Le Brexit pranginois ébranle Région de Nyon

Conseil communalLe divorce étant consommé entre Prangins et la Région, cette dernière s’inquiète des conséquences.

La Commune de Prangins a décidé de faire cavalier seul.

La Commune de Prangins a décidé de faire cavalier seul. Image: VQH/GÉRALD BOSSHARD

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Les dés étaient pipés. Mardi soir, dans un climat tendu, les élus pranginois ont voté par 32 voix contre 20 la sortie de leur commune de Région de Nyon, l’organe de coordination du district. Un résultat attendu, tant la position majoritaire en faveur de ce Brexit local était préparée et verrouillée contre toute influence extérieure. Le public, comme la presse, n’ont pas eu accès aux rapports de majorité et de minorité de la commission, les élus ayant voté lors d’une précédente séance que ces documents ne serait pas publié. On a donc assisté en trois heures de débat à un véritable procès dénonçant dans un plaidoyer très technique les dysfonctionnements du Conseil régional. Car plus que l’aspect financier que représente l’adhésion de Prangins à la Région, – la Commune y a participé pour plus de 400'000 francs en 2017, dont 170'000 de contribution solidaire aux projets régionaux –, c’est son fonctionnement qui a été cloué au pilori.

Reprendre la main

Olivier Binz, auteur de la motion qui a conduit le Conseil communal à demander la sortie de Région de Nyon, et Yvan Bucciol, délégué au Conseil intercommunal, ont parlé de perte de confiance en une instance qui mélange buts et tâches, confie à une société anonyme, la Sofren, des acquisitions de terrain qui ne sont pas soumises à l’approbation des Législatifs, et dont le comité directeur est «despotique». Autant d’affirmations à l’emporte-pièce qui ont fait mouche au sein d’un corps délibérant qui se sent dépossédé de son autonomie et de son pouvoir de décision, notamment sur les questions d’aménagement du territoire.

Autant d’affirmations que les représentants du Conseil régional auraient voulu démentir, s’ils avaient été entendus par les élus. Or cet automne, le Conseil communal avait refusé de les recevoir. La commission les a en revanche écoutés, comme le syndic François Bryand, qui a encore défendu en plénum, au nom de la Municipalité, le maintien de Prangins dans la Région. «Ce rapport de majorité à charge manque d’humilité, ne relève que les lacunes du Conseil régional, pas ses réalisations. Si on en sort, on laissera à d’autres le soin de choisir pour nous», a-t-il tenté de convaincre. La commission avait aussi entendu séparément, ce qui relève d’une rupture de collégialité, la municipale en charge de l’aménagement du territoire, Dominique-Ella Christin, qui, c’est un secret de Polichinelle, était favorable au divorce. Interrogée mardi par les élus sur les raisons de son retrait du comité directeur du Conseil régional, où elle a siégé une année et demie, la municipale a expliqué qu’il y avait des divergences entre la position municipale et celle du Codir sur quatre dossiers importants: le mode de financement de la Route de desserte urbaine (RDU), l’échange de terrain négocié dans ce cadre par la Sofren, la step régionale, et le rôle du Conseil régional dans l’établissement du futur plan directeur intercommunal (PDI), qui concerne les neuf communes de l’agglomération, dont Prangins, qui ont encore un quota de développement.

Le Conseil régional ayant déjà révisé ses statuts pour donner plus de voix aux organes délibérants des communes, le groupe de gauche Alternative a demandé pourquoi sortir maintenant, au lieu de rester pour réformer l’institution de l’intérieur. Il a aussi tenté sans succès d’obtenir un référendum spontané. Conscient que le vote de Prangins peut entraîner d’autres Communes à quitter la Région, Olivier Binz exulte: «Ce sera peut-être salutaire pour créer une autre forme de collaboration régionale». (24 heures)

Créé: 05.12.2018, 18h47

Commentaire

La victoire de la nouvelle patronne



Madeleine Schürch, rédactrice

La sortie du Conseil Régional n’est pour Prangins que le dernier acte d’un processus de repli entamé il y a deux ans déjà. À l’impulsion d’élus mécontents de ne rien avoir à dire sur un échange de terrain motivé par le projet de route à travers Changins (RDU), ils ont peu à peu provoqué un revirement complet de la vision municipale sur le développement de la commune. La Municipalité a abandonné coup sur coup le développement urbanistique prévu dans le cadre de l’agglomération nyonnaise le long de cette future artère, puis sa participation directe à la réalisation de cette route, jetant aux orties quinze ans de travaux en collaboration avec la Région. Une démarche soutenue, si ce n’est téléguidée, par la municipale Dominique Ella Christin, qui entend, après les désaccords survenus avec le comité directeur de Région de Nyon et les blocages nés de la nouvelle LAT, reprendre la main sur l’aménagement du territoire de sa commune. Si mardi soir, elle a respecté la collégialité, elle se profile clairement comme la patronne d’un Exécutif qui a de la peine à s’affirmer.

«On ne peut pas rester sur une île. Prangins n’a pas les ressources pour faire seule de grands projets»

François Bryand, syndic de Prangins

«On dit qu’on ne bouge pas, or nous avons déjà fait des réformes pour améliorer le fonctionnement de la Région»

Gérald Cretegny, président de Région de Nyon

Un très mauvais signal

Avec le retrait de Prangins, qui ne sera effectif qu’en janvier 2021, Région de Nyon ne comptera plus que 40 communes membres sur les 47 que compte le district. Avant elle, Bogis-Bossey, Commugny et Chéserex ont claqué la porte, trois autres n’étant pas membres. Si le départ de Prangins fait mal, c’est qu’il s’agit d’une grosse commune de 4000 habitants, située au cœur de l’agglomération nyonnaise et qu’il donne un mauvais signal à d’autres dissidents potentiels, notamment à Rolle. «Ce retrait affaiblit l’ensemble que nous formons dans le but de mettre
à disposition de tous des infrastructures nécessaires en termes de mobilité, de transports, etc.», regrette Gérald Cretegny Le président de Région de Nyon peine à comprendre cette soudaine fracture au sein des autorités pranginoises, alors qu’elles entretenaient jusqu’en 2016 de fortes relations avec le Conseil régional. Dans un communiqué, ce dernier regrette le cadre dans lequel s’est déroulé le vote de Prangins, l’occultation des rapports ne permettant pas de répondre «aux nombreuses inexactitudes et contre-vérités» pointées du doigt par les opposants. Le comité de direction déplore que le Conseil communal n’ait pas jugé utile d’attendre le Forum sur la collaboration régionale prévu début 2019, où il aurait pu se positionner comme acteur du changement, au lieu de voter la sortie sans permettre à la population d’avoir voix au chapitre.


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