En crise, la Municipalité de La Chaux a fini par exploser

La CôteUne municipale a démissionné le mois dernier, trois autres élus ont fait de même lundi soir. Eric Vion est désormais le seul municipal du village.

Les démissionnaires, devant la salle de Municipalité de La Chaux, de g. à dr.: Pascal Rossy (ex-municipal), Paul-Henri Marguet (ex-syndic), Dominique Guex (ex-municipal) et Stéphane Guex (ex-président du Conseil).

Les démissionnaires, devant la salle de Municipalité de La Chaux, de g. à dr.: Pascal Rossy (ex-municipal), Paul-Henri Marguet (ex-syndic), Dominique Guex (ex-municipal) et Stéphane Guex (ex-président du Conseil). Image: OLIVIER ALLENSPACH

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Ils se sont levés, puis ont posé les clés du bâtiment communal et leurs badges électroniques sur la table. D’une seule voix, ils ont alors annoncé leur démission «avec effet immédiat». Et ils sont partis…

Lundi soir, la séance de Municipalité de La Chaux, petit village de 420 âmes à quelques encablures de Cossonay, a tourné court. Deux élus – Pascal Rossy et Dominique Guex – et le syndic, Paul-Henri Marguet, ont en effet claqué la porte de l’Exécutif. Début avril, la municipale Claire de Pourtalès jetait l’éponge en premier, prologue d’une véritable Berezina. Et, comme si cela ne suffisait pas, le président du Conseil général, le vice-président et le secrétaire ont également rendu leur tablier lundi soir. «Par solidarité avec les municipaux démissionnaires», justifie Stéphane Guex, ancien président du Conseil. Officiellement, il ne reste donc plus qu’un municipal, Eric Vion, et une scrutatrice.

Situation rarissime

Mais comment en est-on arrivé là? Les raisons d’une telle débâcle se trouvent dans le récent vote sur un projet de fusion avec Cossonay et Dizy, qui a cristallisé les passions. Portée par les quatre municipaux démissionnaires, l’idée de mariage intercommunal était en revanche activement combattue par l’unique élu encore en place. Appelé à trancher, le Conseil enterrait le projet dans la foulée.

Des séances «insupportables»

Il n’en fallait pas plus pour diviser l’Exécutif, dont les rapports n’ont cessé de se détériorer depuis, jusqu’au point de non-retour atteint lundi soir. «Notre démission n’a rien à voir avec le vote sur la fusion. Si nous partons, c’est uniquement à cause de M. Vion, qui a rompu la collégialité et en qui nous n’avions plus aucune confiance. Nos séances étaient devenues insupportables», assure Paul-Henri Marguet, syndic durant neuf ans. «L’ambiance est devenue déplorable. Je suis du village et je l’aime. J’ai toujours voulu entrer à la Municipalité, mais pas dans ces conditions», lâche Pascal Rossy, «soulagé».

«Il n’y a pas de problème Vion et les motifs avancés par mes anciens collègues ne sont que des prétextes.»

Désigné comme l’unique responsable de cette déroute, Eric Vion, désormais seul à la Municipalité, n’est pas particulièrement ému par ces démissions en casca­de. «Il n’y a pas de problème Vion et les motifs avancés par mes anciens collègues ne sont que des prétextes. Le véritable problème, c’est qu’ils n’ont pas digéré l’échec de la fusion», assène-t-il.

Derrière le conflit de personnes, l’épisode de lundi soir et son issue constituent une situation rarissime dans le canton. Partant, se pose la question de la gestion d’une commune par un unique élu.

Elections fin juin

Car, s’il est bien évident qu’Eric Vion ne siégera pas tout seul, qui pour l’épauler en attendant l’élection complémentaire à la Municipalité prévue fin juin? La réponse n’appartient qu’au Conseil d’Etat, autorité suprême de surveillance, qui doit désormais agir (lire ci-contre).

De leur côté, les municipaux démissionnaires assurent que la commune, bien gérée, saura se remettre de ce psychodrame. Eric Vion acquiesce. Sûrement le seul point d’accord entre les anciens collègues. (24 heures)

Créé: 05.05.2015, 09h18

Eric Vion est désormais le seul municipal de La Chaux. (Image: OLIVIER ALLENSPACH)

Des villageois consternés

«Je trouve scandaleux la façon dont la Municipalité a agi. Les élus auraient pu se mettre d’accord et échelonner les départs.» Un jour après l’annonce des démissions en série, un habitant de La Chaux peinait à cacher sa colère dans les rues de la petite localité. «Le syndic se comportait en véritable dictateur et je trouve un peu facile de partir en rejetant la faute sur Eric Vion.»

Pour beaucoup, le projet de fusion avec Dizy et Cossonay a mis le feu aux poudres. «Ce projet a divisé le village et Eric Vion a joué les trouble-fête dans ce dossier en cassant la collégialité municipale», analysent Marianne et Philippe Dousse, qui tiennent la laiterie.

A l’inverse, d’autres défendent le municipal. «Eric Vion a eu un courage extraordinaire. S’il n’avait pas été là, nous n’aurions plus de commune, argumente Jean-Daniel Guex, conseiller général. Je reste désormais à disposition pour être candidat à la Municipalité, mais je laisse la priorité aux jeunes. L’Exécutif n’était plus en phase avec la population et il a mal supporté le résultat démocratique pris par le Conseil dans la fusion. Je pense qu’il n’était pas nécessaire de démissionner pour cela.»
L.B.

Mission: assurer l'intérim

«Lorsque des élus quittent abruptement leur fonction en raison d’un conflit interne, cela laisse un goût amer. Car la politique demande du respect, surtout en cas de divergence profonde d’opinions.» Témoin direct de la crise qui a secoué la Municipalité à l’occasion, cet hiver, d’une séance d’information sur la fusion, Béatrice Métraux, conseillère d’Etat en charge des Institutions, se penchera sur le cas de La Chaux dans la journée avec ses collègues. Car l’affaire relève désormais de la compétence stricte du Conseil d’Etat.

Loi sur les communes à l’appui, deux mesures peuvent être prises par l’Etat: la mise sous régie de la commune ou le remplacement des élus démissionnaires pour un intérim jusqu’au 28 juin, date de l’élection complémentaire. Une chose est sûre: Eric Vion ne siégera pas seul. «La loi impose que les décisions de la Municipalité soient prises à la majorité absolue du nombre total de ses membres», rappelle la ministre Verte, bien consciente que, à La Chaux, on est loin du compte.

Ne reste donc qu’à trouver les perles rares candidates à la Municipalité: des électeurs ou électrices, de la commune de préférence. Et, surtout, qu’elles acceptent la mission, précise Béatrice Métraux. Faute de quoi, ce serait la mise sous régie. «C’est l’ ultima ratio », conclut la ministre, qui juge cette mesure «disproportionnée».

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