Entre Bougy et les Mohammad, c’est la lune de miel

AsileDepuis deux mois, le petit village des coteaux accueille une famille de réfugiés kurdes. Une fête a réuni la population vendredi.

Ici en robe de princesse, Noura et Amina (de g. à dr.) se sont fait des amies.

Ici en robe de princesse, Noura et Amina (de g. à dr.) se sont fait des amies. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Les familles de Bougy-Villars ont fêté vendredi les nouveaux habitants du village, réfugiés kurdes. Dans la salle communale, l’heure était aux sourires. Une centaine de personnes ont fait le déplacement, pour la plus grande satisfaction des organisateurs.

Les mets tendance Betty Bossi apportés par les Bodzérans partageaient le buffet avec une soupe aux lentilles et d’autres préparations typiques du Kurdistan syrien préparées par Halima Mohammad dans la maison du haut du village qu’elle occupe depuis six semaines avec son mari et ses enfants.

Le «nirvana»

Quelques jours plus tôt, Félix Comby, membre de l’Association Un village - une Famille à Bougy, et Ibrahim Mohammad discutent devant la villa mise gratuitement à disposition de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), qui y loge la famille kurde. Par gestes, par quelques mots pris au vol, mais aussi avec l’aide des enfants rompus à l’exercice de la traduction, les deux hommes parlent jardinage. Derrière eux, les herbes folles ont cédé place à un potager aligné au cordeau. Bientôt, tomates fraîches, salades ou encore choux viendront garnir le garde-manger familial. Devant la maison également, le jardin abandonné a retrouvé des couleurs.

Lorsqu’en prenant rendez-vous on a demandé à Félix Comby comment se passait l’intégration des Mohammad, il n’a répondu qu’un mot: «Le nirvana.» Autour de la table, les fils aînés, ceux qui parlent le mieux français, ne connaissent pas encore ce mot. Ils reviennent des cours – à l’OPTI – et se cherchent un apprentissage. «Pour avoir un vrai métier, pour perfectionner mon français. Mais c’est très dur, on ne parle pas assez bien», dit Ali, futur coiffeur, son permis B tout frais entre les doigts.

«Ici, mon père fait toujours quelque chose, il est toujours dehors, il travaille au jardin. Cet endroit change tout!»

Plus âgé, Mehwad se contenterait déjà d’un travail. «Un CFC, de cuisinier ou de plâtrier serait génial. Mais je lis et n’écris pas encore assez bien le français. Alors si déjà je peux travailler, ce sera super.» Et puis il y a les parents. «A Moudon, mon père sortait très peu de sa chambre, il ne faisait presque plus rien, se souvient, ému, Mehwad. Ici, il fait toujours quelque chose, il est toujours dehors, il travaille au jardin. Cet endroit change tout!»

Juste à côté, Amina en est à 42. Après les jours de la semaine et l’alphabet, la cadette compte jusqu’à plus soif, corrigée par sa sœur, Noura, qui, dès septembre, intégrera une «classe normale» à l’école d’Aubonne après avoir terminé l’année en classe d’accueil. Au spectacle de fin d’année, elles ont récité un extrait d’une chanson de Grand Corps Malade. Elles se disent tristes de ne pas pouvoir aller à l’école pendant l’été, mais se réjouissent de profiter des vacances «pour jouer avec nos copines». Et faire du vélo, grâce cinq – «Non six», corrige Amina – deux-roues récupérés auprès d’habitants qui n’en avaient plus besoin. «C’est pareil pour l’ordinateur, offert par une personne d’Arzier», se réjouit Félix Comby. Ou encore ces dizaines bibelots qui dormaient dans un grenier. «On est allé les vendre au marché aux puces et on a gagné presque 1000 fr. pour l’association!»

Un symbole fort

«C’est vrai que tout se passe très bien à Bougy-Villars, se réjouit le directeur de l’EVAM, Erich Dürst. Ce moyen d’accueillir les migrants est très efficace en termes d’intégration, c’est un symbole très fort, mais il ne sera jamais la règle et restera modeste par rapport à l’ensemble des personnes que nous hébergeons. Il faut une vraie volonté tant de la population que des migrants eux-mêmes. Tous doivent être conscients de l’implication que cela demande, mais aussi du fait que cette situation est probablement provisoire.» Une incertitude qui n’a aucunement empêché les rires de résonner vendredi soir dans les rues bodzéranes.

Créé: 19.06.2016, 18h58

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