Une armée de papillons ravage les mythiques Buis de Ferreyres

NatureAlors que le village pensait avoir trouvé la parade aux attaques de la pyrale, la chaleur de l’été a décuplé ses efforts dans la forêt.

La municipale Maria Wehlam Ruiters constate l’étendue des dégâts causés par la pyrale dans la forêt de Ferreyres, connue loin à la ronde pour sa réserve naturelle de buis.

La municipale Maria Wehlam Ruiters constate l’étendue des dégâts causés par la pyrale dans la forêt de Ferreyres, connue loin à la ronde pour sa réserve naturelle de buis. Image: Patrick Martin

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«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs», a dit un jour Jacques Chirac en évoquant les assauts contre la planète. La pyrale, ce papillon qui est en train de détruire les fameux Buis de Ferreyres, la municipale Maria Welham Ruiters la regarde pourtant droit dans les yeux. Mais ça n’empêche pas les arbres de «griller» petit à petit, avec le risque de disparition pure et simple.

L’heure est donc grave dans le petit village de 300 âmes, car le buis fait partie d’un patrimoine ancestral, sa cohabitation avec les beaux chênes de la forêt faisant de celle-ci une destination prisée des marcheurs et autres amoureux de la nature. «Dès que nous avons eu connaissance de l’apparition de ce papillon, en 2017, nous avons pris des mesures immédiates afin d’empêcher les futures chenilles de s’attaquer aux feuilles et à terme de tuer les buis, se souvient l’élue. Nous avons très vite informé les habitants et demandé de l’aide au Canton qui a dépêché sur place le spécialiste Daniel Cherix pour nous expliquer comment traiter efficacement les arbres des privés, opérations que nous avons financées et que les villages voisins ont reprises.»

Telles un commando «Vigipyrale», les autorités ont pensé prendre l’indésirable visiteur à revers en traitant le buis présent dans chaque habitation, histoire de retarder son avancée en direction de la forêt distante d’un petit kilomètre. «Comme la loi interdit de traiter en forêt, nous avons tablé sur le fait de ralentir sa progression via la lutte biologique à l’intérieur du village, sachant que les chenilles apparaissent normalement à deux périodes de l’année», précise le scientifique Daniel Cherix. «Les résultats étaient plutôt encourageants, mais la forte chaleur de cet été a permis à une 3e génération d’apparaître et les gens ont vu un gros nuage de papillons dans le ciel à la mi-septembre puis chez eux. On ne s’y attendait pas.»

Quand on sait qu’une seule pyrale peut pondre plus de 1000 œufs, c’est donc une véritable bombe à retardement qui menace d’éclater au printemps. «On ne sait pas ce qui va nous arriver, mais on imagine que ça ne va pas être très beau à voir si des milliers de chenilles se réveillent affamées alors que nous pensions avoir pris les mesures nécessaires», craint Maria Wehlmam Ruiters, qui constate déjà d’importants dégâts en parcourant ce joli bois si tranquille. «Nos employés communaux ont fait le maximum pour bien appliquer le traitement, mais on peut désormais se poser la question de son efficacité. C’est aussi un coût important qu’on ne peut pas injecter dans le vide.»

Coup au moral

Sensibilisés à ce que représente le buis depuis leur enfance, les habitants ont immédiatement joué le jeu et annoncé chaque apparition suspecte de papillon. «Nous avons une commission du développement durable au Conseil, les gens se sont inscrits pour construire des nichoirs afin d’attirer les oiseaux prédateurs et nous faisons le maximum pour prévenir cette hécatombe», assure la municipale un brin résignée, comme son syndic, Alain Viret. «Si le buis devait disparaître, ce serait un choc, car notre forêt n’aurait plus du tout le même visage, celui qui le rend mythique depuis toujours. Il faut savoir par exemple que les abbayes de la région viennent à Ferreyres pour décorer leurs cantines ou faire leurs couronnes. C’est donc aussi un peu de la tradition vaudoise qui s’en irait avec ce papillon.»

Pour Daniel Cherix, il est cependant trop tôt pour battre en retraite et déposer les armes. «Au début, les traitements se sont avérés inutiles car l’instruction donnée, notamment par les fabricants, était défaillante. Aujourd’hui, le personnel communal est bien formé et nous constatons pour la première fois que certains oiseaux commencent à se nourrir des chenilles alors qu’ils n’osaient pas jusqu’ici. Cela me conforte dans l’idée de poursuivre les traitements s’ils sont vraiment menés correctement, mais ce n’est pas à moi d’en décider.»

(24 heures)

Créé: 07.11.2018, 20h04

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