pleurer. La plus grande barre d’habitation de la commune – 12 étages et 176 logements – sera démolie. Reste à savoir quand. Le référendum contestant le projet immobilier qui doit être construit à la place pourrait repousser l’échéance. Le résultat sera connu le 9 février.

Comme c’est le cas aujourd’hui dans la campagne, l’emblématique locatif a toujours été un sujet émotionnel. Dès sa construction en 1966, il a provoqué une vague de critiques. «Un monstre dont la structure est en disharmonie dans lequel il est implanté», écrivait un voisin dans le «Journal de Nyon» en 1968. Posé en bordure de la ville, l’imposant bâtiment surplombait alors une ferme entourée de champs.

Cinquante ans plus tard, l’urbanisation de la ville a rattrapé l’immeuble qui se fond presque désormais dans le paysage. Ses habitants s’y sont attachés. «J’ai toujours été heurtée quand j’entends les gens surnommer notre locatif «le mur de la honte», explique Anita Bryand, qui a emménagé en 1992 et avoue n’être pas enchantée de quitter les lieux. Ces dernières années, les habitants étaient heureux d’habiter ici.» L’un de ses voisins, Joao Costa Pereira, a adopté les lieux depuis son arrivée en 1994: «C’est le meilleur site de la ville. Je serai triste de le quitter.»

Assainissement trop cher

Il n’empêche: derrière l’attachement à leur domicile, les défauts du bâtiment pointent rapidement. S’il a entretenu son bien ces dernières années, le propriétaire s’est résolu à le démolir (lire ci-dessous). La somme des travaux à entreprendre pour le remettre à niveau aurait coûté plus cher qu’une reconstruction, sans apporter une plus-value au quartier en matière sociale et en nombre de logements supplémentaires.

Entre l’amour du lieu, la difficulté de tirer un trait sur des décennies heureuses, le stress du déménagement et des perspectives d’un logement neuf, confortable et répondant aux normes contemporaines, les résidents sont déchirés. Joao Costa Pereira en est conscient. «Je suis bien ici, mais il faut voir clair. Les nouveaux appartements amélioreront notre qualité de vie.» Il le sait mieux que quiconque. Il y a 8 ans, il s’est blessé sérieusement sur un chantier. Depuis, il marche difficilement avec des cannes. Sortir de chez lui est devenu une épreuve. S’il existe un ascenseur, celui-ci s’arrête entre deux étages. Une vingtaine de marches le séparent ensuite alors de son palier. C’est une des aberrations de l’immeuble, difficile d’accès pour les personnes à mobilité réduite.

«Je suis bien ici. Mais il faut voir clair. Les nouveaux appartements amélioreront notre qualité de vie»

La Suettaz est simplement d’un autre temps. Dans les couloirs de la partie abandonnée par les locataires, qui ont déménagé en prévision de la démolition, il règne une atmosphère étrange. Les papiers peints aux teintes passées donnent l’impression de se retrouver dans un immeuble de Berlin pendant la guerre froide. Les logements sont étriqués. Un 4 pièces mesure 75m2. Le nouveau projet prévoit une surface de 95m2 pour un tel objet. Les installations techniques arrivent en fin de vie. «Cinq ou six appartements ont été inondés et de la pourriture est apparue sur leurs murs», constate Pierre Kissling, directeur de la Régie Burnier.

Le concierge des lieux, Carlos Reguendo, explique devoir chasser parfois les cafards. «Il y a quelques mois, quand je suis rentré de vacances, j’ai découvert des fils et des tissus rongés par des animaux, témoigne Antonio Maximo, qui habite au premier étage. Je suis persuadé qu’il s’agissait de rats qui étaient montés après une inondation dans les caves.»

À une cinquantaine de mètres de la Suettaz, Rosa Leitao savoure quant à elle sa nouvelle vie. Elle a habité 28 ans dans le grand immeuble locatif où elle a passé de belles années. Elle fait partie de la première vague des locataires déplacés dans un immeuble appartenant au même propriétaire, la société Logement Social Romand, qui a pris beaucoup de soin pour accompagner ses clients dans cette période de changement. Sur le bord de sa fenêtre, une orchidée a fleuri. «Ça ne marchait pas dans mon ancien appartement, annonce-t-elle fièrement. Il n’y avait pas assez de lumière.» En investissant dans un nouveau logement, elle et son mari ont décidé de tirer un trait sur une page de leur passé. «De la Suettaz, nous n’avons emporté que deux lits. Tout le reste, nous l’avons jeté.»

Créé: 19.01.2020, 08h57

Un projet attaqué en référendum

Les Nyonnais sont appelés aux urnes le 9 février pour accepter ou non le plan d’affectation de la Suettaz. Derrière cette question, les électeurs doivent dire s’ils veulent ou non du projet porté par la société Logement social romand (LSR) et la Société immobilière des Lupins.

Le projet consiste à démolir les deux bâtiments existants sur la parcelle pour les remplacer par quatre immeubles, deux pour LSR et deux pour les Lupins. Le nombre de logements passera de 248 à 350, répartis en 280 à loyer d’utilité publique et 70 à loyer modéré (subventionné). Les immeubles seront plus petits (6 étages) que le mur actuel de la Suettaz (12 étages), mais plus étalés. Le parking sera en revanche enterré, contrairement à aujourd’hui, où il occupe un grand espace minéral à l’extérieur. Sa disparition permettra de créer des zones de verdure dans le quartier avec la plantation de 76 nouveaux arbres d’essence indigène. Une végétation qui poussera aussi dans la cour des résidences, conçues comme de petits parcs.

Des espaces communs (salle à disposition des habitants du quartier) et des commerces sont également prévus au rez de chaussée des bâtiments.

Les référendaires estiment que le modèle prôné n’est pas le bon: trop étalé. Ils regrettent surtout la disparition des arbres existants, même s’ils sont moins nombreux que ceux qui seront plantés. Ils contestent également le confort qui est promis aux futurs habitants des lieux à cause de la proximité des immeubles entre eux.

Exemplaire

Le projet de la Suettaz a été mené jusque-là avec beaucoup de tact par son propriétaire, Logement Social Romand. La société a informé à chaque étape ses clients. Avec la Régie Burnier, elle a mis en place un soutien remarquable pour les habitants en les rencontrant individuellement, en payant le déménagement et – dans certains cas – en les aidant à faire leurs cartons. Des solutions ont été trouvées pour tous, si bien que l’Asloca n’a pas eu à traiter un seul cas. Exceptionnel pour un projet de cette envergure.R.E.

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