«La Bible, ce ne sont que des mots. Il faut les incarner pour qu’ils deviennent Parole»

Pasteurs d'aujourd'hui 3/6Jeune ministre à Bière, Etienne Guilloud est un moderne attaché aux fondamentaux de l’Eglise.

Etienne Guilloud aime la chanson française engagée, même anticléricale. «Elle est contre ce qui nous aliène, ce qui vient nous poser des barrières. L’Evangile aussi!»

Etienne Guilloud aime la chanson française engagée, même anticléricale. «Elle est contre ce qui nous aliène, ce qui vient nous poser des barrières. L’Evangile aussi!» Image: PHILIPPE MAEDER

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On sonne. Un jeune homme, T-shirt de skater, jeans, cheveux en bataille et pieds nus, ouvre. «Je prends ma robe et on y va!» Une paire de baskets aux lacets «vert liturgique» plus tard, Etienne Guilloud est dans son église de Bière, la robe boutonnée jusqu’à la naissance de sa barbe blonde. Il a 29 ans, 30 en novembre, et sera consacré cet automne après deux années de suffragance dans la paroisse du pied du Jura.

«A la base, je voulais devenir prof de maths», raconte ce natif de Givrins dans sa cuisine où s’affichent sur des ardoises citations philosophiques et choix de bières. Un échec définitif à l’EPFL ayant eu raison de cette orientation, il lui a donc fallu en trouver une autre. «J’avais pensé à science des religions, mais ça manquait de débouchés.» Ce sera alors théologie. Un choix par défaut? Ce serait mal connaître le bonhomme, solide dans ses convictions. «J’ai toujours été croyant mais, plus jeune, j’étais fâché avec l’Eglise, que je considérais comme un vieux monstre poussiéreux en train de s’étouffer.»

Ado, Etienne Guilloud anime pendant dix ans un groupe de jeunes à Gland. Pour échanger librement sur tout et rien, particulièrement sur la spiritualité et quelle que soit la confession des uns et des autres. «Je me sentais bien dans ce groupe, j’appréciais aborder ces thématiques.» Ce sera donc «théol», «aussi parce que toutes ces questions que se posent les humains sur les choses qui les dépassent me passionnent». «J’ai aimé ces cours, c’était profond, intelligent, passionnant. Ils m’ont vraiment réconcilié avec l’Eglise. Je me disais que si les pasteurs les ont tous suivis, c’est qu’ils ne sont finalement pas si cons.» Alors il en sera un, de pasteur. En deux fois, parce que la première, la Commission de formation au ministère, alors mandatée par le synode pour évaluer les candidats, lui a dit non. «J’étais en colère, je pensais qu’ils n’aimaient pas les têtes qui dépassent… Peut-être leur avais-je paru arrogant, aussi.»

Après trois mois d’une «formidable expérience» au CHUV, «où ma vocation est devenue manifeste», Etienne Guilloud revient à la charge: «Mon point faible est et restera mon indiscipline», prévient-il au Conseil. Sa demande, pourtant, est acceptée. «Je peux être indiscipliné, je peux provoquer. Mais je le ferai toujours avec amour. J’aime les sports d’équipe car on sait qu’après le match, on ira de toute façon boire une bière tous ensemble.»

Jouer ensemble

Car pour le jeune Vaudois de mère anglaise, on ne gagne qu’en équipe. «Qu’avaient les Islandais de plus que l’Angleterre à l’Euro? Ils jouaient ensemble. L’Eglise réformée est multitudiniste. Les pasteurs peuvent être liturgiques, libéraux, charismatiques, rock’n’roll ou encore traditionnels, ils doivent néanmoins se réunir dans le dialogue.»

L’homme aime parler en images. «Pour moi, raconter, c’est ce que fait un pasteur. La Bible, ce ne sont que des mots. Ils ne deviennent la parole de Dieu que lorsqu’ils sont incarnés. Par un ministre ou qui que ce soit d’autre, d’ailleurs.» Etienne Guilloud assure en effet pratiquer un métier comme un autre. «Si l’on part du principe qu’un métier, c’est prendre la place qui est la sienne dans ce monde. Pour certains, c’est dans une boulangerie, pour d’autres une banque. Pour moi, c’est en tant que pasteur.»

Musicien de l’anticlérical et antidogmatique groupe (P’tit) Greg, Etienne Guilloud n’en est pas moins attaché aux valeurs fondamentales de l’Eglise. «Elle est comme un bâton inébranlable au milieu d’une tempête de sable. L’amour, la liberté et l’accueil, l’Eglise doit se montrer intransigeante sur ces points.» Un hymne au mariage homosexuel? «Pas forcément, il faut ensuite discuter de ce qu’est l’accueil. Je ne sais pas encore vraiment comment me profiler sur ce sujet. L’Eglise, c’est une posture entre le garde-fou et l’avant-garde. Lorsqu’elle a accepté un rite pour les personnes de même sexe, elle a été en avance sur la société.» Et elle s’est fait un bon coup de pub.

«Mon boulot n’est pas de remplir les églises, répond le jeune ministre, c’est d’annoncer l’Evangile en paroles et en actes. Je me demande d’ailleurs souvent si je suis un pasteur ou un imposteur. Si je nourris mon propre projet ou celui de l’Evangile à travers moi?» Une hygiène spirituelle, pour le Birolan. «Un moyen de ne pas virer dans la posture d’un ministre qui se complaît dans ses coups d’éclat.» (24 heures)

Créé: 06.07.2016, 08h57

«Pasteurs d’aujourd’hui»

Que signifie être «ministre de Dieu» en 2016, cinq siècles après la Réforme? Après plusieurs licenciements qui ont provoqué des tensions dans l’Eglise réformée vaudoise, 24 heures pose la question à six pasteurs cette semaine. Des hommes et des femmes qui racontent leur vocation, les satisfactions et les difficultés de leur ministère.

«Une prise d’otage»

Cosignataire de la lettre de pasteurs publiée dans 24 heures, Etienne Guilloud n’est pas tendre avec la polémique née de l’éviction de Daniel Fatzer. «Toute l’Eglise vaudoise est prise en otage par cette histoire. A croire que le centre du monde protestant est un lit et son occupant, installé à St-Laurent, cristallise tous les fantasmes, projections et attentes déçues de tout un chacun sur l’Eglise.» Très critique envers le Lausannois, «qui depuis quelques années semble confondre attaques contre l’EERV et proclamation de l’Evangile», le pasteur birolan n’est pas pour autant hermétique aux coups d’éclat, ainsi qu’en témoigne son affection pour Jean Chollet, l’autre pasteur de St-Laurent: «Chez lui, derrière les mises en scènes, j’ai toujours trouvé une fragilité qui laissait entrevoir le message de l’Evangile. Notre rôle est de porter un message, non de s’approprier le devant de la scène. L’Eglise ne se réduit pas à son institution. C’est des personnes avant tout.»

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