Elle a appris les bases du français sous hypnose

EnseignementL’ancien directeur d’école Yves-Pierre Crot a conçu cette méthode. Une Russe l’a testée et témoigne.

Yves-Pierre Crot donne son cours à Olga Njikova, sous hypnose, mais pas endormie.

Yves-Pierre Crot donne son cours à Olga Njikova, sous hypnose, mais pas endormie. Image: VANESSA CARDOSO

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Olga Nijnikova, Russe de 61 ans, réside en Ouzbékistan et a une fille qui vit à Nyon. Elle est déjà venue lui rendre visite, mais n’a jamais parlé un mot de français. À l’occasion du mariage de son enfant avec un Suisse le 31 décembre dernier, elle a voulu apprendre la langue du pays.

De son côté, le Nyonnais Yves-Pierre Crot, après avoir dirigé pendant plus de vingt ans la Courte-Échelle, une école privée qu’il a fondée en 1993 à Nyon – il était aussi candidat sans parti au Conseil d’État vaudois en 1992 –, cherchait une personne de langue étrangère pour tester son cours de français sous hypnose. Le hasard les a fait se rencontrer.


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La première leçon a eu lieu début décembre. Une quarantaine d’heures de cours plus tard, Olga ne tient pas encore une conversation, mais elle peut commander un menu au restaurant, demander son chemin ou prendre rendez-vous chez le coiffeur dans un français correct et, surtout, bien prononcé. «Je pense que le système fonctionne. J’ai beaucoup appris, mais c’est plus difficile pour une vieille femme. Je vais continuer les cours quand je retournerai à Tachkent, en février.»

L’élève n’est pas endormi

De quel «système» s’agit-il? Qu’est-ce que l’hypnose peut apporter à l’apprentissage d’une langue? Fondateur de la méthode Languesoushypnose il y a une trentaine d’années (voir ci-contre), le Français Pascal Dilly, psychothérapeute, tord aussitôt le cou à l’idée préconçue d’une mise sous contrôle de la personne hypnotisée. «Vous ne dormez pas. Au contraire, on peut parler d’hyperconscience. Comme dans un film passionnant, votre esprit est entièrement focalisé. Vous êtes dans un état d’hyperréceptivité. L’hypnose lève les blocages, relaxe et facilite la concentration.»

La méthodologie mise au point par Pascal Dilly va plus loin. Se fondant sur les lois Tomatis, il constate qu’à partir de 6-8 ans, notre oreille se fige sur les sons de la langue maternelle et se ferme aux tonalités qu’elle ne connaît pas. Or chaque langue a des gammes de fréquences différentes. «Parler une langue, c’est d’abord entendre un son et le reproduire. Chez l’adulte, il s’agit donc de rééduquer le cerveau pour lui permettre de percevoir les tonalités nouvelles, explique-t-il. En plus de l’hypnose, nous utilisons des fonds sonores permettant de caler l’oreille sur la fréquence de la langue étudiée.»

La touche du pédagogue

Diplômé de l’École normale, Yves-Pierre Crot a suivi un stage de formation chez Pascal Dilly en 2017 afin d’enseigner le français avec sa méthode. «Comme il n’y avait pas assez de travail pour moi, j’ai décidé d’aller de l’avant et de concevoir mon propre cours. À sa vision de psychothérapeute, j’ai apporté mon œil de pédagogue.» Pour consolider son bagage, le Nyonnais s’est aussi inspiré de la start-up Speedlingua, spécialiste reconnu de l’apprentissage oral des langues, qui a mis au point un logiciel utilisant de la musique filtrée adaptée aux gammes spécifiques de fréquences.

Voilà pour la théorie. En pratique, comment ça se passe? Avant de commencer les cours en soi, Olga Nijnikova s’est initiée à l’hypnose chez Karin Grimm, hypnothérapeute à Crassier. Sa fille était là pour lui traduire les consignes, puisqu’elle ne comprenait pas un traître mot de français. C’est le seul moment où l’hypnothérapeute est intervenue. Lors des leçons suivantes, durant dix minutes, l’élève écoute un texte en russe et de la musique enregistrés pour se mettre en état d’autohypnose.

«Avoir une personne qui n’a jamais appris une autre langue que la sienne, c’était l’idéal»

Avec Yves-Pierre Crot, la leçon se déroule en deux phases. «La première heure s’assimile à un cours classique où l’on fait du vocabulaire et de la conjugaison au moyen d’images. Puis nous passons à la leçon sous hypnose, explique-t-il. L’élève a un casque audio pour écouter des textes en français, sur de la musique adaptée à la gamme de fréquences, qu’il doit répéter plusieurs fois». Il y a 20 leçons au total.

L’ancien directeur d’école estime que l’expérience vécue avec Olga Nijnikova s’est révélée très positive. «Avoir une personne qui n’a jamais appris une autre langue que la sienne, c’était l’idéal. Mais c’est quelqu’un de timide, qui n’a pas pratiqué le français en dehors des cours. Elle a donc encore des difficultés au niveau du dialogue. Ce qui m’a bluffé, c’est l’effet de la musique sur la qualité de la prononciation.» Yves-Pierre Crot est certain que cette méthode pourrait servir aux voyageurs, aux gens qui viennent travailler en Suisse et même aux requérants. (24 heures)

Créé: 21.01.2019, 07h04

Leçons individuelles ouvertes à Morges

Pascal Dilly a mis au point une méthodologie d’apprentissage des langues sous hypnose il y a déjà une trentaine d’années à Metz. «Comme tous les Français, je n’étais pas fichu d’aligner trois mots dans une langue étrangère, alors j’ai cherché un moyen d’en faciliter l’apprentissage et j’ai découvert que l’hypnose pouvait y contribuer. J’ai créé la marque Languesoushypnose et donné des conférences pour en faire la promotion. Internet n’existait pas. Depuis ce temps, nous avons formé des milliers de gens qui viennent de partout.»

En 2017, sa société Pascal Dilly Conseils ouvre une antenne à Morges. Des professeurs formés à la méthodologie y donnent des leçons individuelles dans des locaux équipés de matériel audio et de fauteuils confortables. «Il faut une quarantaine d’heures de cours pour arriver à une autonomie de la langue, assure Pascal Dilly, de passage à Morges. Chaque session dure un minimum de deux heures, mais on peut aller jusqu’à huit heures par jour, sans fatigue et sans saturation. Tout est basé sur l’oralisation, sans intellectualiser la langue avec de la grammaire.» Il y a 17 langues au menu. Au prix de l’heure à 120 francs, il faut compter 4800 francs pour un cours complet. Alexis Kaiser, avocat à Zurich en 2017, désormais installé à Dubaï, a suivi le cours à Metz pour apprendre le portugais. «J’ai fait cela durant une semaine, avec une cadence de cinq à six heures par jour. Quand j’ai pris le taxi pour l’aéroport, j’ai parlé portugais à bâtons rompus avec le chauffeur portugais. C’est une immersion très intense durant laquelle on optimise les capacités cognitives du cerveau de la manière la plus naturelle.»

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