«Je porte les mêmes salopettes que les jeunes vignerons»

Crise viticoleLe patron des producteurs vaudois exhorte la relève à donner de la voix dans les assemblées qu'ils boudent plutôt que dans la rue.

Rudoyé par la jeune génération des «vignerons en colère», le président de la Fédération vaudoise François Montet les appelle à se mobiliser dans les instances de la profession plutôt que dans la rue.

Rudoyé par la jeune génération des «vignerons en colère», le président de la Fédération vaudoise François Montet les appelle à se mobiliser dans les instances de la profession plutôt que dans la rue. Image: PHILIPPE MAEDER

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Au lendemain de la création à Saint-Livres du mouvement des «vignerons de la colère», les téléphones ont crépité dans les caves de Suisse romande. Si certains saluent ce sursaut d’orgueil d’une minorité d’ordinaire silencieuse, d’autres n’ont pas apprécié la manière, notamment le fait de bâillonner un peu sèchement les représentants de l’Interprofession mis en cause. «Il y a eu des excuses et l’affaire est close, mais il ne faudrait pas que certains dérapent sur la place Fédérale. Plusieurs collègues m’ont d’ailleurs assuré qu’ils ne se rendraient pas à Berne le 2 décembre pour cette raison», relève François Montet, président de la Fédération vaudoise des vignerons.

Accusés de «n’avoir rien vu venir alors qu’ils se trouvent aux manettes de la profession», les représentants de la branche n’en reviennent pas d’avoir été perçus comme des «ennemis». «Je suis dans le même bateau qu’eux, je me lève aussi tôt le matin mais j’ai peut-être fait l’erreur de ne pas me présenter devant les jeunes en salopettes, car je porte les mêmes qu’eux. J’ai aussi vendu une partie de ma production 2018 à un prix dérisoire et si je m’investis dans la défense professionnelle, c’est en plus du reste et aussi pour eux!»

«Gagner sur ce point avec l’Europe signifierait forcément pour la Suisse de céder sur l’agriculture ou l’industrie: c’est illusoire»

Reste que les propos consensuels sur l’art du compromis ne passent plus et que les «vignerons en colère» – dont beaucoup sont des trentenaires au vocabulaire plus musclé – refusent les discours de résignation. «Ils veulent changer les accords bilatéraux, mais ce n’est pas moi qui les ai signés! Je rêve aussi de frontières fermées qui me permettraient de vendre tranquillement mes vins. Mais il faut être réaliste: par quatre fois, nous avons envoyé des conseillers nationaux au charbon pour demander en vain de limiter les quotas d’importation. Nous sommes dans un pays où il faut des majorités et gagner sur ce point avec l’Europe signifierait forcément pour la Suisse de céder sur l’agriculture ou l’industrie: c’est illusoire.»

Ce que personne n’ose dire ouvertement, mais qui ne manque pas d’inquiéter, est la présence en tête du mouvement des Genevois Lionel Dugerdil et Willy Cretegny, au ton plus vindicatif que les Vaudois. «Quand le conseiller national Frédéric Borloz, président des vignerons suisses, n’est pas le bienvenu à une séance comme celle de Saint-Livres, ce n’est rien d’autre qu’un déni de démocratie, déplore François Montet. Le pire serait de se mettre à dos les membres de l’Assemblée fédérale ou de rendre les consommateurs coupables de ne pas boire nos vins. Mais si cela se résume à une opération de charme, je peux vivre avec.»

Si François Montet en a – un peu – gros sur le cœur, c’est que les critiques viennent de collègues qu’il n’a jamais croisés jusqu’ici. «Être en colère est une chose, mais quand on ne cotise pas à la fédération et qu’on ne vient jamais aux assemblées, on ne peut pas se plaindre des résultats lorsque les choses vont mal. Le hasard fait que nous organisons la Journée du vignoble vaudois jeudi prochain à Bex et j’espère que ces jeunes ne seront pas aux abonnés absents, comme c’est souvent le cas.»

Créé: 01.11.2019, 18h05

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