«C’est terrible pour beaucoup de paysans!»

FiscalitéMartine Meldem est déçue par les propositions du Conseil d’Etat. La députée Vert’libérale, paysanne à Apples, attendait beaucoup plus.

Martine Meldem, agricultrice et maraîchère à Apples, estime l'aide insuffisante face aux difficultés des paysans.

Martine Meldem, agricultrice et maraîchère à Apples, estime l'aide insuffisante face aux difficultés des paysans. Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«J’espérais au minimum un moratoire qui garderait l’ancien niveau de taxation cantonale, regrette Martine Meldem, agricultrice à Apples. Comme députée, je trouve dommage que le Conseil d’Etat a fait cavalier seul. Avait-il peur que les députés prennent des décisions plus favorables aux agriculteurs? Mais on ne se rend pas compte à quel point la situation est terrible pour beaucoup de paysans!»

Pour mieux comprendre, on retrouve Martine Meldem sur son exploitation, à Apples. L’agricultrice tient un magasin à la ferme afin de mieux valoriser les produits de ses cultures maraîchères. Elle et son mari, Bertrand Meldem, ne savent pas comment ils seront impactés par le changement de taxation décidé par le Tribunal fédéral en 2011: «On est en zone agricole, on ne sait pas exactement à quelle moulinette on va passer.»

En revanche, de nombreux agriculteurs du canton sont touchés de plein fouet. «Il faut se rendre compte que ça a été pour eux comme un tsunami, d’une violence incroyable, explique Martine Meldem. Le changement s’est fait sans phase transitoire, sans que les notaires et les fiduciaires soient au courant au moment de certaines transactions et c’est ce qui a provoqué la catastrophe.» Elle cite le cas typique d’un agriculteur qui a transmis le domaine à un enfant et légué une parcelle en zone village à un autre. «La jeune famille a construit sur ce terrain. Plus d’une année après, elle a reçu du fisc une facture de plusieurs centaines de milliers de francs à payer dans un délai de 30 jours. Il est évident qu’une famille paysanne n’a pas ces liquidités à disposition.»

Martine Meldem évoque les difficultés des familles et cite des cas réels dans le canton. «Chaque situation est différente», précise-t-elle. «Je connais un cas où les frères et sœurs d’un agriculteur ont contesté la valeur de reprise du domaine, qui était d’environ 1 franc le m2. Ils se sont sentis déshérités. Mais quand l’exploitant remettra, c’est le fisc qui héritera de la plus-value. Moralité, tout va tomber dans l’escarcelle de l’Etat et cet agriculteur se dit que ses frères et sœurs avaient peut-être raison.» Dans un autre cas, un couple a vendu du terrain dans une zone à bâtir. «Ils ont réinvesti dans la maison familiale. Ils l’ont fait en ne sachant pas que 50% du gain leur serait réclamé ensuite.»

«Beaucoup d’agriculteurs ne veulent pas en parler par pudeur, mais quand on perd le travail de plusieurs générations du jour au lendemain, il faut avoir les nerfs solides. J’espère qu’ils vont tenir le coup»

Ailleurs, un couple de paysans sera bientôt à la retraite sans repreneur, «avec une ferme et un verger en zone village. Ils devront vendre une grande partie de ce patrimoine afin de pouvoir rester dans leur propre maison. Dans ce cas-là le Conseil d’Etat ne propose aucun rabais et propose juste de différer l’impôt, donc de le reporter à la génération suivante.»

Ailleurs encore, les enfants d’un paysan, qui avaient fait d’autres choix professionnels, reviennent sur l’exploitation pour sauver le patrimoine. A entendre Martine Meldem, ces situations sont difficiles pour les personnes concernées. «Beaucoup d’agriculteurs ne veulent pas en parler par pudeur, mais quand on perd le travail de plusieurs générations du jour au lendemain, il faut avoir les nerfs solides. J’espère qu’ils vont tenir le coup.»

Luc Thomas, directeur de Prométerre (association vaudoise des métiers de la terre), confirme que la pilule est amère pour beaucoup. «Je suis conscient que le Conseil d’État n’est pas responsable de cette situation, mais la directive qu’il propose aujourd’hui est insuffisante pour beaucoup de paysans.»

Créé: 19.09.2017, 22h23

Articles en relation

Un geste pour soulager le monde rural

Fiscalité Face à l’injustice qui frappe les paysans, le Conseil d’Etat accorde jusqu’à 66% de rabais sur l’impôt cantonal. Insuffisant, jugent les milieux agricoles. Plus...

Le Conseil d'Etat vaudois accorde des rabais d'impôt aux paysans

Fiscalité Plus de 400 exploitations ont des difficultés à cause d'un brutal changement de taxation. Pascal Broulis annonce des remises d'impôt limitées dans le temps. Plus...

Tous touchés par le suicide d’un jeune collègue épuisé

Agriculture Dans la région de Puidoux et Forel, quatre paysans témoignent pour dire leur crainte. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.