Le «gang des Morgiens» fait la loi au Pays de Vaud

PolitiqueAbsents des hautes sphères du pouvoir cantonal depuis la retraite de Francine Jeanprêtre, les politiciens de la petite ville ont fait main basse sur tous les postes clés.

Éric Kaltenrieder, Nuria Gorrite et Sylvie Podio cumulent les postes au sommet du pouvoir cantonal.

Éric Kaltenrieder, Nuria Gorrite et Sylvie Podio cumulent les postes au sommet du pouvoir cantonal. Image: Patrick Martin

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Quand il regardera sa carrière dans le rétroviseur, le syndic de Morges, Vincent Jaques, se souviendra du millésime 2017-2018 et du trou qu’il aura creusé dans le budget des bricelets et du vin d’honneur! Alors qu’elle faisait figure de belle endormie depuis la fin des années 90, qu’on entendait surtout parler d’elle pour sa cicatrice autoroutière et ses bouchons, Morges semble avoir fini de grignoter son pain noir depuis que les signes favorables se bousculent au bord du Léman.


A lire l'édito: Morges veut aussi sa part du gâteau


Et l’on ne parle pas de pain blanc mais de brioche quand, du jour au lendemain, trois citoyens sortis des rangs du Conseil communal se retrouvent à occuper au même moment les trois postes les plus importants et convoités du canton de Vaud: la présidence du Conseil d’État (Nuria Gorrite), celle du Grand Conseil (Sylvie Podio) et celle, encore, du Tribunal cantonal par Éric Kaltenrieder.

Un chemin loin d'être terminé

Et en attendant de célébrer comme il se doit le Prix Nobel Jacques Dubochet, en mars, la Municipalité a honoré cette semaine son trio de choc désormais réuni sous la bannière verte et blanche, histoire de lui dire toute son admiration et sa reconnaissance. «Vous faites rayonner notre ville dans tout le canton et plus loin encore», a résumé Vincent Jaques lors d’une cérémonie qui relevait plus de l’apéro entre amis que de la parade officielle avec fanfare et cortège des écoles. «Cette situation ne se représentera sans doute jamais et nous voulions marquer le coup en toute simplicité. C’est justement la marque de ces trois personnalités dont le point commun est le souci de vouloir servir. Je suis impressionné par leur engagement, tout en sachant que leur chemin est loin d’être terminé», a poursuivi le syndic, dont on sent bien qu’il rejoindrait volontiers la route.

Cet avènement de trois personnalités de la même génération – deux femmes de gauche, un homme de droite séparé par deux ans d’âge – n’est pas «que» le fruit du hasard. Alors que leurs parents ont suivi le feuilleton du combat homérique opposant durant les années 80 et 90 l’ancien syndic radical Jean-Michel Pellegrino à sa rivale socialiste Francine Jeanprêtre, ces trois-là étaient encore à l’école, bien loin de ces joutes qui ont finalement lassé leur public. «Quand nous sommes arrivés au Conseil communal au milieu des années 90, il y a eu un passage de témoin. Les dinosaures ont laissé la place et ceux qui avaient la volonté de la saisir ont pu se profiler très rapidement. Nous en faisions partie avec Nuria», se souvient Éric Kaltenrieder, figure montante du Parti radical et rapide président du département sportif de l’Union des sociétés locales, fonction qui assurait à l’époque une belle visibilité.

Tournée vers demain

Si Éric Voruz a marqué la ville à l’interne, Nuria Gorrite – élue à l’Exécutif en 2000 – va surtout se profiler sur le terrain du «nouveau» district qui se construit en même temps que sa prise de pouvoir, faisant entendre sa voix décidée lors des Assises et autres ateliers entre élus des villes et des villages. Lorsqu’elle devient syndique en 2008, elle est déjà connue bien au-delà des frontières morgiennes et devient immédiatement une figure populaire à l’échelon régional, comme en témoignent ses scores soviétiques en tant que députée. «Je dis souvent que Morges m’a tout donné et c’est un bonheur que d’y revenir à chaque fois que l’on m’invite. Dans ma fonction, il n’y a pas de place pour le favoritisme et chacun le sait, mais chaque Vaudois est de quelque part et je suis heureuse d’appartenir à cette petite communauté qui se côtoie et qui est fière de servir son canton.»

Une socialiste, un radical, l’histoire n’est donc qu’un éternel recommencement pour les Morgiens, lesquels ont aussi convié au banquet – non végétarien – une invitée surprise en la personne de Sylvie Podio, dont le parcours ne cesse de surprendre. «Je suis entrée en politique un peu plus tardivement mais je me réjouis de tout ce qui m’arrive à l’image de cette présidence du Grand Conseil qui m’apprend la patience! Des trois, je suis celle qui a encore un pied à Morges avec le double mandat. Cela me paraît très important dans notre système où Canton et communes sont toujours en lien, même si mon parti a un avis un peu différent sur la question.» Et quand la proximité se vit aussi naturellement, qu’on se tutoie depuis toujours, n’est-on pas à la limite des petits arrangements entre amis au sommet de l’État? «Pour rien au monde», répond le trio d’une seule voix complice, qui est appelé à négocier sur plusieurs dossiers dès ce printemps, au risque de faire grincer quelques dents.


Trois destins croisés

Si Nuria Gorrite et Éric Kaltenrieder n’ont que quelques semaines d’écart, ils n’ont cependant pas «grandi ensemble». «Nous étions dans des classes parallèles à Beausobre et nous nous connaissions de loin», explique le président du Tribunal cantonal. «Je suis en fait un enfant de Préverenges et j’ai découvert Morges à travers le collège, avant de m’y installer pendant une période.» C’est là que le conseiller Kaltenrieder – dans son rôle à l’USL – côtoie vraiment la toute nouvelle municipale Gorrite, tous deux appelés à jouer les médiateurs auprès du club des patineurs alors en crise. «Je me souviens de séances le samedi matin dans un local très froid», sourit la socialiste. «Nous avons appris à nous apprécier dans cette situation difficile.» Laquelle a tout de même valu au futur patron de la justice vaudoise une convocation au tribunal en tant que témoin dans cette affaire finalement résolue. Toujours au chapitre des confidences, Sylvie Podio évoque cet étonnant coup de fil de l’an 2000. «J’habitais Lausanne à cette période et ma mère m’appelle pour me dire qu’une femme brillante se présente à la Municipalité de Morges. Sur le moment, ça ne m’a fait ni chaud ni froid car je ne pouvais pas me douter que l’élection de Nuria aurait une telle influence sur ma vie quelques années plus tard. Elle m’a toujours soutenue et j’ai parfois pris exemple sur elle, même si je suis ma propre voie aujourd’hui.» (24 heures)

Créé: 24.01.2018, 06h45

Éric Kaltenrieder

Son profil: né en 1970, cet enfant de Préverenges a d’abord un nom, celui inscrit en grosses lettres sur l’enseigne du magasin radio-TV qui a pignon sur rue à Morges. Passionné de sport, il suit des études de droit avant de devenir avocat.
Son engagement: élu sur la liste radicale du Conseil communal en 1997, il est en charge des sports au sein de l’Union des sociétés locales, qui remet notamment les mérites sportifs. Il préside également la Nuit des Épouvantails.
Son pouvoir: en 2012, il est sollicité par son parti – le PLR – pour devenir juge cantonal. Malgré cette arrivée récente au Tribunal cantonal, il est nommé à la présidence dès le 1er janvier 2018.

Nuria Gorrite

Son profil: née en 1970, Nuria Gorrite étudie les lettres à l’Université de Lausanne. Impliquée dans sa ville, elle en devient rapidement un visage connu via son poste de conservatrice du Musée Forel, à l’âge de 26 ans.
Son engagement: conseillère communale socialiste dès 1993, Nuria Gorrite accède à la Municipalité de Morges en 2000. Élue députée en 2007, elle reprend logiquement la syndicature laissée libre par Éric Voruz l’année suivante.
Son pouvoir: membre du Conseil d’État depuis 2012, elle est facilement réélue dès le premier tour en 2017, ce qui lui vaut d’accéder à la présidence du gouvernement pour la durée de la législature.

Sylvie Podio

Son profil: née en 1968, elle choisit d’abord une formation commerciale avant de se tourner vers l’éducation spécialisée. Elle s’occupera ensuite de ses trois enfants pendant une dizaine d’années, sans penser à la politique.
Son engagement: membre des Verts, elle siège au Conseil communal dès 2003, avant de surprendre son monde en décrochant un siège municipal
en 2008, puis de députée en 2012, année où elle brigue la syndicature de la ville, en vain.
Son pouvoir: outsider, qui plus est dans un petit parti à l’échelle du district, elle parvient à assurer sa réélection au Grand Conseil en 2017, ce qui lui vaut d’accéder à la présidence de celui-ci.

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