Le combat d’une mère à qui on a enlevé ses enfants

PranginsDans un livre publié fin février, Sabine Bruto raconte son épopée de six ans pour récupérer ses deux fils retenus de force en Tunisie.

«J'ai vécu six ans d'enfer pour libérer mes enfants», témoigne Sabine Bruto.
Vidéo: ANETKA MÜHLEMANN

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C’est une histoire d’amour à l’eau de jasmin qui a tourné au cauchemar. Mais qui finit bien. Française installée à Prangins depuis l’été dernier, Sabine Bruto a vécu l’enfer entre le moment où son mari lui a enlevé ses enfants en 2009 et le jour où elle les a récupérés en juin 2015. Le combat acharné de cette mère, qui a remué ciel et terre, jusqu’à rencontrer en secret François Hollande, avait fait grand bruit dans les médias français. Par résilience, «pour aider mes enfants à se reconstruire, et pour donner de l’espoir à tous ceux qui vivent ce type de tragédie», Sabine Bruto a décidé de publier son témoignage.

À voir sa frêle corpulence, et son sourire retrouvé, on peine à imaginer ce que cette femme a pu endurer, et surtout avec quelle obstination et quel courage elle a mené cette lutte de six ans pour ramener ses deux fils, Adam et Alexandre, âgés de 15 et 12 ans aujourd’hui. «Je me suis rendu compte à quel point on est seul, car personne ne peut comprendre ce qui vous arrive, mais il faut savoir que chacun a cette force en lui, d’autant plus quand on se bat pour la chair de sa chair.»

Elle trouve l’amour à Djerba

Tout avait commencé comme un conte de fées par une semaine de vacances à Djerba. En 2000, Sabine avait 18 ans. Elle s’éprend d’un beau Tunisien. Dans les mois qui suivent, les amoureux se revoient, tantôt en France, tantôt en Tunisie. Leur premier fils, Adam, naît en septembre 2003. Le mariage aura lieu en 2005, à la demande de Sabine. La petite famille vit près de Paris. Rachid (nom d’emprunt utilisé dans le livre) rentre souvent au pays, où il développe des affaires lucratives. Mais à la naissance d’Alexandre en 2006, il n’était pas présent.

«C’est à partir de là que notre relation s’est dégradée, se souvient la maman. Marié, il pensait qu’il pouvait faire ce qu’il voulait et l’argent qu’il gagnait lui est monté à la tête. Au bout d’un certain temps, j’ai demandé le divorce. Il ne l’a pas supporté. Il est devenu autoritaire, colérique et a monté un plan machiavélique pour m’enlever les enfants. On a compris après coup qu’il avait tout calculé.»

Le drame se produit le 23 août 2009. Sabine et les enfants sont en vacances en Tunisie. La veille de leur retour en France, Rachid lui annonce que les garçons ne repartiront pas. «Puis il m’a dit soit tu restes, soit tu pars», raconte-t-elle, encore remuée. Elle décide de rester, et de se battre. Elle alerte l’ambassade de France, le Bureau d’entraide, et monte un dossier d’enlèvement pour la justice tunisienne, puis avertit la presse française. «L’article paru dans «Le Parisien» l’a rendu fou. Il m’a violentée et jetée à la rue.»

Après trois mois, consciente qu’elle n’obtiendrait pas gain de cause en Tunisie, «un pays qui, même passé par la révolution, ostracise les femmes», Sabine consent à se séparer de ses enfants pour engager la lutte en France, une guerre d’usure qui va durer six ans. La justice française lui attribue la garde exclusive des enfants, et un mandat d’arrêt Interpol est même lancé contre Rachid. Mais rien ne bouge. Sabine Bruto s’adresse alors aux plus hautes sphères politiques des deux États et rencontre le président tunisien Moncef Marzouki, issu de la «révolution de jasmin». Sans succès.

Reçue par François Hollande

«Avec l’aide de mon comité de soutien, nous avons multiplié les actions de sensibilisation, et j’ai largement pu m’exprimer dans les médias nationaux, mais étrangement, Rachid était intouchable, résume la résidente de Prangins. En désespoir de cause, j’avais même planifié d’aller clandestinement chercher mes enfants en voilier. Finalement, j’ai entamé une grève de la faim devant l’Élysée, le 25 décembre 2013.» Cette fois, François Hollande la reçoit en secret début janvier 2014. Elle lui lance frontalement: «Vous êtes mon dernier recours!» Le président lui promet d’agir.

Mais il faudra encore des mois de pression sur Rachid, qui réussit à négocier d’être libéré de toute peine d’emprisonnement, et l’intervention d’une personne du renseignement en Suisse pour qu’enfin le père renvoie les enfants à sa mère, le 3 juin 2015. Depuis, Sabine Bruto exerce la profession de médiateur et de consultant en communication de crise au sein de MB Associés, basée à Nyon et à Genève. Elle envisage de créer une association pour aider les parents à qui on a enlevé un enfant. Elle dédicacera son livre chez Payot, à Nyon, le 11 mai.

L’an dernier, la Suisse a enregistré plus d’une centaine d’enfants enlevés par un de leurs parents. Un record. Ce chiffre n’a cessé d’augmenter durant les dix dernières années.

Créé: 15.03.2019, 19h10

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