Elle combat par référendum son municipal de mari
NyonDoris Uldry copréside le comité référendaire qui s’oppose à un plan de quartier soutenu par la Municipalité.
La campagne pour le référendum sur le plan de quartier de la Suettaz, à Nyon, a débuté sans nuance. Les référendaires et la Municipalité s’écharpent déjà alors que la date de la votation, qui sera selon toute vraisemblance le 9 février, n’a pas encore été officialisée. Les deux camps s’accusent d’être des menteurs. Au milieu de ce champ de bataille, on retrouve un couple détonant. Doris Uldry, conseillère communale, copréside le comité référendaire qui lance des missiles sur la Municipalité, où siège son mari, Claude.
«Nous faisons chambre à part en matière de politique, explique sereinement le municipal des Bâtiments. Nous ne sommes pas toujours du même avis et il y a parfois des prises de bec, le soir. Mais je ne me voyais pas lui demander de renoncer à s’engager dans une cause qui lui tenait à cœur parce que je suis municipal.» «Claude fait son travail de municipal et je fais le mien de mon côté, répond Doris Uldry. Dès le départ, je me suis engagée contre ce projet, qui ne correspond pas aux valeurs que je défends.»
Si le couple explique vivre très bien son désaccord sur un sujet fortement émotionnel à Nyon, sa situation pose de nombreuses questions. Le municipal peut-il dès lors défendre en toute liberté le projet de la Municipalité? Sa femme peut-elle mener une campagne efficace contre les intérêts de son mari? «Il n’y a aucune incompatibilité entre les deux fonctions», souligne le préfet Jean-Pierre Deriaz.
Municipalité surprise
Au-delà de la loi, l’engagement de Doris Uldry dans le comité référendaire met son mari dans une situation délicate. «J’ai été surpris de constater que la femme d’un municipal préside le comité référendaire, souligne le syndic Daniel Rossellat. J’en ai fait part à Claude Uldry. S’il n’y a rien à redire sur le plan légal, il s’agit d’une question de responsabilité individuelle. Ce qui est sûr, c’est que sa situation doit être inconfortable vis-à-vis de ses collègues.»
Le couple Uldry est devenu un sujet sensible dans le landerneau politique nyonnais, qui l’évoque toutefois avec une très grande discrétion, parfois préférant se protéger derrière l’anonymat. «C’est un sujet tabou, reconnaît Pierre Wahlen, président de la section Les Verts de Nyon. Personne n’ose en parler, car on essaie de faire abstraction des relations entre les uns et les autres. Cela dit, la logique aurait voulu que le mandat de l’un oblige l’autre à une certaine retenue.»
Pour le chef de groupe PLR au Conseil communal, la nuance est de mise. «Ça peut surprendre, mais la séparation des pouvoirs est respectée, souligne Yves Gauthier-Jaques. Ce que je regrette surtout, c’est de dépenser de l’argent dans un tel référendum alors que nous manquons de logements.» La présidente du Parti socialiste nyonnais est plus directe: «C’est limite, souligne Chloé Besse. Un devoir de réserve aurait dû être appliqué.»
Le municipal des Bâtiments assure qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts et qu’il est très attentif à cela. «J’ai proposé de moi-même de me retirer quand la Municipalité a débattu de la validité du texte du référendum», donne en exemple Claude Uldry.
Un élu bavard
La crainte du conflit d’intérêts n’est peut-être pas le problème. La nature de Claude Uldry pourrait l’être, en revanche. «C’est un introverti bavard», décrit un de ses proches. Dans le landerneau politique nyonnais, nombreux utilisent le terme de «secret de Polichinelle» quand ils évoquent l’inclination du municipal pour les indiscrétions. La préservation du secret des débats de la Municipalité et la possibilité que certains éléments puissent fuiter en cours de campagne sont des craintes partagées. «Claude Uldry cause trop. Il n’est pas un mauvais bougre et il connaît très bien ses dossiers, mais il lui arrive d’être déloyal envers ses collègues en dévoilant certaines informations», relève un politicien nyonnais qui l’a côtoyé de près.
Claude Uldry admet parler volontiers, tout en se défendant d’être l’auteur de fuites. «Je suis souvent sur la place du Château et dans la rue, insiste-t-il. Les 95% de mes discussions tournent autour de la politique. Je parle et je m’informe. Cela fait treize ans que je fonctionne comme cela.»
Créé: 01.11.2019, 06h57
Articles en relation
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
Caractères restants:
J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.


Veuilliez attendre s'il vous plaît 

