Le comédien qui préférait les coulisses aux paillettes

Sandro SantoroCet artisan de la scène fait bouger la culture morgienne qu’il s’agite à rendre encore plus accessible.

Image: Odile Meylan

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«Quand mes copains téléphonaient à la maison, neuf fois sur dix, j’étais au théâtre.» Cette phrase de Sandro Santoro se rapporte à son enfance, mais elle demeure d’actualité tant l’artiste ne cesse d’inventer et de créer. Après «Comme un air de West Side», une comédie musicale réalisée avec des gymnasiens de Morges et de Lausanne au printemps dernier, celui qui est passé par l’école Dimitri, au Tessin, vient de se lancer dans le «Coucou Project», un moyen novateur de proposer de la culture itinérante.

Le point commun entre ces deux projets? Sandro Santoro en est le créateur mais il œuvre en coulisses. «Je n’aime pas beaucoup les saluts à la fin d’une représentation, confie-t-il. Sur scène, j’ai toujours été plus à l’aise en Sganarelle qu’en Don Juan. J’aime quand les gens sont contents de ce qu’on leur offre plutôt que la lumière des projecteurs. Je suis comme un menuisier heureux de voir les gens utiliser la chaise qu’il a construite et pas forcément en attente qu’on lui dise qu’elle est belle.»

Un travailleur de l’ombre qui aime mettre les autres en lumière, voici comment décrire le Lonaysan. La scène et le théâtre, il les a découverts à l’école, à Beausobre, à Morges. Son professeur de l’époque, Michel Guibert, s’en souvient: «Nous avions présenté «L’amour médecin», de Molière. Sandro y interprétait Sganarelle avec beaucoup de talent et de fougue. Il faisait partie d’une très belle volée de joyeux lurons, tous bons comédiens. Un jour, ils m’ont demandé de pouvoir faire des imitations en classe. Elles se sont évidemment portées sur les professeurs et Sandro avait déjà ce don de capter les traits des gens. Il observait beaucoup. Mais il n’avait pas l’ambition de faire carrière. Pourtant, déjà à l’époque, on sentait qu’il y avait quelque chose entre lui et le théâtre.»

Une révélation, puis l’école Dimitri

Durant ses études gymnasiales, il a participé à la création du cours facultatif de théâtre. Une discipline qu’il enseigne aujourd’hui encore au même endroit. «Le clin d’œil est sympa, concède le principal intéressé. Le fait de travailler avec ces adolescents en pleine construction de leur identité, c’est quelque chose que j’aime beaucoup. À leur contact, j’en apprends sans doute plus qu’eux au mien.»

C’est durant son université en Lettres que le jeune homme fait une rencontre qui lui donnera un déclic. «Cédric Dorier, qui est comédien aujourd’hui, était mon voisin de classe en italien. C’est avec lui qu’on a commencé à parler de la possibilité de faire du théâtre notre métier. On a réalisé que nous n’étions pas vraiment à notre place à l’université et c’est comme ça que j’ai osé me lancer.» À 24 ans, Sandro Santoro entre à la prestigieuse Scuola Teatro Dimitri. Pour autant, le jeune acteur ne rêve pas de grandes scènes, lui qui revient chez lui, à Morges, après ses trois ans d’étude. «Je n’ai jamais eu l’idée de monter à Paris par exemple. Je suis très attaché à l’idée d’artisanat du métier. Ce que je souhaite, c’est de faire du travail de qualité, pas forcément de me retrouver sur les plus grandes scènes. Je veux juste mettre les mains dans le cambouis et bosser, sans aucun préjugé sur ce que l’on fait et où on le fait. Que ce soit avec des jeunes, des vieux, des professionnels, des amateurs, ce qui compte c’est le plaisir de l’échange.» Une profession de foi qu’il met en pratique avec le «Coucou Project», justement, où il investit des lieux parfois improbables de la ville afin d’y faire «performer» différents artistes.

Un artisan amoureux de la scène

Une simplicité et une passion du métier que confirme Blaise Hofmann, qui a écrit deux fois pour l’acteur lonaysan: «Malgré sa barbe de bobo lausannois, il sait s’adapter à tout public, sourit l’auteur morgien. C’est un vrai passeur qui fait des va-et-vient entre le théâtre professionnel et la culture populaire.» Les deux hommes collaboreront d’ailleurs lors de la Fête des Vignerons l’an prochain. Un événement durant lequel Sandro Santoro sera assistant régisseur. «On m’a demandé si je voulais participer et c’est naturellement que j’ai accepté. Peu importe s’il faut écrire les textes, repasser les costumes ou changer les ampoules des loges, ce que j’aime c’est vivre proche de la scène. J’ai toujours voulu faire ça et j’ai la chance de pouvoir en vivre.» Une modestie soulignée par Blaise Hofmann: «C’est un gros bosseur de l’ombre qui ne compte pas ses heures. Dans le monde très m’as-tu-vu du théâtre, Sandro est une exception d’humilité et de discrétion. Il se fait presque oublier, mais c’est pour mieux être à l’écoute, se mettre au service de la création.»

Service. Le mot est lâché et semble coller parfaitement à l’artisan de la scène indépendant, pourtant bien conscient que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. «On doute tout le temps dans ce milieu, concède-t-il. Si, un jour, je n’ai plus d’idées, je m’arrêterai, c’est certain, mais pour faire quoi? Je n’en sais rien. Je ne suis pas sûr de savoir faire autre chose.» Avant d’imager: «Parfois je me sens comme un clown, bon à tout, bon à rien. Mais mon clown est naïf, enthousiaste, comme un enfant qui se réjouit et s’investit pour ce qui lui plaît. J’espère que je continuerai à avoir cet enthousiasme.»

Pour l’heure, Sandro Santoro poursuit son chemin et compte bien continuer à faire bouger Morges. «J’ai l’impression qu’il y a ici une case de libre par rapport à la création. Tenter de nouvelles choses, qui ne rentrent pas forcément dans un cadre précis et défini, être toujours en mouvement, c’est ce que j’aime, c’est ma conception de la culture.»

(24 heures)

Créé: 11.10.2018, 09h02

Bio

1976
Naissance à Morges, le 19 juillet.

1999
Il fait son entrée à la Scuola Teatro Dimitri, l’école du célèbre clown.

2002
À peine sorti de chez Dimitri, il participe à Expo.02 et se retrouve en charge d’une animation pour la journée cantonale du Tessin.

2004
Création de Naphtaline, une association qui a pour but de mettre sur pied des pièces de théâtre et de promouvoir le monde de l’art. C’est avec cette compagnie que le Morgien a mis en scène et participé à de nombreuses pièces dans les années 2000.

2010
Amoureux de sa région, il participe à la fête du district et joue dans «Deux décis d’Odyssée», un spectacle écrit par son ami, l’écrivain Blaise Hofmann.

2013
Il se lance dans une quête artistique et personnelle sur les traces de ses racines. À pied, il rallie Morges à Petrizzi, son village d’origine en Calabre.

2018
Lance le «Coucou Project» et organise des spectacles dans les salles communales morgiennes.

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