L’incontournable Joël Cretin passe sa 36e saison sur les pentes de La Dôle

PortraitLe frontalier veille sur les remontées mécaniques. Il est devenu une figure de la station des hauts du district de Nyon.

Joël Cretin, ici à Saint-Cergue, se sent dans son élément sur les pistes enneigées de la région.

Joël Cretin, ici à Saint-Cergue, se sent dans son élément sur les pistes enneigées de la région. Image: Philippe Maeder

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«Jeune, je ne suis jamais allé skier à la Dôle, même si les pistes sont à 10 km de chez moi, confie Joël Cretin, 58 ans, dans un grand sourire. J’ai un peu honte de l’avouer.» Pourtant, l’attachant technicien est peut-être aujourd’hui la personne qui connaît le mieux la région. Il y est né et y a fait toute sa carrière. Le massif de la Dôle est devenu sa patrie.

Son histoire d’amour avec cette montagne remonte à 1983, quand, à 24 ans, Joël Cretin fait sa première saison à Télé-Dôle. Il y travaille seulement les fins de semaine. Peu à peu, il se voit confier plus de responsabilités, pour devenir ensuite chef technique du domaine. Entre déglaçage des installations, damage des pistes ou réparations de câbles, l’homme compte aujourd’hui 36 saisons de travail derrière lui.

Si les remontées mécaniques de la Dôle ont été reprises depuis cette saison par la Sogestar (la société qui gère la station française voisine des Rousses), Joël Cretin conserve une place importante dans la région, en tant que chef d’exploitation des deux téléskis du village de Saint-Cergue. Il a également gardé la responsabilité du télésiège de la Dôle. «C’est moins stressant. Mon travail en tant que chef technique du domaine de la Dôle était très lourd en responsabilités.» Il peut maintenant se concentrer davantage sur les pistes du village de Saint-Cergue, qu’il désire valoriser. «Les saisons précédentes, je descendais rarement ici», avoue-t-il.

Une vie au grand air

Avec ses mains durcies par les câbles et son visage piqué par le gel, Joël Cretin résume à lui seul l’image de la vie en montagne et des journées de travail en plein air. D’ailleurs, il ne lâche ni ses pantalons de ski, ni son pull thermique et encore moins ses lunettes de soleil. Mécanicien de maintenance de formation, il a pris goût au travail à l’extérieur à 20 ans, durant son service militaire en tant que chasseur alpin à Grenoble. «La météo fait le charme de mon métier. Elle est imprévisible. Elle dicte ses lois.»

Polyvalent

Au fil des ans, Joël Cretin a appris à connaître la neige, qui change de composition selon la température et le taux d’oxygène. Spécialisé et polyvalent, il a suivi de nombreuses formations dans l’entretien et la sécurité du domaine skiable, et même un cours sur l’utilisation d’explosifs pour l’aménagement des pistes.

«Je vais finir ma carrière dans les remontées mécaniques», souligne-t-il. Pour le chef d’exploitation, il est inimaginable de quitter le ski et les remontées après 36 ans, même si «physiquement, c’est dur!» L’homme a tout de même un peu réduit les heures à l’extérieur au profit du bureau. «Mais le soir, je n’ai pas le temps de regarder les infos. Je tombe dans mon lit.»

Marié et père de deux enfants, Joël Cretin n’a jamais quitté Bois-d’Amont, son village natal français posé sur la frontière au pied de la Dôle. Enfant, il a d’ailleurs appris à skier au petit téléski de la commune. «J’aurais peut-être dû de temps en temps sortir de mon village, rigole-t-il. Mais il est difficile d’en partir.» Sa maison est là, sa vie et son travail aussi.

La neige plutôt que l’eau

Même pendant son temps libre, Joël Cretin ne quitte jamais son coin: rando nordique (avec le club de son village), balades à peaux de phoque, promenades à moto, et du bricolage, beaucoup de bricolage. «Je me concède juste une petite semaine pendant l’été pour descendre à la mer», admet-il. Ceux qui le connaissent savent bien que, dans sa vie, il a fait bien plus de randonnées en montagne que de baignades. «Je suis non-nageur. J’ai la crainte de l’eau», souffle-t-il avant de conclure avec son habituel sourire bienveillant: «Je me sens plus en sécurité au milieu des champs de neige que sur le lac.»

Les étendues blanches de la Dôle ne possèdent pas de frontière pour celui qui navigue entre les deux pays. Le massif représente un trait d’union entre la France et la Suisse, un pays où Joël Cretin se sent bien intégré. Ses contacts avec la Suisse ont commencé tôt, et pas seulement pour le travail. «Pendant ma jeunesse, on allait énormément faire la fête à la vallée de Joux, pour participer à des soirées, des bals et des tournois de foot, se remémore-t-il.»

Joël Cretin côtoie actuellement trois saisonniers ainsi que deux «locaux» dans son travail à Saint-Cergue. Résultat: «Je n’ai jamais fait aucune différence», déclare celui qui, au fil des années, a développé une sorte de double appartenance. A tel point qu’il semble aujourd’hui être citoyen du massif de la Dôle, point culminant à presque 1700 mètres d’altitude, s’élevant au-dessus de l’espace franco-suisse. (24 heures)

Créé: 10.02.2017, 22h01

Souvenir des hivers d’or

En trente-six ans de travail à la Dôle, Joël Cretin a vu défiler devant ses yeux toutes sortes de saisons. «Dans les années 80, on avait enregistré jusqu’à 12 m de chute cumulée au sommet de la Dôle, se rappelle-t-il. On skiait du 15 novembre au 1er mai. Les gens faisaient deux pistes le matin, ensuite ils prenaient le soleil en pique-niquant sur le parking.»
Le chef d’exploitation raconte avoir observé au fil du temps des cycles de six ou sept ans avec beaucoup de précipitations, entrecoupés d’une saison difficile. Désormais, l’eldorado jurassien semble ne plus avoir l’éclat d’autrefois. «On a toujours eu des saisons pauvres en termes d’enneigement, mais là, les trois dernières années ont été quand même très difficiles», soupire-t-il. Selon lui, il y a effectivement moins de neige qu’au début de sa carrière.

Joël Cretin se rappelle bien de sa première venue sur la Dôle, à l’âge de 20 ans, un jour «où tout était fermé par manque de neige, à part ici. Quand je suis arrivé, les pistes n’étaient pas préparées. J’ai pensé que ça n’était pas très agréable.» Le jeune homme d’alors n’aurait jamais imaginé consacrer toute sa carrière à la station.

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