L’artisan huilier de Sévery veille sur ses précieux filets d’or

TerroirJean-Luc Bovey valorise son métier ancestral de producteur d’huile dans son moulin chargé d’histoire.

Jean-Luc Bovey a toujours eu à cœur de développer des produits du terroir.

Jean-Luc Bovey a toujours eu à cœur de développer des produits du terroir. Image: Vanessa Cardoso

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En pénétrant dans le Moulin de Sévery, le sentiment de faire un bond dans le temps est saisissant. Alors qu’une vieille roue témoigne de l’activité du lieu, d’anciennes courroies cliquettent à plein régime au plafond devant une machine en bois et un vénérable four allumé.

Jean-Luc Bovey, artisan huilier et patron des lieux, vérifie la pâte de noix fraîchement torréfiée. «Elle est presque prête, on va bientôt pouvoir passer au pressage pour produire de l’huile», glisse l’homme de 47 ans aux yeux bruns et aux cheveux châtains.

Depuis une vingtaine d’années, il veille au grain sur ce savoir-faire ancestral, directement transmis par son père, Paul-Emile Bovey. Pour lui, la tradition n’est pas un vain mot. Bien au contraire. Il la considère comme un véritable trésor. «Je représente la sixième génération à exercer ce métier, poursuit-il. Le premier Bovey est arrivé dans ce moulin au XVIIIe siècle. C’est dire si nous sommes ancrés dans ce village. Depuis, nous avons toujours vécu dans ce lieu chargé d’histoire.»

Depuis 1598

Car si la famille transmet cette profession depuis trois siècles, d’autres avant eux ont perpétué la tradition. «Nous avons retrouvé des écrits aux Archives cantonales, témoignant que de l’huile de noix est produite au Moulin de Sévery depuis 1598, poursuit ce passionné d’équitation, tout en précisant qu’il souhaite désormais protéger ce précieux liquide ( lire ci-contre). Quant au moulin, nous avons trouvé une première trace écrite datant du XIIIe siècle.»

Cet endroit n’a plus aucun secret pour Jean-Luc Bovey. Petit, il accompagnait déjà son père pour presser l’huile de noix et de noisettes. «C’est un milieu qui m’a toujours fasciné. A l’époque, il y avait encore ma grand-mère, qui tenait les rênes de la société familiale avec ses deux fils.»

Lui, c’est à 25 ans, après un apprentissage de meunier au Moulin de la Vaux, à Aubonne, qu’il est entré en piste. Depuis, il n’a eu de cesse de vouloir valoriser la noix tout en conservant le caractère historique du moulin, qui ne dispose plus de son mouvement hydraulique sur la Morges depuis 1972.

Des dizaines de produits

Alors que son père ne fabriquait que deux huiles, il propose aujourd’hui pas moins de 70 produits différents, dont des moutardes, des biscuits, des vinaigres ou encore douze sortes d’huile.

«Nous produisons quelque 150'000 bouteilles par année ainsi que 100'000 pots de moutarde, détaille encore l’artisan, divorcé et papa de deux filles de 18 et 20 ans. Mais nous n’avons pas la prétention de savoir tout faire, c’est pour cela que nous avons développé des collaborations avec d’autres artisans de la région qui élaborent certains produits avec nos propres recettes et nos ingrédients.»

La relève

Jean-Luc Bovey est tellement attaché à son moulin qu’il a de la peine à le quitter. «Je ne pars jamais plus de dix jours en vacances», assure celui qui travaille six jours sur sept. Et, pour veiller sur ce précieux patrimoine, il peut également compter sur la présence de onze collaborateurs. Il a appris le métier d’artisan huilier à trois d’entre eux. Cependant, ses deux filles, pour le moment en formation dans d’autres domaines, ont déjà émis le souhait de pouvoir reprendre le flambeau un jour.

«J’ai également transmis mon savoir-faire à la Fondation de l’huilerie de Sévery. L’un de ses principaux objectifs est de sauvegarder et de perpétuer ce vieux métier, car on ne sait jamais de quoi demain sera fait.»

Créé: 22.08.2015, 11h37

Une huile de noix protégée

Toujours soucieux de protéger son savoir-faire, Jean-Luc Bovey a lancé un vaste projet en 2009. Concrètement, celui-ci concerne la création d’une huile de noix de Sévery AOP. «L’essentiel est de préserver ce produit, et surtout son origine», explique le patron de l’huilerie artisanale, qui espère obtenir l’appellation l’année prochaine.

Et, pour développer son idée, il est allé voir quatre autres huileries artisanales du canton. «Si elles remplissent le cahier des charges et si elles désirent se lancer dans cette aventure, elles pourront produire de l’huile de noix de Sévery AOP. L’idée est vraiment de créer le pendant du gruyère avec ce produit typiquement vaudois», poursuit-il.

Au-delà de la simple protection pure de l’huile de Sévery, la démarche doit aussi permettre d’apporter une visibilité au moulin. Un objectif que remplissent déjà les nombreuses activités et manifestations du moulin. La prochaine, la Fête à la noix, aura lieu le samedi 19 septembre.

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