La Bille, cet ovni culturel niché au bord de la Venoge

La SarrazDans la zone artisanale de la Filature vibre un lieu bien singulier, au carrefour des générations et des styles musicaux.

Bénévoles dévoués à l’Association La Bille, Florian Silvestri, Sébastien Cruchet et Arthur Jaquier participent à l’animation de leur espace culturel au sein du quartier de la Filature.

Bénévoles dévoués à l’Association La Bille, Florian Silvestri, Sébastien Cruchet et Arthur Jaquier participent à l’animation de leur espace culturel au sein du quartier de la Filature. Image: Florian Cella

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Pour décrire La Bille avec réalisme, il faut commencer par le quartier dont elle fait partie. En arrivant à La Sarraz depuis Cossonay, on prend le chemin de la Condémine et remonte le long de la Venoge. La façade d’un vieux bâtiment industriel apparaît alors, comprenant une grande inscription: LA FILATURE. Nous ne sommes pas dans un repaire de détectives privés, mais une ancienne usine qui fabriquait des couvertures entre 1871 et 1977.

Aujourd’hui, le site manufacturier niché dans un écrin de verdure a laissé place à des activités plus hétéroclites: les microbrasseurs se mêlent à des forgerons ou encore à l’Association Culturelle portugaise de la Sarraz. Au cœur de ce microcosme se trouve la Bille. Ce n’est sûrement pas un hasard, puisqu’il y a un peu de tout ça dans ce lieu. A commencer par la bière brassée chez le voisin. Puis, les sculptures forgées sur mesure par les artisans du coin, comme cette grande bille en métal qui roule sur des rails suspendus au-dessus du comptoir et a donné son nom à ce qui était à l’origine un club de billard. Enfin, il y a de l’associatif. Car la Bille n’est pas un bar comme les autres.

Rendez-vous alternatifs

Géré par une quinzaine de bénévoles, l’espace culturel se veut une plate-forme d’expression extrêmement ouverte pour les artistes, avec à disposition une scène, une galerie ou un espace pour la tenue d’ateliers ou de projections. Ainsi, on peut passer d’un tournoi de baby-foot le jeudi à un concert de blues ou de black métal le lendemain.

C’est dans le bar, ouvert pour l’occasion, que l’on rencontre le président de l’association. Loin des clichés auxquels on serait tenté de se raccrocher lorsqu’on parle d’un tel lieu, on tombe nez à nez avec un homme de 50 ans au bouc soigné et à la chemise impeccablement repassée. Non, à La Sarraz, la Bille ne fait pas le moine. «Je me suis retrouvé ici d’une manière assez étonnante raconte Sébastien Cruchet. C’est mon fils qui est allé à une réunion de l’association pour proposer de jouer avec son groupe de la musique irlandaise. Il a entendu qu’on y cherchait des bénévoles et de mon côté je réfléchissais à m’investir dans la vie du village.» Hésitant à intégrer le Conseil communal, le quinquagénaire décide finalement de rouler pour La Bille. Et à peine quelques mois de nettoyages et de services au bar plus tard, il se retrouve parachuté président de l’association, il y a deux ans. «Disons que j’ai une expérience importante dans le monde de l’entreprise, déclare celui qui a dirigé plusieurs unités dans le secteur informatique. J’ai donc l’habitude d’avoir des responsabilités et des budgets à gérer.»

«C’est un lieu qui a eu plusieurs cycles de vies»

Le comité de La Bille a été renouvelé ces derniers temps. Mais les «nouveaux» n’oublient pas l’héritage de l’institution vieille de plus de vingt-cinq ans. «C’est un lieu qui a eu plusieurs cycles de vies et c’est normal, estime Sébastien Cruchet. Il demande beaucoup d’énergie à ceux qui s’y investissent et il faut donc parfois prendre le relais. On essaye de continuer dans le prolongement de ce qui a été fait jusqu’ici.» A 19 ans, Arthur Jaquier a moins d’expérience, mais ça ne l’empêche pas d’être trésorier de l’association depuis une année. «Ma tâche n’est pas trop conséquente, car on fonctionne sans cotisations. On a quelques rentrées d’argent grâce aux billets les soirs de concert et les recettes au bar. On réinvestit tous nos bénéfices dans le lieu.»

Eclectique

Cinq à six soirées par mois, l’espace propose en effet des prestations aux tonalités éclectiques. «Le but est de garder une prog’ assez variée, explique Florian Silvestri, 20 ans et en charge de la programmation artistique. Que ce soit du rock, du rap, du métal, de la dub… On choisit en fonction des goûts de notre public, ils sont peut-être un peu moins commerciaux qu’ailleurs. On veut permettre à toutes sortes d’artistes de se produire et pourquoi pas d’en être un tremplin.»

Les usagers de La Bille sont, à l’image de l’association, un modèle de diversités. «On rassemble autant les jeunes, les moins jeunes, les rastas, les rappeurs, que les métalleux, c’est ce qui fait la beauté de ce lieu», sourit Arthur Jaquier. «Pour les gens, c’est aussi le moyen de découvrir d’autres cultures que celles auxquelles ils sont habitués», renchérit Florian Silvestri. Sébastien Cruchet, lui, conclut. «Ce que j’aime dans cet endroit, c’est que chacun peut s’exprimer et a le droit d’être, avec ses qualités et ses défauts.»

Créé: 20.11.2018, 08h50

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