Un bistrot cosmopolite tellement suisse

Esprit des lieuxTenu depuis 26 ans par Marty et Meinolf, le Café du Chemin de fer, à Rolle, fidélise routiers, expatriés et locaux.

Meinold et Marty Wertmann-Breukard se plient en quatre pour accueillir dans leur pinte une clientèle à la fois locale et internationale.

Meinold et Marty Wertmann-Breukard se plient en quatre pour accueillir dans leur pinte une clientèle à la fois locale et internationale. Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Avec ses façades d’un rose soutenu et ses volets d’un vert pétant, le Café du Chemin de Fer, à Rolle, ne passe pas inaperçu des milliers de passagers qui fréquentent la ligne de train Lausanne-Genève. «Ça fait un peu Barbie, ce rose plus pink, mais on ne s’en est pas rendu compte quand on a rénové l’extérieur du bâtiment», rigole sa patronne, Marty Wertmann-Breukelaar. Depuis quelques jours, le décor du vieux bistrot s’est encore enrichi d’un Père Noël grandeur nature à l’entrée et d’une marée de guirlandes, de frises de fausse neige, de boules et de cloches dorées, sans compter les bonnets rouges à pompon qui ornent chaque dossier de chaise. Les décorations, c’est la marotte de son mari, Meinolf, qui adore ramener d’Allemagne, son pays d’origine, des objets chatoyants glanés sur les marchés de Noël, et qui s’ajoutent aux pendules, morbiers et vieilles radios recouvrant les murs des trois petites salles du restaurant.

Le couple tient le bistrot depuis vingt-six ans. Si Meinolf, chef pâtissier ayant travaillé dans tous les grands palaces de Suisse, s’est mis en mode retraite, Marty continue de virevolter entre buffet, service et téléphones de réservation d’une clientèle très hétéroclite. Celle des routiers de toute l’Europe, d’abord, qu’elle accueille depuis qu’elle a transformé le café en relais, avec un copieux plat du jour à 16 francs à midi comme le soir, et même possibilité de prendre une douche. Celle des artisans et des entreprises voisines, comme la cave Schenk ou les multinationales américaines installées à l’A-One Business Park, dont le personnel vient manger à midi. Car les expatriés adorent ce décor rustique et très cosy, à mi-chemin entre la pinte et le carnotzet, fait de lambris, de coffrage en bois, de bancs d’angle et de pieds de table en fer forgé. Sans compter la fondue et le nugget géant qu’est le cordon bleu, spécialité ramenée par le couple de Suisse alémanique, très appréciée des Anglo-Saxons. «Nous parlons anglais, allemand et schwytzertütsch, on a donc réussi à fidéliser cette clientèle internationale», se réjouit Marty, qui n’a presque plus d’accent en français.

«On a réussi à fidéliser les routiers, les expatriés, les habitants et les sociétés locales»

Venue des Pays-Bas à l’âge de 20 ans, elle a fait l’École hôtelière de Lausanne. C’est lors d’un stage au Beau-Rivage Palace, à Lausanne, qu’elle a rencontré son mari. Après une escapade à New York, où lui a œuvré au restaurant situé au top du World Trade Center, le couple est revenu en Suisse pour travailler dans l’hôtellerie-restauration à Saanen, dans l’Oberland bernois. Et c’est par des clients venant de l’École du Rosey, qui passe ses hivers à Gstaad, que Marty et Meinolf apprennent en 1993 qu’un restaurant était à remettre à Rolle. Le couple a d’abord loué puis racheté le bâtiment qui abrite le café et leur appartement à l’étage.

«J’habite à Mont-sur-Rolle, juste à côté, depuis plus de quarante ans. Mais j’ai découvert ce bistrot il y a quinze ans seulement, par hasard. Ma voiture étant au garage, j’ai dû y attendre le train, qui était en retard. J’ai aimé son aspect campagnard et son ambiance sympathique. Depuis, j’y viens tout le temps», note le retraité Charly Frey, en payant ses deux décis. Au Chemin de Fer, on mise sur les plats du terroir suisse, surtout la fondue, les röstis et le hamburger maison. Marty laisse les filets de perche, trop chers, aux terrasses du bord du lac. La sienne, de terrasse, bien que bordée par la route très fréquentée qui monte à l’autoroute, fait le bonheur, en été, des habitués. Deux piliers du bistrot y campent toujours à la même table, vers l’entrée. «C’est la dernière vraie pinte de Rolle. Il y a même encore à chaque table la sonnette pour appeler la sommelière, et ça marche!» s’amuse Guy Jotterand, charpentier à la semi-retraite. Son complice, Hans Aeschlimann, qui a longtemps tenu une boucherie puis les abattoirs de Rolle, n’a pas la tremblote. Il réclame systématiquement le petit verre vaudois pour boire son ballon de blanc. «Il faut garder cette tradition.» Les patrons en sont bien conscients. Au point qu’il y a deux ans, quand la commission des naturalisations est venue manger au bistrot, Meinolf, qui était devenu Suisse, s’est dépêché d’y accrocher un portrait du général Guisan.

Créé: 01.12.2019, 10h00

Infos pratiques



Café du Chemin de fer
Place de la Gare 1
1180 Rolle
Tél: 021 825 17 06


Les gens



Les deux figures rolloises Guy Jotterand et Hans Aeschlimann viennent presque chaque jour refaire le monde en éclusant un godet.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.