Fusion à six: le peuple aura le dernier mot en novembre

HautemorgesLes organes délibérants des communes qui veulent unir leur destin ont donné lundi leur feu vert à un vote populaire.

Les syndics des six communes qui souhaitent fusionner.

Les syndics des six communes qui souhaitent fusionner. Image: Sébastien Bovy

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Pour les porteurs du projet de fusion, c’est un grand ouf de soulagement. Après des mois de réflexions, travaux et autres séances d’information, le verdict est tombé lundi dernier au soir. Et il est positif. Les conseils généraux et communaux des six communes du district de Morges concernées ont tous accepté la convention de fusion.

Dans certains villages, l’affaire s’est même révélée être une formalité, comme à Bussy-Chardonney (46 oui, soit 100% des votes) ou Reverolle (27 oui, 9 non). Dans ces localités, tout était plié en moins d’une demi-heure, la discussion ne se limitant qu’à la lecture des rapports de commission qui prônaient le soutien au projet. Situation à peu près identique à Cottens (38 pour, 7 contre), où les questions se comptaient sur les doigts de la main. «Je suis un peu déçu qu’il n’y ait pas eu de débat», regrettait même le syndic François Delay au terme de la séance.

«Il s’agit d’un enjeu extraordinaire. Il est donc nécessaire de laisser la population s’exprimer à ce sujet»

Pour retrouver des échanges plus nourris, il fallait se rendre à Apples, à Pampigny ou à Sévery. Dans ces trois communes, les Exécutifs ont été nettement plus sollicités, et ce malgré des rapports allant dans leur sens. «Même si le dossier n’est pas parfait à nos yeux et qu’il implique forcément quelques concessions liées au caractère exceptionnel de cet objet, la commission est convaincue que le sort de cette fusion doit être placé entre les mains des citoyens», a résumé le rapporteur d’Apples. Idem à Pampigny: «Il s’agit d’un enjeu extraordinaire. Il est donc nécessaire de laisser la population s’exprimer à ce sujet.»

Des voix discordantes

Mais les premiers citoyens s’opposant à cette union n’ont pas tardé à se manifester. «C’est un peu comme dans une agence de voyages: on nous dit que tout est beau, tout est magnifique, a lancé Éric Fazan, à Apples. C’est là qu’on se dit qu’il faudrait être fou pour refuser un tel projet. Eh bien, j’ai décidé d’être fou! Le projet est présenté de manière peu objective et déséquilibrée.» Et le municipal Gilles Jotterand de lui répondre: «S’il n’y a pas de point négatif dans le rapport, c’est peut-être simplement qu’il n’en existe pas! Bien sûr qu’il y aura des petits bugs, mais le monde évolue et il faut penser aux générations futures. Si la fusion ne se fait pas, d’autres se feront automatiquement. Et se retrouver seul demain représente aussi un risque potentiel pour nous.»

À Pampigny, un conseiller a également fait part de son scepticisme: «On nous parle de service de proximité alors qu’on décentralise, on nous parle d’une efficacité que l’on a déjà. On restera toujours une petite commune face aux centres comme Morges ou Lausanne.» Un point de vue que ne partage pas le syndic Éric Vuilleumier: «Pour avoir du poids politiquement, il ne faut surtout pas être tout seul», estime-t-il.

La commission de Sévery, bien que favorable sur le fond, a regretté que la Municipalité n’ait pas présenté d’alternatives à ce mariage en cas d’échec, comme le Conseil général le lui avait demandé. «Il est fâcheux que pour un projet de cette importance, aucune porte de sortie n’ait été étudiée», a déclaré le président-rapporteur, Yves Golaz. Un reproche qui a surpris l’Exécutif: «Nous en avions déjà parlé et nous avions précisé qu’il n’était pas possible de mener deux projets en parallèle», a répondu le syndic, Fabrice Marendaz. Et sa collègue Carole Hostettler d’ajouter: «Il n’y a pas de plan B. On est là ce soir pour parler de ce projet, pas d’un autre.»

Craintes à lever

Le conseiller Philippe Defferrard s’est lui inquiété du sort de son village à l’avenir: «Rien ne nous garantit que Sévery sera encore représenté au sein des autorités après la première législature. C’est dommage. Dans dix ans, on sera peut-être un simple hameau de Hautemorges qui n’aura plus son mot à dire.»

Une crainte qui prouve bien que rien n’est encore acquis, malgré le vote favorable des six communes, notamment convaincues – à ce stade – par l’importance de laisser les citoyens s’exprimer. «On n’a pas le droit, en tant que Conseil, d’empêcher la population de sceller cette votation. Une décision qui sera encore valable dans 50 ou 100 ans, ce n’est pas à nous, 4% de la population, de la prendre. Ce ne serait pas démocratique», a résumé un conseiller communal d’Apples.

Les habitants des six villages ont donc le destin de cette fusion entre leurs mains. Ils seront appelés aux urnes le 25 novembre 2018. D’ici là, les municipalités vont déjà devoir se remettre au travail et le débat devrait (enfin) avoir lieu sur la place publique, après un processus qui a été jusqu’ici marqué par une certaine indifférence.

Créé: 29.05.2018, 20h03

Commentaire

Le plus dur reste encore à faire: convaincre

Un mariage à deux n’a déjà rien d’une promenade de santé. Alors que dire lorsque l’on est six? C’est en tout cas le défi ambitieux lancé il y a déjà plusieurs années par ces villages. On peut penser aujourd’hui que le retrait en juin 2017 du septième larron, Clarmont, était plutôt une bonne chose, tant le risque semblait important de voir ce village ruiner lundi soir tout espoir de fusion.

Mais il ne faut pas se voiler la face pour autant. Malgré le vote favorable des six localités, rien n’est fait. Franchir cette étape était certes indispensable à la poursuite du projet, mais il faudra une nouvelle unanimité des communes, par la voix des citoyens cette fois, pour mener à bien cette union. Et à six, les risques de voir un village rejeter la fusion sont forcément multipliés.

Ces derniers mois, les opposants – il devait bien y en avoir! – ont fait profil bas. En attendant leur heure? Peut-être. Car, lundi soir dans les conseils, plusieurs voix se sont élevées pour manifester leurs doutes ou même leur opposition. Des questions ont été soulevées, des avis encore polis sont pourtant déjà bien tranchés. Mais il est, pour l’heure, difficile de mesurer l’ampleur de cette fronde.

Tout le défi pour les porteurs de la fusion est désormais d’intéresser les citoyens et de les informer. Le débat n’a pas encore eu lieu. Et rien ne dit que les élus des villages qui ont opté pour le «oui» lundi conserveront leur position dans six mois. Il s’agissait pour certains d’un acte démocratique, d’une opportunité de laisser la population se positionner elle-même sur son sort, mais rien de plus.

Les vérités d’un jour ne sont pas forcément celles du lendemain. Il va désormais falloir expliquer cette union et la «vendre» en prenant son bâton de pèlerin. Les municipalités ont encore bien du pain sur la planche, car le plus dur reste sans doute à faire.
Julien Lambert

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