L'eau ne coule plus de source

Eau potablePlusieurs communes ont peur de se retrouver à sec et investissent pour garantir leur approvisionnement.

Jacques Gutschelhofer, l’employé de voirie de Marchissy, descend plusieurs fois par jour dans le puits du Bugnon pour contrôler le débit de la source.

Jacques Gutschelhofer, l’employé de voirie de Marchissy, descend plusieurs fois par jour dans le puits du Bugnon pour contrôler le débit de la source. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les pluies du week-end n’y changeront rien ou si peu. La situation reste précaire dans plusieurs communes du pied du Jura. Leurs sources d’eau potable sont si basses qu’elles pourraient manquer d’eau d’ici à la fin de la période d’étiage au mois de novembre. «L’eau est devenue une vraie richesse», insiste Valérie Jeanrenaud, syndique de Burtigny, un village en dessus de Gland.

Le phénomène est général le long du Jura, qui est plus vulnérable pour des raisons géologiques. Il est même particulièrement marqué sur le haut du district de Nyon. Le sous-sol karstique n’arrive pas à capter l’eau de pluie qui descend des montagnes. «À notre connaissance, l’ensemble des ressources ont montré un abaissement sensible lors des deux dernières années, sans qu’il y ait eu toutefois de pénurie dans le reste du canton», remarque par écrit Marc Affolter, hydrogéologue cantonal.

«Nous avons de moins en moins d’eau et de plus en plus de consommateurs»

Marchissy est un exemple des communes qui font face à un déficit hydrique important. «La situation nous préoccupe, avoue le municipal Jean-Claude Bays. Nous avons de moins en moins d’eau et de plus en plus de consommateurs.» Les trois sources du village ne suffisent pas toujours à fournir les besoins quotidiens de ses 480 habitants (à raison de 142 litres par habitant et par jour) et de ses 500 vaches (100 litres quotidiens par tête).

«Il existe une tendance qui ne va pas vers le beau à cause d’un défaut pluviométrique, confirme l’hydrogéologue Aurèle Parriaux. Mais il ne faut pas paniquer. Il existe des solutions.» L’eau devient une priorité

Les Communes l’ont compris. Elles sont nombreuses à avoir lancé des projets. Autour de Marchissy, le plan directeur des eaux, datant de 2010, était encore l’an dernier un projet qui peinait à s’inscrire dans un calendrier précis. Cet automne, des crédits ont été demandés pour commencer à réaliser ce grand réseau regroupant huit communes entre Gimel, Essertines-sur-Rolle et Burtigny. Marchissy construira une liaison en direction de Longirod dès le printemps prochain. Cette liaison qui avait été réalisée de manière artisanale en 2018 quand le village était presque à sec. Un tuyau avait été tiré à travers champs pour garantir l’approvisionnement en eau pendant un mois et demi.

«Nous n’avons plus le choix»

Dans le village juste en dessous, Burtigny a sondé son sous-sol et a trouvé un moyen d’augmenter la capacité de captage de sa source en pompant plus profondément. Une étude sera lancée pour préciser les détails des travaux à entreprendre et leur coût. «Nous n’avons plus le choix, souligne la syndique de cette Commune à la capacité financière faible. Nous renoncerons donc à certains investissements pour garantir de l’eau en suffisance aux habitants.»

Ailleurs dans le district, Genolier étudie une connexion avec le réseau de Givrins. À Nyon, où un tout nouveau réservoir de 20 000 m3 a été inauguré il y a trois ans, on imagine déjà son extension qui pourrait doubler sa capacité. «Cela fait trois ans que nos sources n’ont plus atteint leur débit maximum de 8000 litres à la minute, explique Serge Guebey, chef d’exploitation du réseau d’eau et gaz aux Services industriels. Cette année, elles ont donné au mieux 5000 litres à la minute pendant une quinzaine de jours seulement.»

Heureusement, le lac n’est pas loin et il permet d’apporter un approvisionnement complémentaire aujourd’hui salvateur. Au début des années 80, il n’était mis à contribution que durant l’été, alors qu’il l’est désormais onze mois par année. Reste que l’eau lémanique, contrairement aux eaux de source, doit être potabilisée. Elle est donc plus chère à produire.

Créé: 21.10.2019, 06h45

Plusieurs jours de pluie sont nécessaires

Si les sources se tarissent, en même temps que les nappes souterraines s’assèchent, c’est la faute au dérèglement climatique. «Le régime des précipitations a changé, signale Serge Guebey, chef d’exploitation du réseau d’eau et gaz aux Services industriels à Nyon.

Il pleut moins longtemps et de manière plus intense.» Le sol n’a ainsi pas le temps d’absorber l’eau qui ruisselle et provoque parfois d’impressionnantes inondations. «La nature du sous-sol joue un rôle dans le tarissement des sources, indique l’hydrogéologue Aurèle Parriaux.

Il est comme un tampon.» Il constitue en quelque sorte un grand réservoir qui distribue son liquide plus ou moins rapidement à la source. Plus il est lent, plus cette dernière sera régulière et donc durable. Si les variations sont trop grandes, il existe des pertes importantes lorsque le débit atteint son pic. À ces moments-là, le trop-plein ne peut pas être récupéré et finit dans les eaux claires.

La composition du sous-sol est extrêmement variable d’une commune à l’autre. C’est le cas entre Gimel, qui possède un grand potentiel d’eau potable, et ses voisines de Longirod et Marchissy qui tirent la langue en période d’étiage.

Dans tous les cas, un retour à la normale ne sera possible qu’après une longue période de pluie d’au moins une dizaine de jours. Il faut du temps pour que le sol et les sous-sols se gorgent d’eau.

Articles en relation

Le village de Marchissy est à sec

Eau Les sources ne suffisent plus à alimenter les 460 habitants. Un tuyau a été tiré à travers champs pour se connecter au réseau de Gimel. Plus...

Les réseaux d’eau à l’épreuve de la sécheresse

Ressources naturelles Après des mois sans pluie, on commence à réaliser que l’accès à l’eau devient central. Les communes devront renforcer leur approvisionnement. Certaines se tournent vers les lacs. Plus...

Le Léman de plus en plus sollicité

Sécheresse La société qui alimente les communes autour de Nyon en eau du lac tourne à plein régime pour pallier les sources qui se tarissent. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.