Le régisseur aux deux visages rythme la culture morgienne

PortraitLe directeur du Musée Forel Yvan Schwab est aussi l'âme du Théâtre des Trois P'tits Tours. Il va quitter le navire sur un ultime hommage à son maître, Fellini.

Yvan Schwab va mettre un point final à sa longue collaboration avec le Théâtre des Trois P'tits Tours, pour mieux se consacrer au Musée Forel qu'il dirige.

Yvan Schwab va mettre un point final à sa longue collaboration avec le Théâtre des Trois P'tits Tours, pour mieux se consacrer au Musée Forel qu'il dirige. Image: Patrick Martin

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Mais quel rôle joue donc Yvan Schwab au générique de la vie morgienne? Ce passionné de cinéma est certes engagé sur tous les fronts dans la petite ville, mais si son abord est facile, sa personnalité reste discrète. À peine un peu de rouge sur un pull ou une écharpe comme seul signe distinctif pour cet homme en première ligne au Musée Forel – qu’il dirige à temps partiel depuis 2000 – et aux Trois P’tits Tours, le théâtre qu’il anime depuis 35 ans. Celui qui a œuvré à une plus grande collaboration des acteurs culturels est de tous les projets fédérateurs, au point que nombreux sont ceux qui croient que cet enseignant en histoire de l’art au Gymnase de Morges est le chef des affaires culturelles. Toujours à tirer les ficelles mais surtout pas la couverture.

«Je me suis très tôt retrouvé à devoir faire les choses en équipe, à prendre des responsabilités sans les avoir forcément recherchées. Au théâtre, les anciens nous ont laissé la place et l’équipe de copains que nous étions ne s’est pas gênée pour la prendre. C’est pareil pour le musée: je suis venu pour donner un coup de main à la conservatrice qu’était Nuria Gorrite et je me suis rapidement retrouvé à la direction après son élection à la Municipalité. Mais ça ne m’a jamais fait peur.» Une version confirmée par l’actuelle présidente du gouvernement vaudois. «Il a repris l’endroit au pied levé et il s’est révélé être une perle qui a su le faire grandir, lui donner une stature sur le plan national et francophone. Il s’évertue de plus sans cesse à dénicher des talents pour faire briller d’autres que lui.»

Le rayonnement, certes, mais sans excès, l’équilibre entre culture ambitieuse et saine gestion étant sa marque de fabrique, ainsi qu’en témoignent les célébrations marquantes du récent 100e anniversaire, salué loin à la ronde. En grattant un peu, on lui trouve même une petite dose de roublardise, comme lorsqu’il parvient à trouver des fonds privés pour la rénovation du musée, déminant ce dossier sensible avant qu’il ne soit validé par le Conseil communal. «C’est paradoxalement un homme de l’ombre, mais ça lui va très bien», résume le comédien Claude Thébert, fidèle compagnon de route depuis 1984. «Sur la forme, il incarne cette réserve vaudoise à laquelle je n’étais pas habitué. Mais s’il n’est guère expansif, il fait preuve sur le fond d’une grande intelligence dans tout ce qu’il entreprend. Je pense en particulier à son rapport à la jeunesse qui lui permet d’attirer dans son théâtre un public qui se régénère, ce qui n’est pas un mince exploit.»

Avec un sens du dévouement hors du commun au bout de trois décennies de «service» et vingt-cinq mises en scène dans ce qui est devenu sa deuxième maison au fil du temps. «Comme mon grand-père qui était simplement heureux lorsqu’il était conservateur du Musée de Vevey, je suis toujours resté bénévole. Avec la volonté que la subvention municipale permette de faire vivre les envies des Trois P’tits Tours en engageant des professionnels afin de proposer des musiques, des costumes et des décors dignes du texte et des acteurs.» D’un univers en somme, celui dont il n’est jamais vraiment sorti après être entré dans la salle de cinéma qui projetait «E la Nave va», de Fellini. «J’avais 17 ans, j’ai ressenti un véritable choc esthétique, découvert une ambiance inconnue jusqu’alors. J’ai compris ce jour-là qu’on pouvait voir un film plusieurs fois, même si j’ai rasé les murs en y retournant, car ça ne se faisait pas vraiment.»

L’adolescence au ciné-club

Et si les Trois P’tits Tours sont aujourd’hui voisins de la tribune du FC Forward, l’adolescent n’a jamais passé ses journées au grand air du terrain de foot, mais dans l’obscurité du ciné-club. «Nous étions un groupe très assidu, mais je n’ai pas l’impression que nous formions une bande d’intellos. Tout ce que proposait notre enseignant Alain Rebord nous intriguait: Fellini bien entendu, mais aussi Resnais, Buñuel, alors que la mode était aux comédies romantiques américaines. Il y a eu ensuite les ateliers, la pratique, avec des personnalités comme Pascal Pellegrino, le regretté musicien Nicolaï Schlup, Nicolas Frey et quelques autres avec ce désir de nous produire que nous partagions tous.»

Des petits spectacles, l’animation de soirées de gym avec la compagnie «Show devant», les «Cabarets de l’été» et même une tournée qui mènera la jeune troupe jusqu’à Cannes. Avant de rentrer au bercail. «Le théâtre, alors à la rue des Vignerons, était menacé au début des années 90. Nous nous sommes battus, engagés contre les autorités, avons plaidé pour son maintien. Et naturellement fustigé son déménagement dans les baraquements de l’ancienne poste alors que nous n’en changerions pour rien au monde aujourd’hui.»

La suite en simple cinéphile

Au moment de passer la main 35 ans après avoir mis les pieds dans ce théâtre, Yvan Schwab ne confie pas d’envie particulière hormis celle de souffler un peu, même si on ne l’imagine pas vraiment vivre la «Dolce Vita» chère à Fellini, point de départ de sa dernière collaboration avec le «TPT» dès ce 15 novembre. «Avec ma compagne, nous avons vraiment passé beaucoup de temps dans ce lieu et outre quelques voyages culturels – on ne se refait pas – j’ai surtout envie de redevenir un simple cinéphile, voir des films – notamment à l’Odéon – sur ce temps qu’on dit libre et qui ne l’a jamais vraiment été pour nous. Mais j’ai tellement d’idées en tête et en chantier pour le Musée Forel, où rien ne s’arrête pour moi, que je ne suis pas certain d’y parvenir.»

Créé: 14.11.2019, 09h00

Bio Express

1966
Naissance à Vevey le 27 octobre.
1978-1983
Alors que son père est instituteur à Saint-Sulpice, où il grandit, il rejoint le Collège de Morges et forme «les copains d’abord», une solide bande d’amis qui restera liée par la culture.
1983
Découverte marquante de «E la Nave va» et surtout l’univers de Federico Fellini.
1984
Premier cours de théâtre aux Trois P’tits Tours de Morges.
1988
Il signe, avec «Métropolitain», sa première mise en scène. 1999 Il forme un binôme avec Nathalie Prod’hom, compagne de vie, de scène et de culture.
2000
Nomination à la direction du Musée Alexis-Forel en remplacement de Nuria Gorrite.
2006
Après le Gymnase de Nyon, il rejoint celui de Morges pour l’enseignement de l’histoire de l’art.
2018
100e anniversaire du Musée Alexis-Forel, avec notamment David Lynch en tête d’affiche.
2019
Quitte les Trois P’tits Tours avec la mise en scène du «Jour où j’ai rencontré Fellini».

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