Les jeunes vignerons crient leur colère

Crise viticolePris à la gorge, les producteurs de la nouvelle génération ont fait souffler un vent de révolte mercredi à Saint-Livres. Une grande manifestation est prévue à Berne.

En un week-end, Alexandre Fischer – 3e depuis la droite – a réuni près de 400 vignerons sur un groupe WhatsApp, dont 150 l’ont rejoint lors d’une séance constitutive des Vignerons en colère. Ils iront crier leur ras-le-bol le 2 décembre à Berne.

En un week-end, Alexandre Fischer – 3e depuis la droite – a réuni près de 400 vignerons sur un groupe WhatsApp, dont 150 l’ont rejoint lors d’une séance constitutive des Vignerons en colère. Ils iront crier leur ras-le-bol le 2 décembre à Berne. Image: FLORIAN CELLA

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«On n’en peut plus des théories de l’Interprofession, il est désormais temps de passer à l’action pour obtenir des mesures urgentes, ou nous allons disparaître!» Dans la bouche du syndicaliste agricole José Bové, ces mots feraient sourire certains. Mais quand ils sont prononcés par des vignerons d’ici et massivement applaudis par une salle bondée du tiède Pays de Vaud, on se dit que l’heure est grave.

Et ça semble bien être le cas, si l’on se réfère aux mines défaites, fermées, parfois soulignées de quelques larmes vues mercredi à Saint-Livres, où près de 150 producteurs de Suisse romande ont répondu à l’appel spontané d’Alexandre Fischer, 36 ans, viticulteur-caviste à Yens qui veut «que les choses bougent». Si les dernières vendanges augurent, de l’avis général, d’un splendide millésime, les prix proposés à la vente en vrac sont à la baisse, sans compter que la récolte 2018 est loin d’être écoulée. Un double effet qui met certains producteurs, ainsi que des coopératives, en difficulté, avec des trésoreries parfois déjà à sec.

«J’ai l’impression que rien ne se fait au niveau politique pour inverser la tendance, qui est dramatique. Il est temps que les jeunes prennent le relais»

«Je travaille pour des tiers, donc je ne suis pas le premier touché par la baisse des tarifs ou les raisins qui ne trouvent pas preneur. Mais je vois ma famille, mes amis, des collègues, et j’ai l’impression que rien ne se fait au niveau politique pour inverser la tendance, qui est dramatique. Il est temps que les jeunes prennent le relais pour aller parler un peu plus fort de nos problèmes et, en un week-end, j’ai été sidéré de voir que mon groupe WhatsApp avait réuni 380 collègues!»

À la quasi-unanimité, tous ont promis de faire le déplacement de Berne le lundi 2 décembre – jour de l’ouverture de la session parlementaire – tout en exigeant au passage d’être reçus par le conseiller fédéral chargé de l’Économie… le viticulteur vaudois Guy Parmelin. «La consommation ne cesse de diminuer, mais la part du vin étranger se maintient à nos dépens, car l’importation est beaucoup trop facile», fustige Alexandre Fischer, qui a fait appel au vigneron-politicien-activiste genevois Willy Cretegny comme coach stratégique. «La solution est simple: il faut entre autres mesures baisser les contingents attribués actuellement à l’importation de 170 à 130 millions de litres afin de nous redonner une chance de lutter à armes égales avec des pays qui ne connaissent pas les mêmes contraintes que nous et dont la promotion est largement financée par leur État.»

Divergences internes

La demande paraît simple, mais elle suggère que le Conseil fédéral ouvre des négociations avec l’Union européenne et l’Organisation mondiale du commerce, détail qui n’en est pas un aux yeux des responsables de l’Interprofession du vin suisse, qui parlent de «dialogue constructif» ou de «s’adapter au marché», termes qui font bondir les vignerons pour la plupart jeunes – hommes et femmes – présents à Saint-Livres. «Il ne doit plus être tabou de vouloir protéger le marché suisse alors qu’il y a péril en la demeure», s’emporte le Genevois Lionel Dugerdil, qu’on retrouvera en tête du cortège à Berne. «Notre travail n’est pas respecté, car ceux qui nous représentent au sein de l’Interprofession ne se battent pas assez et acceptent le discours du libre-échange. On attend aussi des vainqueurs des dernières élections qu’ils défendent le vin d’ici comme les fruits et légumes.

Pour Alexandre Fischer et son comité, il s’agit désormais de faire chauffer les mobiles afin de faire le plein sur la place Fédérale, comme les activistes du climat avant eux et les femmes, et de donner du poids à leur cause. «Nous comptons également sur les nouveaux élus à Berne, qui ont fait campagne sur le local et le terroir. On espère que le vin suisse fait aussi partie de leurs programmes!»

Créé: 31.10.2019, 17h40

Réactions

Nicolas Joss, directeur de Swiss Wine Promotion, à qui la parole a été refusée lors de la séance:
«Nous n’avons pas attendu le coup de gueule de ces vignerons pour nous mettre au travail. À notre demande, Guy Parmelin a réuni tous les grands distributeurs très récemment – presque une première! – et nous avons obtenu un fonds d’urgence de l’Office fédéral de l’agriculture afin que des campagnes de promotion importantes soient lancées sur le long terme sans que la branche verse un seul centime. Car, quoi qu’on en dise, l’enjeu se situe au niveau du consommateur et si je salue la prise de conscience, il ne faut pas se le mettre à dos!»

Gilles Cornut, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois: «J’entends bien les critiques sur notre travail de coulisses ou le manque de résultats, mais les revendications que nous faisons sur le plan fédéral poursuivent le même but mais dans un autre style. Cette génération peut bien dire que nous n’en faisons pas assez mais on aimerait aussi la voir dans les assemblées et au sein des comités, là où se défend la profession sur le long terme.»

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