Le syndic qui veut la peau de la facture sociale

PortraitAvant de se lancer dans la politique à Crans-près-Céligny, Robert Middleton a été un lobbyiste à Bruxelles et un humanitaire au Pamir.

«Ma vie n’est donc pas une suite logique. Elle est une succession de hasards.»

«Ma vie n’est donc pas une suite logique. Elle est une succession de hasards.» Image: Florian Cella

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Il semble avoir vécu plusieurs vies. C’est l’apanage des êtres précoces, brillants et hyperactifs. Robert Middleton est connu aujourd’hui comme syndic de Crans-près-Céligny et comme l’initiateur de la révolte contre la facture sociale du Canton.

Ses homologues le décrivent comme «un esprit libre» et «indomptable». Mais il n’est pas que cela. Son existence est un roman d’aventure qui se déroule autant dans les coulisses du pouvoir européen que sur les hautes plaines du Pamir, cette région du Tadjikistan dont il a été fait citoyen d’honneur à ses 60 ans. «Je crois qu’on ne choisit pas son parcours. Ma vie n’est donc pas une suite logique. Elle est une succession de hasards.»

La facture sociale, son combat

Le syndic de Crans-près-Céligny cache son panache derrière une bonne dose d’humour et un flegme tout britannique qui rappelle son origine, comme son léger accent. Car du panache, il en a quand il lance à l’orée de ses 80 ans le combat contre la facture sociale du Canton. Il accueillera avec son homologue de Rolle plus de 60 Municipalités dans une semaine pour demander au Conseil d’État une révision rapide de cette charge financière qui mettrait en péril l’autonomie des communes vaudoises.

«Pour faire carrière, je me suis rendu compte qu’il fallait que je parte à l’étranger.»

Les chances de succès semblent minces, mais cela n’effraie pas Robert Middleton, qui en a vu d’autres. Dès son plus jeune âge, il a démontré qu’il était en mesure de dépasser les préjugés et les limites que lui imposait la société. Né dans une famille modeste, il n’a que 18 ans quand il entre à l’Université de Cambridge, grâce à l’obtention d’une bourse. Quatre ans plus tard, il en ressort avec un diplôme de lettres et la certitude qu’il n’était pas fait dans le même moule que ses camarades issus de la bonne société anglaise. «Je n’étais pas à l’aise au milieu d’eux, dont 90% venaient d’école privée. Pour faire carrière, je me suis rendu compte qu’il fallait que je parte à l’étranger.» Il garde en lui une colère contre cette élite. «Ce sont les mêmes qui veulent le Brexit aujourd’hui, juge le fervent défenseur de l’Europe. Ils n’ont rien compris et je ne les supporte pas.»

Cambridge, Stanford puis Paris et la Suisse

Sa fuite de l’Angleterre commence par une année de postgrade à Stanford, aux États-Unis. Mais son cœur était resté de l’autre côté de l’Atlantique. Heidi, une Allemande de Hambourg rencontrée sur un court de tennis à Londres, a trouvé du travail à Paris. Le jeune Robert Middleton prend alors rendez-vous avec le consulat français à San Francisco. Il explique à l’attaché culturel son cas et lui demande simplement s’il a un poste à lui proposer dans la Ville Lumière. «J’étais naïf mais cela a marché. Je suis devenu enseignant d’anglais dans un lycée sous la butte Montmartre. Je suis très reconnaissant envers la France pour cela.» Aujourd’hui, Heidi est sa femme depuis cinquante-huit ans.

Si Robert Middleton a couru la planète pour des raisons professionnelles, il avoue avoir trouvé en Suisse un havre de paix. Il arrive d’abord à Gland en décembre 1968. Il découvre un matin la vue sur le Léman et sur le Mont-Blanc, qui le marqueront à jamais. L’accueil chaleureux de son voisin, qui l’invite trois jours après son installation à partager une fondue pour Nouvel-An, finit par le persuader que ce coin de pays est désormais le sien. «Je suis devenu ensuite Suisse par conviction. J’aime l’équilibre qui y existe, le fait que le pouvoir va de bas en haut contrairement à partout ailleurs.»

Au service d’un prince

Robert Middleton est alors un négociateur de haut vol. Il a travaillé comme lobbyiste pour les industries mécaniques et électriques auprès des institutions européennes à Bruxelles, participant à l’élaboration de traités internationaux du GATT. «Après une seconde licence en économie et en droit, je suis devenu juriste. J’adore les négociations et mes études de lettres m’ont beaucoup aidé à trouver les mots justes pour présenter des cas complexes.» Il est ensuite au service de l’AELE, avant de devenir secrétaire général de l’organisation qui veille sur les normes ISO puis directeur d’une société informatique à Munich. Il rejoint enfin le prince Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens, dont la fondation est à Genève. Jusqu’à sa retraite, il évoluera dans un contexte lui permettant d’exprimer ses valeurs humanistes.

«J’ai vu moins de visages malheureux dans les régions reculées du Pamir que le matin dans le train pour Genève.»

Pour la fondation, il découvre le Pamir, au Tadjikistan, où il organise un programme humanitaire de grande ampleur de 1985 à 2003. «Au début, je livrais 25'000 tonnes de marchandises par année avec des camions de 5 tonnes qui devaient parcourir chacun 1500 kilomètres aller-retour.» La région difficile d’accès vit un profond changement avec la chute de l’Empire soviétique, qui jusque-là assurait son approvisionnement.

Robert Middleton s’engage pour que le Pamir développe son agriculture et réduise sa dépendance à l’aide extérieure. «Ce pays est extraordinaire, avec un taux de lits par habitant supérieur à partout ailleurs, sauf le Canada, et une population très cultivée. J’allais dans les villages, le plus loin possible des villes, pour rencontrer ce peuple. Et j’ai appris à me défaire des préjugés. Malgré la pauvreté, j’ai vu moins de visages malheureux dans les régions reculées du Pamir que le matin dans le train pour Genève.»

Un de ses anciens collègues lui rendra un bel hommage: «Quand Robert repart d’un village, ses habitants ont gagné en dignité.»

Plus de quinze ans après sa retraite, le Pamir concentre encore son attention. Il y est encore engagé dans le développement touristique. Il a écrit un livre et tient un site de référence sur la région. Comme un clin d’œil à son passé, il a récemment créé une fondation pour offrir des bourses aux étudiants qui fréquentent la nouvelle université du Pamir.

Créé: 16.01.2020, 08h54

Bio Express

1939 Naît le 3 octobre dans une famille modeste à Poole, à côté de Bournemouth, dans le sud de l’Angleterre.

1957 Entre à 18 ans en Faculté de lettres à l’Université de Cambridge grâce à l’obtention d’une bourse.

1959 Rencontre Heidi, une Allemande de Hambourg, qui deviendra sa femme. De leur union naîtront Evelyn en 1965 et Alexander en 1968.

1964 Arrive à Bruxelles, où il fait du lobbying pour les industries mécaniques et électriques auprès de la Commission européenne.

1968 Arrive en Suisse et tombe amoureux du pays et du canton de Vaud en particulier.

1985 Commence son travail à la Fondation Aga Khan.

2016 Devient syndic de Crans-près-Céligny.

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