À Marcelin, on teste des cultures bios innovantes avec un souci de rentabilité
La clé des champs 9/40Deux projets pilotes de systèmes alternatifs de production sont expérimentés à Morges.
Le visage buriné par le soleil, et le bourgeon du label Bio Suisse bien en vue sur son tee-shirt, Théo Grossenbacher accueille les visiteurs avec des feuillets à la main. Avant de parcourir «son» BioDiVerger, cultivé sur
Le BioDiVerger, né en 2013, porte bien son nom. Il se distingue des cultures traditionnelles de fruitiers, alignés propres en ordre, qui s’étendent sur de grandes surfaces et produisent un maximum de fruits bien calibrés. Il diffère aussi des vergers biologiques actuels, en cultures monovariétales, qui consacrent peu d’espaces à la diversité. Il s’agit d’un modèle expérimental réparti en deux espaces: le verger agroforestier et le verger épicerie, inspirés des principes de la permaculture.
Nous commençons la visite par le premier, caché par une grande haie composée de nombreuses variétés de plantes. «Elle a son utilité dans ce verger conçu comme un écosystème, explique Pascal Mayor, qui nous accompagne en tant que responsable du secteur agroécologique à Marcelin, et chef de ce projet. Elle permet notamment d’attirer des pucerons, qui eux-mêmes attirent des prédateurs tels que les coccinelles, qui iront manger les pucerons s’attaquant aux fruitiers.»
On est entré dans le vif du sujet. Tout a été pensé dans le but de réduire les intrants, engrais et traitements, même s’ils sont naturels (respectant le cahier des charges du label Bio Suisse). L’essai porte sur la limitation maximale d’emploi de produits phytosanitaires. Mais il s’agit aussi de diminuer les heures de travail, tant au niveau du désherbage que de l’entretien des plantes. Car l’enjeu de ce projet né au sein de l’antenne romande du FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique), c’est d’être rentable.
Comment relever le défi sur le terrain? «Ce qui rapporte, dès le début, c’est de cultiver des légumes dans les allées d’arbres, explique Théo Grossenbacher, en montrant fièrement des courgettes, et des côtes de bettes dans une allée, puis dans l’autre, du fenouil, des pois mange-tout et de la coriandre. Une bonne moitié du chiffre d’affaires vient du maraîchage. À condition de vendre nos produits dans les circuits courts.» Ce qu’il fait chez lui, à la Ferme Les Sapins, située 5 km plus loin, à Colombier-sur-Morges. «Mais pour le moment, on n’arrive pas à tirer un salaire. Il faut se montrer patient.»
Une résilience écologique
Autre spécificité du BioDiVerger: le trio. la plantation alterne un pommier, un poirier, et un arbuste de légumineuses, qui sert à fixer l’azote dans le sol. Plus loin, on a aussi des pêchers et des pruniers. Entre les lignes, l’exploitant a encore planté des bandes fleuries avec le double objectif d’attirer des insectes pollinisateurs et des prédateurs contre les ravageurs (les alliés: abeilles, bourdons, syrphes, perce-oreilles, coccinelles, carabes…).
Le verger épicerie, à proximité, mélange encore davantage les variétés de plantes sur un espace plus restreint. En plus de fruitiers de toutes sortes, de fleurs et d’arbustes fixateurs d’azote, on trouve des plantes aromatiques et des petits fruits. Là, il n’y a aucun traitement. Pour lutter contre les campagnols, les limaces et autres ravageurs, on a installé des perchoirs pour les rapaces, des abris pour les hermines et les hérissons, et même des nichoirs pour les chauves-souris.
On y vise une résilience écologique par l’interaction des différents êtres vivants. Est-ce que ça marche? «Il n’y a pas de récolte optimale pour chaque plante, remarque Théo Grossenbacher. Mais avec cette diversité, un échec n’est pas aussi conséquent que dans une culture monovariétale, car il est limité et compensé.»
Victor Bovy dans les champs de permaculture de Marcelin au pied d'arbres fruitiers ou pousse du houblon. Image: Jean-Guy Python
La biodiversité et la résilience écologique sont aussi appliquées par Victor Bovy, exploitant du Perma-jardin, un projet démarré en 2017, dans la continuité du BioDiVerger. L’objectif est d’y pratiquer une micro-agriculture intensive, productive, peu mécanisée, et diversifiée. Pour relever ce défi, il a fallu concevoir une planification intelligente des plantations sur une surface de 2,3 hectares, puis organiser la gestion complexe des tâches.
C’est le rôle principal de Victor Bovy, qui a choisi d’engager Damien Vurlod comme chef de culture maraîchère pour le seconder. Toutes les heures de travail et toutes les tâches sont notées jour après jour. Par exemple, l’exploitant a constaté que la surface est trop grande pour pouvoir se passer de certaines machines. Or ces engins ont un coût dont il doit tenir compte. Dans la perspective de tester si une microferme peut être viable, tous les paramètres doivent être examinés.
Au FiBL, Hélène Bougouin suit ces projets de près, notamment pour estimer leur rentabilité, et pour partager les résultats de ces expériences lors de visites, de cours et de conférences. Elle en précise le but: «Nous allons publier des références pour aider les gens à se lancer dans ces modes de culture, que ce soient des personnes qui veulent accéder à la terre et devenir autonomes ou des agriculteurs intéressés par des reconversions.
Créé: 18.07.2019, 09h26

Avec le soutien de
Agroforesterie et permaculture
Le Domaine de Marcelin est une école qui dispense diverses formations agricoles à un millier de jeunes agriculteurs, viticulteurs, cavistes et arboriculteurs. Ce centre de compétences Agrilogie est entouré de cultures diverses et d’un domaine viticole.
La permaculture est à la fois une philosophie et une méthode de gestion de l’espace global axées sur la pérennité et l’efficacité de l’agrosystème. Elle s’appuie sur la compréhension et la reproduction des écosystèmes naturels en favorisant la complexité.
L’agroforesterie désigne les pratiques associant arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole. En Europe, elle est plus couramment agencée en lignes.
Le FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique) Suisse est un des centres européens de compétences en matière de recherche et de vulgarisation en agriculture biologique. L’accent est mis sur la recherche appliquée, mais également sur le transfert du savoir vers la pratique par le biais de la vulgarisation, de cours, d’expertises et de divers outils modernes de documentation (revues, fiches techniques, ouvrages spécialisés, internet).
www.fibl.org
Les épisodes de la région morgienne
Le projet «Clé des champs»: Un été à la campagne à la rencontre de nos paysans
6° Tout bio à Vaux-sur-Morges
La famille Gebhard exploite la Ferme en Berauloz depuis trois générations. Viande bovine, hautes cultures, semences: tout est produit en mode bio. Et même les betteraves sucrières.
7° Des bufflonnes à Gollion
D’étranges bovidés paissent aux alentours du Moulin d’Amour depuis 2017. Le lait des bufflonnes de Serge Baudet est transformé en mozzarella à la Fromagerie André à Romanel-sur-Morges.
8° Libres cochons de Vullierens
À la ferme en Croix, les cochons de Caroline et Rudolf Steiner sont lâchés, en toutes saisons, dans les pâturages. Ils mangent et prennent des bains de boue ou de soleil quand ça leur chante.
9° Un bioverger à Marcelin
Un nouveau modèle de verger est expérimenté depuis 2013 sur le site de Marcelin, sous la conduite de l’équipe de la Ferme bio des Sapins.
10° Légumes au bord de la Senoge
La famille Bourgeois, à Vullierens, s’est tournée vers la production de légumes et la vente directe: asperges, fraises, tomates, aubergines, courgettes et courges, pour finir l’année en beauté.
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