«Notre famille veut protéger le château»

La CôteLes propriétaires du château de Coppet boudent les festivités du bicentenaire de la mort de Mme de Staël, qui débutent mardi.

En cette année du bicentenaire de la mort de Mme de Staël, le château de Coppet est l’objet de beaucoup d’attentions. Et de controverses.

En cette année du bicentenaire de la mort de Mme de Staël, le château de Coppet est l’objet de beaucoup d’attentions. Et de controverses. Image: ALAIN ROUÈCHE - A

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Le château de Coppet est au centre de beaucoup d’attentions en cette année du bicentenaire de la mort de Mme de Staël, sa plus célèbre résidente. Les festivités débutent mardi soir avec Voltaire Rousseau, un spectacle qui met en scène une rencontre entre ces deux personnages habitués des salons de Coppet.

Les propriétaires du monument, descendants de Mme de Staël, ne seront pas présents à la première. Ils critiquent les festivités du bicentenaire et la fondation créée par leur père, qui a l’usufruit du château. Rainier d’Andlau de Cléron d’Haussonville est le porte-parole de ses frères et de sa sœur. Il évoque aussi les projets de sa famille pour valoriser les terrains entrant dans le périmètre du plan directeur localisé (PDL) de la gare. Une première version, portée par son père décédé en 2014, avait échoué face aux oppositions. Les autorités attendent que les héritiers se positionnent quant à l’avenir de ces grands terrains stratégiquement situés à côté de la gare.

– Rainier d’Haussonville, quels sont vos projets pour valoriser votre patrimoine foncier à Coppet?
– Notre position avec mes frères et ma sœur est constante et publique depuis 2008. Nous souhaitons que le projet soit, au sens figuré, à la hauteur du site unique constitué par le château et le bourg de Coppet. Aujourd’hui, il y a toutefois plusieurs problèmes préalables qui gênent l’avancée des réflexions et dont nous n’avons pas la maîtrise. La succession n’est pas réglée. L’entente entre nous cinq est parfaite, mais l’exécution testamentaire, trois ans après la disparition de notre père, n’est pas achevée. Nous attendons que cette étape soit franchie pour contribuer aux améliorations indispensables à apporter au projet de PDL. Le deuxième point, c’est la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire, dont les conséquences sur la constructibilité du terrain ne sont pas connues.

– Quel contenu aura le futur PDL?
– Nous souhaitons à terme que le projet soit en harmonie avec le site, afin de préserver les abords du château et du bourg. Le PDL de 2008 était contesté avec une menace de référendum. Nous pensons qu’il faut prendre tout le temps nécessaire pour consulter, échanger et construire des réflexions susceptibles de faire consensus.

– A l’époque, le PDL prévoyait une tour…
– Nous avions dit que ce projet de tour était absurde. Il posait beaucoup de questions sur sa crédibilité. Si les parcelles deviennent constructibles, nous veillerons à ce que le projet soit en harmonie esthétique avec ce site historique d’importance nationale et en cohérence avec les besoins de développement culturel et touristique de Coppet et du château.

– Que souhaite votre famille pour le château?
– Nous aimons bien évidemment le château, dans lequel nous baignons depuis notre plus tendre enfance, mais aussi le bourg d’exception qui l’entoure. Notre famille souhaite rester à Coppet, conserver le château et le protéger. Nous avons des inquiétudes sur la protection du site et des collections, qui n’est pas, à notre avis, assurée de manière satisfaisante aujourd’hui. C’est d’autant plus douloureux pour nous que tout le travail de notre père risque d’être dénaturé.

– La fondation a la gestion du château pour 100 ans. Que pouvez-vous faire?
– La question qui compte n’est pas la durée de la fondation mais la protection et la pérennité du château. Cette protection s’attache tant à la demeure d’écrivain qu’à la demeure familiale transmise et préservée comme telle depuis Mme de Staël. Ce qui est unique en Suisse. C’est pourquoi nous serons toujours présents à Coppet.

– Est-ce que l’un de vous habite le château?
– Nous bénéficions tous d’un droit de résidence dans le château, que nous avons pu exercer depuis un peu plus d’un an seulement. Nous habitons le château très régulièrement avec bonheur. Chacun d’entre nous s’y implique pour éviter toute atteinte irrémédiable au monument ou à ses collections. C’est notre ligne de conduite.

– Que pensez-vous des festivités du bicentenaire de la mort de Mme de Staël organisées par la fondation?
– Le bicentenaire ne devrait pas être une deuxième mort de Mme de Staël. Les «festivités» orchestrées nous paraissent, pour beaucoup d’entre elles, hors sujet. Nous pensons que le bicentenaire aurait été l’occasion de mettre en place une action sur le long terme. Par exemple, un très beau projet aurait été de restaurer dans le parc les allées de la Discorde et de la Réconciliation, qui font le tour du bassin, allées autrefois arpentées par Mme de Staël et Benjamin Constant.

– Comment participerez-vous à ces festivités?
– De notre côté, nous souhaitons privilégier les actions qui concernent la diffusion de l’héritage intellectuel de Mme de Staël. Nous avons décidé d’autoriser, de manière exceptionnelle, la reproduction de manuscrits pour le catalogue de l’exposition «Germaine de Staël et Benjamin Constant. L’esprit de liberté» (ndlr: du 20 mai au 1er octobre à la Fondation Bodmer à Genève). Nous voulons également renouer avec une tradition familiale qui a été malheureusement interrompue. Il s’agit des Journées de Coppet, qui consistent à inviter la Société des études staëliennes pour un rendez-vous annuel des chercheurs et des passionnés de Mme de Staël et du groupe de Coppet. Cette société, fondée par notre grand-mère et par notre arrière-grand-tante il y a presque 100 ans, met en réseau des chercheurs du monde entier (24 heures)

Créé: 03.04.2017, 19h13

Un climat tendu autour du château

Le malaise est perceptible autour du château de Coppet. Les relations entre les héritiers et la Fondation Othenin d’Haussonville pour le rayonnement de l’esprit de Coppet, qui a l’usufruit du monument, sont tendues. Si chacun affirme sa volonté de transmettre l’héritage intellectuel de Mme de Staël et de préserver le site, on se dispute sur la manière et sur les moyens d’y parvenir.

«Il règne un climat de guerre qui date du temps de leur père», souligne Me Françoise Meyer, présidente de la fondation, qui était la mandataire du comte d’Haussonville lors de la création de l’organisme. «Les enfants font tout pour que la fondation disparaisse.»

Des héritiers qui aimeraient intégrer le conseil de fondation pour défendre leur point de vue. Mais les dirigeants de cet organe n’entendent pas leur laisser une place tant que le conflit n’est pas réglé.

Malgré les tensions, la fondation a investi depuis 2012 dans la rénovation de deux façades. «Les travaux sont réalisés petit à petit, insiste Françoise Meyer. Le château est en meilleur état que quand le comte en avait hérité.»

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