Des Bodzérans logent une famille kurde

AsileDes habitants de Bougy-Villars se sont mobilisés pour accueillir une famille de réfugiés dans une maison du village.

La famille Mohammad et les membres de l’association partagent de nombreux moments. La villa est mise gratuitement, pour un an, à disposition de l’EVAM.

La famille Mohammad et les membres de l’association partagent de nombreux moments. La villa est mise gratuitement, pour un an, à disposition de l’EVAM. Image: Florian Cella

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L’histoire est belle, certainement exemplaire. Surtout dans une région privilégiée, La Côte, plus souvent raillée pour un certain manque de solidarité. Au cœur du vignoble, balcon sur le Léman, Bougy-Villars vient tordre le cou aux idées reçues.

Solidarité

Depuis lundi, une (grande) famille de Kurdes syriens habitent une villa mise gratuitement à disposition de l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants). Avant cela, il y a eu la mobilisation d’une demi-douzaine d’habitants du village qui, durant des semaines, ont cherché, et trouvé, la perle rare. Les perles, même, puisque trois propriétaires, dont la Commune, ont répondu présent pour mettre à disposition un appartement et trois villas inoccupés.

Discrets, les membres de l’Association Un village – une famille à Bougy préfèrent ne pas voir paraître leur nom. «Seule la cause compte», justifient-ils. Ils sont retraités, habitants de toujours ou mère de famille expatriée, la plupart sont membres du Conseil général. Et tous ont répondu l’automne dernier à l’appel de deux concitoyens, Eric Le Royer et Félix Comby. «L’idée était de s’inspirer de la démarche de la Commune de Giez», raconte ce dernier. Le municipal Nicolas Rouge y avait lancé un appel (lire ici) pour que chaque commune accueille une famille de réfugiés. Appel entendu à Bougy, comme ailleurs dans le canton, et notamment comme dans le bourg voisin d’Aubonne, qui a déjà trouvé de la place pour deux familles.

En haut du coteau bodzéran, Ibrahim Mohammad, son épouse, Halima, et six de leurs onze enfants profitent du soleil sur la terrasse de la maison qui désormais les abrite. Réfugiés venus du Kurdistan syrien, ils admirent le lac, le vignoble. Les deux plus jeunes filles, Amina et Noura, enlacent chaleureusement les membres de l’association venus à leur rencontre pendant que deux Bodzérans donnent quelques conseils de jardinage au père de famille.

Arrivés en trois fois

Ali a 21 ans. Premier arrivé en Suisse, durant l’été 2014 avec son frère, Ahmad, il se destine au métier de coiffeur, qu’il apprend tous les week-ends. La semaine, lui et Ahmad sont à Lausanne, à l’OPTI. «A notre arrivée, en avion comme le reste de ma famille, nous avons été placés dans un foyer à Leysin. Au début, c’était dur, je ne parlais pas la langue et tout était si différent de chez moi…» Le jeune homme a appris, les règles propres à la Suisse et surtout la langue, qu’il parle avec plus de timidité que d’hésitations.

Une intégration qui a facilité celle de son père et de son grand frère, en novembre 2014, puis de sa maman, de son quatrième frère et de ses deux petites sœurs, en janvier dernier. Tous ont été réunis à Moudon quelques semaines avant de se retrouver à Bougy-Villars. «Ici, c’est merveilleux. On se sent protégés, notre avenir est devant nous», philosophe Ali, encore peu habitué à conjuguer sa vie au futur. Ainsi, lorsqu’on lui demande s’il est heureux, il bute, ne comprend pas le mot. «Mais c’est le bon moment pour l’apprendre», sourit-il une fois la définition donnée.

Au foot et à l'école

Vendredi soir, les garçons s’entraînaient pour la première fois avec le FC Chêne-Aubonne. Lundi, les plus jeunes découvriront leur classe à l’école d’Aubonne. Quant à Ali et son grand frère, ils emménageront très bientôt dans l’appartement mis à disposition par la Commune. Autant de choses rendues possibles par l’engagement des membres de l’association. «Cet investissement citoyen, cette motivation profonde est le point le plus positif de cette aventure, se réjouit le directeur de l’EVAM, Erich Dürst. Pour les migrants, c’est très valorisant et précieux!»

Pour l’association bodzérane, pas question par contre d’aller trop vite. «Jamais nous n’aurions pensé, même pas rêvé, arriver à un tel résultat!» confient les membres en chœur. «On ne sait pas vraiment ce qui nous attend, il nous semble important d’y aller progressivement, explique une dame, membre. Nous avons donc demandé à l’EVAM de commencer par attribuer une seule villa et de faire le bilan avant d’aller plus loin.»

«Notre action n’empêche personne de soutenir quiconque»

Du côté de la Commune, le même enthousiasme domine. «On a tout de suite adhéré à l’idée, même s’il s’agit vraiment d’un engagement privé», se réjouit le syndic, Richard Gerritsen, avec une once de prudence tout de même. Car mardi soir au Conseil général, la nouvelle de l’arrivée de la famille n’a pas été accueillie avec chaleur par tous. «On ne pourra jamais empêcher les râleurs de râler», tempère le syndic.

«Il suffirait qu’ils rencontrent cette famille pour être aussitôt convaincus», assure un ancien de la commune. «On m’a plusieurs fois dit que des Suisses dans le dénuement ont aussi besoin d’aide. Notre action n’empêche personne de soutenir quiconque.» Et si elle peut même encourager les habitants d’autres communes de faire de même, «on aura gagné sur tous les tableaux», sourient encore les membres de l’association.

Créé: 23.04.2016, 09h23

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