L’âme du Bois de Chênes vit à la dure dans la forêt qu’il aime tant

GenolierFlorian Meier habite en famille dans une ferme au confort minimaliste. Mais il y est heureux.

De la fenêtre de sa cuisine, seule pièce chauffée de l'habitation, Florian Meier aperçoit parfois des sangliers et des lièvres.

De la fenêtre de sa cuisine, seule pièce chauffée de l'habitation, Florian Meier aperçoit parfois des sangliers et des lièvres. Image: Alain Rouèche

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Depuis la fin des années 1970, il est l’âme du Bois de Chênes. Il veille en tout cas sur la préservation de cette forêt protégée et pour laquelle il voue une profonde affection. Il faut avouer qu’en habitant avec sa compagne et son fils dans la ferme, la seule habitation du site, il possède un poste privilégié pour contempler l’une des plus belles forêts du pays. Un poste qu’il devra probablement quitter quand la fondation qui a repris la gestion du site commencera les travaux de restauration de la bâtisse. Reste que cela est encore de la musique d’avenir pour Florian Meier, toujours surpris des richesses de la nature qui l’entoure.

Gardien du temple, Florian Meier n’est pourtant l’employé de personne dans cette mission de surveillance et d’entretien du Bois de Chênes. Il est au bénéfice d’un gentlemen’s agreement passé avec le Canton depuis qu’il s’est installé dans la ferme, en 1978. En contrepartie du logement qu’il occupe sans payer de loyer, il doit effectuer quelques travaux, l’entretien des lisières de la forêt notamment. Sa présence sert aussi à surveiller que les règles de protection de la réserve intégrale, cette partie du bois qui est restée intacte depuis plus de cinquante ans, soient respectées.

Un intérim qui dure
«Contempler le Bois de Chênes est une source d’émerveillement constant», insiste le biologiste, qui s’est pourtant installé dans la ferme sans enthousiasme en 1978. «Nous n’avions pas trop envie de venir ici. Le Canton exigeait qu’un biologiste y habite, mais personne n’avait voulu. Comme ma compagne et moi-même finissions nos études en biologie, nous avons accepté d’occuper les lieux de manière intérimaire.»

Il faut avouer que le logement offrait et offre toujours un confort très sommaire: peu de lumière, une humidité élevée qui génère rapidement des moisissures, des toilettes sèches situées à l’extérieur et un chauffage uniquement dans la cuisine. Dans le bureau, Florian Meier travaille parfois par 12 °C. «Sans ma compagne, le séjour n’aurait pas été aussi agréable», note Florian Meier en hommage à son amie qui vit à ses côtés depuis toujours.

«Ce qui nous a séduits, c’est le voisinage, explique encore l’écologiste. Par la fenêtre de la cuisine, on aperçoit parfois des sangliers ou des lièvres. Le manque de confort est largement compensé par le contact privilégié qu’on peut avoir avec la nature.» Florian Meier est un amoureux de la nature qu’il a su apprivoiser par son métier. Avant d’entrer à l’Uni de Lausanne, il hésitait entre le génie civil et les sciences naturelles, qui obtiendront finalement ses faveurs. «Construire des ponts, ce n’était franchement pas très bandant», avoue-t-il aujourd’hui.

C’est ainsi durant ses études que sa sensibilité à l’écologie va se développer. Homme de terrain, il apprécie la découverte des mille et une facettes de la nature. «J’avais la crainte de devoir affronter l’intellectualisation de la science, admet-il. Cela n’a pas été le cas. J’ai au contraire découvert avec émotion les différentes facettes de la vie par l’approche de la biologie.»

C’est que Florian Meier aime par-dessus tout être au contact de la nature. Professionnellement, il a travaillé sur mandat pour des organisations internationales, entre autres pour l’Organisation mondiale de la santé dans le cadre d’une étude sur la variole des singes au Zaïre. Il a été appelé pour reconstituer des milieux naturels en Suisse et à l’étranger. Il a aussi été chargé de cours dans le domaine du biodéveloppement à l’Université de Genève.

Un enfant par choix
Ecologiste pur sucre, le biologiste avoue une extrême sensibilité à l’équilibre de la planète. S’il n’a eu qu’un enfant, c’est un choix pour ne pas participer à l’accroissement de la population mondiale. Militant écologiste, il est membre du comité de Pro Natura. Ce qui lui a valu parfois des inimitiés de la part des autorités voisines, quand il s’est battu contre des projets de développement. Il n’empêche, il roule en voiture et apprécie les facilités qu’elle lui offre.

Alors que son séjour dans le Bois de Chênes touche à sa fin, Florian Meier avoue parfois rêver d’un petit chalet. En bois, bien entendu.

Créé: 28.11.2014, 21h05

Le statut de surveillant va changer

L’arrangement dont bénéficie Florian Meier pour l’occupation gracieuse de la ferme avait déjà cours avec les occupants précédents, une famille avec cinq enfants dont le père était assistant en biologie à l’Université de Lausanne. Il ne sera pas maintenu avec les prochains occupants. Une fois les travaux de réhabilitation de la ferme réalisés, la Fondation du Bois de Chênes, qui reprend au Canton la gestion du site, y installera un nouvel occupant. Florian Meier, qui aura bientôt 70 ans, ne devrait pas être celui-là. «Il s’agira d’une personne qui aura un lien avec le Bois de Chênes, explique Georges Richard, président de la fondation. Un garde forestier pourrait être une solution. Mais rien n’est encore décidé.» La fondation, créée il y a quelques semaines, n’a pas encore décidé des modalités. Reste que la présence permanente d’un gardien, qu’il ait ce titre officiel ou pas, est une priorité pour éviter des débordements dans la réserve naturelle.

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