Un requérant d’asile irakien monte sur scène à Nyon

SpectacleJutyar Ali, ancien militaire de 25 ans, sera l'une des attractions du festivals des arts vivants qui débute mercredi.

Jutyar Ali a vêtu un costume traditionnel kurde pour raconter une partie de sa vie, sous l’œil complice du chorégraphe Mickaël Phelippeau.

Jutyar Ali a vêtu un costume traditionnel kurde pour raconter une partie de sa vie, sous l’œil complice du chorégraphe Mickaël Phelippeau. Image: Marius Affolter

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Une âme d’artiste sommeillait sous son uniforme du SWAT, les forces spéciales de l’armée irakienne. Jutyar Ali a quitté l’armée pour prendre le chemin de l’exil il y a quelques mois, comme des milliers de ses compatriotes. Le 10 août, ce réfugié ses multiples talents d’interprètes dans le cadre du Festival des Arts Vivants qui se déroulera jusqu’au 20 août sur le thème Ailleurs. Il en sera même l’une des attractions en présentant, seul sur scène, un spectacle créé par le chorégraphe Mickaël Phelippeau. Le jeune homme de 25 ans semble apprécier d’être passé de l’anonymat à la lumière, 10 mois après avoir posé le pied en Suisse. «J’aime beaucoup être sur la scène et j’espère faire d’autres spectacles», explique dans un français très hésitant Jutyar Ali. «C’est un peu plus facile de communiquer par la danse et le chant grâce à l’aide de Mickaël, plutôt qu’en parlant», admet-il encore.

Le jeune Kurde doit sa présence à l’affiche du Far à la volonté du festival d’intégrer des migrants dans son programme (lire ci-dessous). C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à participer à un atelier de danse proposé par le Far et destinés aux hommes du centre de jour de l’Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants (EVAM) au mois de février. A l’époque, il vivait dans l’abri de la protection civile de Crans-près-Céligny. Il est toujours dans ce village, mais désormais il est logé dans une famille, pour laquelle il éprouve un grand attachement.

Mickaël Phelippeau, qui animait l’atelier se souvient de cette rencontre. «Un groupe de 15 hommes était attendu. Je me suis d’abord demandé si un atelier de danse allait leur être bien utile. Mais quand je les ai vus arriver, j’ai compris. Ils avaient un grand sourire, une énergie se dégageait d’eux.»

Un fibre d’artiste

Au sein du groupe, Jutyar Ali s’est distingué. «Il créait rapidement du lien entre les participants, il était très ouvert et finalement il entraînait les autres», note le chorégraphe, qui a choisi de travailler plus à fond avec le Kurde. Il ne s’est pas trompé. Son interprète a une fibre artistique. «Je suis attaché à la culture folklorique de mon pays», raconte-il. Là-bas, il jouait dans un groupe de musique accompagné de danseurs qui se produisait notamment pour la fête nationale irakienne.

«Il a une voix magnifique et il est un très bon danseur», souligne Mickaël Phelippeau. Jutyar, joue aussi du Zarb, un tambour traditionnel. De multiples talents qu’il mettra en pratique pendant les quelque quarante minutes que dureront le spectacle, intitulé simplement Jutyar. Il s’agira d’un autoportrait chorégraphié assez brut, dans lequel l’interprète retracera une partie de son histoire et se projettera peut-être dans l’avenir. La création de Mickaël Phelippeau, qui reprend un modèle qu’il a mis en pratique avec un curé notamment, est encore en phase d’élaboration intensive et la trame n’est pas encore définitive.

Une chanson pour maman

«Il y aura au moins une chanson pour maman qui me manque beaucoup. Je suis triste de ne plus pouvoir l’embrasser comme je le faisais tous les jours à l’époque en Irak», avoue l’artiste. Mais c’est le seul moment nostalgique du spectacle, promet encore le jeune homme, un grand sourire à travers le visage.

Impatient de faire ses preuves sur scène le premier jour du festival, Jutyar Ali est épanoui. S’il faudra attendre mercredi soir pour savoir si pari artistique est gagné, le défi humain est réussi. Véronique Ferrero Delacoste, directrice du Far, à l’initiative de l’opération, est parvenue à atteindre ses objectifs. «Nous souhaitions offrir aux réfugiés un moyen de côtoyer des personnes de la société civile, de leur permettre d’apprendre un peu plus vite le français et de leur donner un projet, essentiel à ces hommes qui vivent dans la seule attente angoissante que Berne décide de leur sort.»

Festival des arts vivants du 10 au 20 août à Nyon. Jutyar, les 10 et 11 août à 21 h à l’Usine à Gaz. (24 heures)

Créé: 08.08.2016, 09h33

Une édition tournée vers les réfugiés

En choisissant le thème «Ailleurs», le FAR abordera de manière courageuse la problématique migratoire. Pour cela, elle a invité une trentaine d’artistes à animer des ateliers pour des migrants du centre d’accueil de jour de l’EVAM à Nyon. L’objectif était multiple: offrir une activité culturelle aux migrants, stimuler la fibre créatrice des artistes mais aussi nourrir la réflexion du spectateur sur une problématique sensible.

A l’affiche, deux créations sont nées de cette démarche. Hormis Jutyar, un second projet — L’Usage du monde, le dehors, les 18, 19 et 20 août à 21?h à la Petite Usine — racontera le périple de deux Afghans, Najib et Sharif, mis en scène par le chorégraphe Laurent Pichaud.

Deux autres spectacles intègrent aussi des migrants, mais dans un cadre plus large. Laurent Pichaud encore lui prendra possession de la salle de gym de l’ancien collège avec De Terrain où il mélangera les habitants du quartier et des réfugiés dans une proposition artistique, les 18, 19 et 20 août à 19?h. Le projet Black Buvette, par Adina Secretan, sera joué dans les buvettes du festival où des migrants serviront des boissons de leur pays.

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