La coopérative d'habitants est l'avenir de la villa

LogementLe village de Burtigny mettra à disposition un terrain pour que des habitants sans grande fortune puissent construire.

La coopérative d'habitants permet d'avoir une influence réelle dans la conception de son logement. Image: Philippe Maeder/image d'illustration

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Les communes cherchent toutes des solutions concrètes pour garder les jeunes et les seniors sur leur sol. Pour y parvenir, Burtigny se lance dans une expérience encore peu usitée en terres romandes. Elle met un terrain à la disposition d’une coopérative d’habitants qui construira un bâtiment de huit à dix logements. Une formule originale qui se distingue des structures habituelles – dites coopératives d’habitation –, dotées, elles, d’équipes professionnelles pour gérer la phase de construction et ensuite le fonds immobilier.

Dans le cas de Burtigny – qui n’est pas unique –, les habitants sont partie prenante du projet dès le départ. Ils investissent des fonds propres et ont leur mot à dire sur les plans de construction. «La limite entre les deux modèles n’est pas très claire, remarque Patrick Clémençon, rédacteur en chef du magazine «Habitation».

La méthode choisie à Burtigny a toutefois la particularité que les coopérateurs sont beaucoup plus actifs tout au cours de l’élaboration du projet de construction. Cette différence est en train de se gommer car les coopératives classiques s’engagent à leur tour sur ce terrain.»

Aider les habitants à accéder à la propriété

La syndique de Burtigny, Valérie Jeanrenaud, est très sensible à la problématique de l’habitat et aux aspects sociaux. La solution de la coopérative d’habitants s’est donc imposée à elle. «Notre idée est de permettre à des personnes sans grande fortune d’accéder à la propriété», souligne-t-elle.

Le bâtiment sera construit derrière l’auberge. Si la Commune est indépendante du projet, elle a fixé des exigences en termes d’utilisation de bois local pour la construction et le chauffage. «Idéalement, nous espérons aussi une mixité générationnelle au sein de la coopérative.»

Un noyau s’est déjà créé autour du projet. Mais la Commune cherche encore des coopérateurs. «Au final, tout le monde est gagnant, assure Pierre Wahlen, architecte. La Commune bénéficie de la rente du terrain et les habitants peuvent se loger en dessous du prix du marché.»

Le concept répond dans tous les cas à une tendance. «Aujourd’hui, la population cherche à se réapproprier son habitation, relève Patrick Clémençon. Les coopératives sont un moyen d’y parvenir. C’est pourquoi il y en a de plus en plus.» Le phénomène est même plus sensible en Suisse romande qu’outre-Sarine, notamment à Lausanne et à Genève.

Dans un contexte de densification des centres urbains, la coopérative d’habitants serait même l’avenir de la maison individuelle, selon l’architecte nyonnais François Z’Graggen, expert dans le domaine. «Elle est une excellente alternative, souligne ce fervent admirateur de Le Corbusier. Elle permet d’empiler des villas dans un seul bâtiment. C’est même mieux qu’une PPE, où l’on n’aurait pas eu d’influence sur les plans.»

Difficile départ à Nyon

Reste que la coopérative n’est pas synonyme de long fleuve tranquille. François Z’Graggen le sait, lui qui a été pionnier en la matière. Il y a bientôt trente ans, avec quatre autres familles, vite rejointes par quelques connaissances, il a créé l’une des premières coopératives d’habitants. Ils ont construit un bâtiment de treize appartements au chemin du Cèdre, à Nyon, dans ce qui était à l’époque un petit verger à 600 mètres de la gare. L’emménagement, en 1993, n’a pas été de tout repos. Quelques travaux supplémentaires ont été nécessaires dans un budget serré. Trop serré. «La coopérative a fait faillite, raconte François N’Duhirahe, qui habite toujours sur place. La structure a alors évolué en une PPE.»

Il n’empêche, le père de famille ne regrette rien. «De l’équipe de départ, nous sommes encore la moitié à vivre ici, précise le coopérateur. Nous étions à l’époque motivés par une utopie qui ne s’est pas totalement réalisée. Mais l’esprit communautaire du début est resté. Je recommande à tout le monde de vivre une telle aventure!» Chaque ménage est par exemple responsable d’un domaine. Pour François N’Duhirahe, c’est le chauffage et l’électricité. Pour un autre, ce sont les travaux administratifs de la PPE, ou encore la gestion des arbres et de la pelouse.

Pour Patrick Clémençon, il est difficile de faire une généralité. «Il existe une multitude de formes de coopératives. Ce sont des sociétés à l’image de leurs coopérateurs. Toutes sont différentes même si elles se rejoignent dans l’idée de créer du logement en dehors de toute spéculation.» (24 heures)

Créé: 05.08.2018, 18h16

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