La cave de Bernard Ravet vidée de ses crus de luxe

Vufflens-le-ChâteauDes malfrats ont dérobé plus de 120 bouteilles parmi les plus réputées de Bourgogne, de Bordeaux et des États-Unis.

Bernard Ravet devant les casiers vides des vins qui figuraient parmi les plus prestigieux du monde et qui ont disparu.

Bernard Ravet devant les casiers vides des vins qui figuraient parmi les plus prestigieux du monde et qui ont disparu. Image: Christian Brun

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Petrus, Haut-Brion, Cheval Blanc, les noms de ces châteaux bordelais ont de quoi faire tourner la tête des amateurs de vin. Mais la nuit de jeudi à vendredi dernier a plutôt tourné au vinaigre pour le chef étoilé Bernard Ravet, qui a retrouvé au petit matin sa cave prestigieuse vidée de ses plus beaux trésors. «J’ai tout de suite compris en voyant la porte forcée», explique le patriarche de L’Ermitage, à Vufflens-le-Château, 19/20 au Gault&Millau.

Assis dans le petit salon où la cheminée crépite, le malheureux sort une feuille de sa poche et fait les comptes. «Je viens de boucler l’inventaire avec ma fille Nathalie. Ils ont emporté plus de 120 bouteilles en un temps record, en visant les casiers les plus importants. On parle de nombreux premiers crus de Bordeaux, des plus grands noms américains, sans oublier notre collection du domaine de la Romanée-Conti, considéré par beaucoup comme le meilleur du monde. Au total, il y en a pour 240'000 francs si l’on tient compte du prix qui figure sur notre carte.»

Choc émotionnel

Occupés à ranger le restaurant juste après le service, tous les membres du clan soutiennent le père d’un regard, sans faire état de leurs sentiments. «C’est un gros coup dur, mais nous faisons face et les clients n’ont pas vu de différence ce week-end. C’est émotionnellement qu’un tel événement vous marque car, au-delà de la valeur, c’est une collection qui remonte à plus de trente ans et que nous perpétuons avec mes enfants. Des vins pareils ne s’achètent pas sur internet, mais le plus souvent sur place, où nous sommes allés les déguster. Ils ont une histoire et nous, désormais, des souvenirs.»

Le bruit qu’on imagine lors d’une telle opération – même savamment orchestrée – n’aurait-il pas pu interpeller les propriétaires, qui résident à l’étage? «L’alarme s’est déclenchée, mais tout est allé très vite, se remémore le chef. J’ai regardé par la fenêtre, je n’ai rien entendu ni vu aucun mouvement ou véhicule, et j’ai pensé à une fausse alerte, comme cela arrive parfois. Il y a quinze ans, je serais allé voir mais, lors d’un précédent cambriolage en 2001, la gendarmerie nous a clairement conseillé de ne jamais intervenir.»

Une réplique troublante

Une plainte a été déposée et les inspecteurs ont prélevé des empreintes à la cave et sur la porte —forcée au pied-de-biche— qui mène au jardin. «Ce qui m’étonne, c’est que le mode opératoire est étrangement similaire à 2001, où c’est le coffre-fort qui avait été emporté. Les policiers ont toute ma confiance, mais je ne me fais guère d’illusions. Ces bouteilles sont déjà très loin à l’heure qu’il est, même si l’on peut toujours espérer un miracle.»

Lundi, jour de fermeture, la priorité était de refaire la carte en supprimant les références envolées. «L’assurance va fonctionner, mais il ne sera pas possible de reconstituer la cave à l’identique, les prix ayant pris l’ascenseur depuis nos achats minutieux, année après année. Je ne pleure pas sur mon sort, mais j’espère que mon cas va inciter mes collègues à la prudence et à mieux s’équiper que nous. Une lacune que nous allons combler sans attendre.»

Créé: 10.02.2020, 18h46

«Des vins extraordinaires

L’ironie du sort – si l’on ose dire – est que Bernard Ravet a reçu la semaine dernière une invitation à une vente aux enchères qui aura lieu le 1er mars à Genève, où l’on retrouve presque tous les crus similaires à ceux qui ont disparu.

«Il n’y a évidemment aucun lien, mais quand je vois les prix qui vont jusqu’à 68'000 francs pour douze bouteilles de romanée-saint-vivant (Bourgogne), je me dis qu’il faudra peut-être réorienter notre carte. Nous achetions ces vins pour le prestige et la satisfaction personnelle, mais les ventes restaient occasionnelles.»

Directeur de la Maison Bolle, à Morges, Blaise Hermann est un fin connaisseur, son œnothèque proposant aussi quelques crus d’exception. «Ce ne sont pas des lots qui vont se retrouver sur Anibis en Suisse, mais il y a un marché pour ces vins rares, dont certains sont extraordinaires. Les voleurs devaient savoir exactement ce qu’ils faisaient pour viser ces crus aussi précisément, même si nous savons qu’il y a des filières à l’étranger, là où ils se trouvent sans doute aujourd’hui.»

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