L’amphithéâtre de Nyon attend son heure depuis 20 ans

ArchéologieDécouverte en 1996, l’arène romaine de l'ancienne Colonia Iulia Equestris est toujours bâchée.

Sous les bâches, on devine les vestiges de l'arène qui s'élevait près de la vieille ville de Nyon.

Sous les bâches, on devine les vestiges de l'arène qui s'élevait près de la vieille ville de Nyon. Image: Gérald Bosshard

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Sur cette grande parcelle cachée derrière un grand mur, au bord de la vieille ville de Nyon, on venait de démolir une petite maison de maître pour laisser la place à un projet immobilier. Mais lorsque les terrassements ont débuté, en juin 1996, les ouvriers sont rapidement tombés, à quatre mètres de profondeur, sur un bout de mur incurvé. Ils venaient de mettre au jour les ruines de l’amphithéâtre romain de la Colonia Iulia Equestris! Une mauvaise surprise pour les promoteurs, qui ont dû abandonner leur projet, mais une aubaine pour la Ville de Nyon, même si, vingt ans après, la mise en valeur de ce site historique est toujours bloquée. Première colonie fondée par les Romains sur le territoire des Helvètes, entre 50 et 44 av. J.-C., la cité de Nyon avait déjà révélé d’importants vestiges de l’antique forum, dont la pièce maîtresse était la basilique. Découvertes en 1974, ses fondations devinrent l’écrin du Musée romain. Ensuite, au gré de grands travaux du réseau routier et des canalisations, les archéologues purent mener sur une dizaine d’années une vaste opération de fouilles qui a permis la découverte du marché antique, des thermes, de quartiers d’habitation et artisanaux, autant d’éléments qui furent soit prélevés, soit simplement répertoriés, la ville médiévale ayant été construite sur les ruines de l’antique. Ce vaste programme toucha à sa fin en hiver 1995-1996 par le repérage de la curie (salle du conseil de la colonie), adjacente à la basilique. On pensait en avoir fini avec les grandes trouvailles, et voilà que surgit l’amphithéâtre!

Des indices révélateurs

Dans un article de synthèse paru en 1998, les archéologues Pierre Hauser et Frédéric Rossi avouaient «qu’en y regardant bien, quelques indices auraient pu nous permettre d’imaginer la présence d’un tel édifice à cet emplacement»: le lieu-dit médiéval En Croset, qui signifie «creux», et la courbure de la route de la Porcelaine, qui épouse les murs de l’arène. Ce qui était remarquable, c’est que cette dernière, creusée à flanc de coteau, tenait entièrement sur une seule parcelle. D’une dimension de 50 mètres dans son grand axe, de 36 mètres dans le petit, l’amphithéâtre nyonnais, seul de ce type dans le bassin lémanique, est plus petit que ceux de Windisch et d’Avenches, mais plus grand que ceux d’Augst et de Martigny.

Couvert de remblais au fil des siècles, il ne reste plus grand-chose des majestueux gradins, si ce n’est des courbes en molasse et plus de 300 blocs ou fragments de calcaire blanc. Les fouilles ont dégagé des structures de portes, d’égouts, de fosses ou de prison, des monnaies et deux inscriptions monumentales, dont l’une en l’honneur de Trajan.

Des concerts et des opéras?

Que faire avec ces vestiges, classés monuments historiques en 1997? Reconstituer l’arène pour y tenir des concerts rock ou des opéras, comme à Avenches? Pas vraiment, mais on prévoit tout de même la possibilité d’y organiser des spectacles. En 2002, la Commune de Nyon et l’Etat de Vaud organisèrent un concours d’architecture. Mais le projet lauréat, «Jules», se révéla coûteux et compliqué, car il impliquait la démolition d’une partie du garage privé d’un immeuble voisin, pour permettre la création d’un parvis public et d’un petit bâtiment à vocation muséale. Commencèrent alors des années de discussions et de procédures autour de ce qui devint un véritable imbroglio juridique et urbanistique.

En 2011, un projet «Jules II», limité au périmètre de l’amphithéâtre et réduit de quelque 12 à 8,5 millions de francs, est discuté. Il ne permet plus d’organiser des spectacles, même s’il prévoit une tour technique dans l’angle ouest. A l’opposé, un édifice allongé côté Lausanne crée une liaison piétonne surplombant l’amphithéâtre et permet de stocker des vestiges. Ce projet, complété de cheminements et de talus engazonnés, convient mieux. Mais un recours au plan de quartier bloque toujours le dossier.

Créé: 21.10.2016, 22h23

Une tour encombrante

Le Conseil communal a approuvé, il y a une année et demie, le plan de quartier permettant de passer la parcelle de l’amphithéâtre en zone d’utilité publique. «Nous avons pu liquider la quinzaine d’oppositions à ce plan, sauf une», explique Bernard Woeffray, chef de l’Urbanisme. Un voisin direct a en effet fait recours au Tribunal cantonal. Il juge bien trop haute la tour projetée à l’entrée ouest du parc, qui pourrait servir de régie technique et offrir une vue sur l’arène. A ses yeux, elle bouche la vue et semble inutile, vu les limites (pas de sonorisation ni de spectacles le soir) imposées aux manifestations sur ce site. «Le plan de quartier admet le principe de cette tour, mais sans engagement ferme de la réaliser», rappelle l’urbaniste. La Ville a déjà accepté de rabaisser le mur en promenade qui passait sous les fenêtres de l’immeuble voisin. Elle espère un jugement rapide pour mettre enfin les plans à l’enquête et demander le crédit de réalisation.

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