Le boss de Caribana boulotte des chiffres et des notes

PortraitTourbillonnant créateur du festival de Crans, Tony Lerch jongle entre sa fiduciaire et son «bébé», 29 ans en juin.

Tony Lerch sur son voilier du port de Crans: «Les choses auraient pu être plus simples si j’avais été plus calme.»

Tony Lerch sur son voilier du port de Crans: «Les choses auraient pu être plus simples si j’avais été plus calme.» Image: VANESSA CARDOSO

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Il a déjà passé 45 ans quand le diagnostic est posé: hyperactif, dyslexique, troubles de la concentration… «Tous les machins de m… quoi», résume Tony Lerch. Le natif de Crans-près-Céligny, à côté de Nyon, a toujours été bougillon. «Mais avec l’âge, ça va mieux.» Vraiment?

À 54 ans, il compte déjà une bonne trentaine d’années de «double vie», comme il dit. «Au début, j’ai longtemps hésité entre la fiduciaire et la musique.» Ce sera les deux. En 1989, avec des amis, Tony Lerch organise une soirée tropicale au port de Crans. C’est le premier Caribana. Parallèlement, en 1995, après avoir travaillé plusieurs années pour KPMG, il fonde sa fiduciaire, intégrée entre-temps à un réseau de renommée internationale.

Organisateur dans l’âme, l’enfant de Crans a de qui tenir. «L’événementiel, c’est de naissance. Mon grand-père maternel, mon modèle, avait fait venir Michel Delpech autour du château à Crans!» À son tour, le petit-fils organisera des soirées pour ses camarades gymnasiens. Un camarade de classe se souvient de ce pote tourbillonnant, «voire brouillon». «Il avait toujours deux idées à la minute! C’était un effervescent. Et déjà fan de musique. Il pianotait sur son bureau comme sur un clavier.» À l’époque effectivement, difficile pour le jeune Tony de rester sur une chaise, «un enfer». «Ça m’a valu d’être banni des voyages d’études. Et pour y arriver, je devais travailler deux fois plus. Sauf en maths. Là, j’avais eu le déclic avec mon prof du collège à Nyon et mon père, qui était chercheur. D’un coup, c’était devenu facile.»

L’élève turbulent mettra son énergie dans l’organisation de moult soirées, privées ou estudiantines. «Tout a commencé par des fêtes dans le jardin de ma grand-mère. Il y avait déjà des groupes, deux menus, tout le bataclan…» Suivra le giron des Jeunesses, qu’il organisera tout en passant ses examens de HEC. «À l’époque, un giron, c’était un bal et c’est tout. Nous, on a fait des lives, des concerts tropicaux… On me disait: «Tony, tu fais trop gros!»

Et puis il y aura la fameuse Fête des Caraïbes, à Nyon, en 1983. Décors, costumes, boissons, concerts… les tropiques au bord du Léman. Les palmiers s’agitent dans le regard bleu océan du boss quand il évoque ces îles qu’il «aime depuis toujours». Un mot inscrit sur un pin’s rapporté du Canada par un ami fera le reste: «Caribana? Ce sera le nom de notre festival!» Et l’aventure musicale du port de Crans démarre.

À la barre

Tony aime tenir la barre. Que ce soit sur son voilier, à son festival ou au sein de sa société, il s’entoure des meilleurs dans tous les domaines. Et ne fait rien à moitié. Perfectionniste? Il le reconnaît. Un patron qui peut être «un peu dur», admet-il. «C’est jamais contre les gens, mais pour que ça fonctionne. Je sais que je suis trop exigeant avec moi-même et avec les autres. Au travail, j’aime que le client soit content et que mes collègues progressent dans la bonne humeur. À Caribana, c’est le festivalier qui est roi, et non les musiciens.»

Le caractère cash et impatient de Tony Lerch lui coûtera aussi des amitiés. Surtout dans une aventure humaine comme celle du festival, où tout part d’une équipe de potes et fonctionne au bénévolat. «Je peux exploser. Les choses auraient pu être plus simples si j’avais été plus calme, confesse-t-il. C’est pas que j’ai des mauvaises idées, mais elles sont juste mal dites.» Ça, c’est le «Tonytruant».

Mais il y a aussi «Tonytouchant». Lucide sur ses défauts, qui aime les gens, qui s’engage sur tous les fronts. Certains autochtones de Verbier – ce skieur invétéré fréquente la station depuis des décennies – lui donnent d’ailleurs du «président». «C’est vrai que j’ai toujours eu tendance à trop pousser les choses, alors que ça ne sert à rien. Mais je ne suis pas dictatorial. Je suis très ouvert aux idées des autres. Je compte sur eux.» Il sait être reconnaissant. Notamment envers son épouse, Marianne. «Si elle n’avait pas été là, il n’y aurait plus de festival. C’est elle aussi qui s’est occupée de la famille. J’étais pas toujours là, comme père. On se fait happer.» Silence. «Mes deux garçons et moi lui devons énormément.» Père et fils ont tout de même beaucoup partagé, notamment des activités sportives. Outre la voile, «pour le côté stratégie et l’ambiance d’équipe», cet amoureux du lac et du Jura évacue son stress sur une selle, à peaux de phoque ou à skis de fond.

Crise et perfusion

Le côté pile du style Lerch, c’est qu’il fait bouger les choses. En 2012, il monte au créneau quand les autorités communales veulent chasser le festival pour préserver le terrain. Il ira défendre sa cause au Conseil communal: «C’est un peu le Conseil qui nous a sauvés. Il a lancé par deux fois un sondage, avec 80% de retours positifs. Le village était derrière nous.»

Reste que Caribana n’a jamais cessé «d’être sous perfusion», note le boss. Encore plus maintenant où il y a tout à portée de clic ou de vol low cost. «Et le showbiz est devenu moins rigolo. On ne peut plus discuter avec les artistes. Derrière, c’est une machine à fric avec les agences. Mais je ne suis pas pour lâcher quand ça va mal.» En même temps, Caribana apporte aussi son lot de satisfaction et de rêve: «Je suis fier de voir le mélange des générations chez les bénévoles. Et d’avoir obtenu par deux fois la palme du développement durable.» Du côté de l’Asse, Daniel Rossellat salue les qualités de son cadet: «Il a réussi à transformer une fête villageoise en un événement musical qui a trouvé sa place dans le calendrier des festivals romands», relève le patron du Paléo.

En attendant qu’une équipe de jeunes trouve l’énergie de «poursuivre l’aventure, quitte à tout revoir», Tony Lerch restera donc à la barre. Fort de ses bonnes résolutions de quinqua. «Je dois apprendre à apprécier le moment présent et ne pas toujours avoir des projets, comme le Tony d’avant. Là je suis un peu plus posé, même si j’ai encore des idées hallucinantes.»

Créé: 24.05.2019, 09h35

Bio

1965 Le 24 janvier, naissance de Tony à Crans-près-Céligny, encore aujourd’hui le port d’attache de ce grand voyageur. Père chercheur et ingénieur. Mère droguiste.

1983 Met sur pied avec des amis la Fête des Caraïbes, manifestation unique qui marquera la jeunesse nyonnaise. 1988 Termine ses études à la HEC de Lausanne.

1989 Premier Caribana Festival. La même année, entre chez KPMG.

1995 Fonde son bureau fiduciaire. 1996 Épouse «Mimi». Naissance de Sacha.

1999 Naissance de Loïc. 2011 La fiduciaire intègre le groupe Moore Stephens.

2020 Le Caribana Festival fêtera sa 30e édition.

Caribana Festival

29e édition, du 5 au 9 juin, Crans-près-Céligny.

www.caribana-festival.ch

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