En constante mutation, Pré-de-Vert construit pour les enfants en difficulté

RolleLa Fondation Claudi Russell-Eynard a deux projets en vue d’améliorer l’accueil socio-éducatif de l’institution.

Katia Isaac, la présidente de la fondation Claudi Russell Eynard, et Olivier Brocard, directeur de l'institution Pré-de-Vert, ont des projets pour les enfants dans le besoin.

Katia Isaac, la présidente de la fondation Claudi Russell Eynard, et Olivier Brocard, directeur de l'institution Pré-de-Vert, ont des projets pour les enfants dans le besoin. Image: ODILE MEYLAN

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Propriété de la famille Eynard depuis le XIXe siècle, le magnifique domaine de Pré-de-Vert (13 hectares à l’entrée ouest de Rolle) a été légué en 1932 à une fondation, en mémoire du petit Claudi décédé de la tuberculose le 17 juin 1917, à l’âge de 12 ans. En échange, la fondation a comme mission d’accueillir des enfants en difficulté. Les premiers étaient tuberculeux, puis il y a eu les cas sociaux d’après-guerre, et enfin l’ouverture de classes spécialisées. «Au fur et à mesure du temps, l’institution a dû s’adapter. Aujourd’hui, elle doit construire de nouveaux espaces pour continuer à remplir sa mission», déclare Katia Isaac, petite nièce de la légatrice et actuelle présidente de la Fondation Claudi Russell-Eynard.

Jusqu’en 2005, date de l’inauguration d’un petit collège, l’ancienne maison de maître de Pré-de-Vert (dix-huit pièces) a servi à la fois de foyer et d’école pour les enfants en internat ainsi que pour des enfants de la région connaissant des difficultés scolaires et de comportements. Depuis 2012, l’institution est au bénéfice d’un contrat de prestation avec le Service de protection de la jeunesse (SPJ). Elle s’est spécialisée dans les prestations socio-éducatives et thérapeutiques, qu’elle propose en accueil de jour à Pré-de-Vert, mais aussi dans les établissements scolaires de la région.

«Ces enfants ont des difficultés d’apprentissage, des troubles psychiques ou des problèmes familiaux, voire cumulent ces complications, qui sont parfois interdépendantes»

«C’est compliqué de mettre ensemble des enseignants, des éducateurs et des thérapeutes, explique le directeur, Olivier Brocard. À Pré-de-Vert, nous avons développé des compétences pour y parvenir, dans le but de pouvoir s’occuper correctement d’enfants très perturbés, qui peuvent vivre des crises profondes et parfois violentes. Ces enfants ont des difficultés d’apprentissage, des troubles psychiques ou des problèmes familiaux, voire cumulent ces complications, qui sont parfois interdépendantes.» Le directeur précise qu’il y a aussi des enfants accueillis comme internes, qui suivent une scolarité normale dans les écoles de Rolle.

Mis à l’enquête le mois dernier, le premier projet de la fondation est une extension du collège. Elle permettra d’accueillir cinq nouvelles classes et de regrouper différents services pédago-éducatifs, thérapeutiques et administratifs. «Nous pourrons rationaliser notre fonctionnement, améliorer les synergies entre intervenants. Et lorsque l’extension sera terminée, nous pourrons enlever le Portakabin provisoire», précise Olivier Brocard.

Le second projet a déjà reçu son permis de construire et n’attend que le feu vert de Berne (ces projets sont subventionnés par la fondation, le Canton, et la Confédération). Il s’agit de réaliser un petit bâtiment près de l’étang qui comprendra des chambres avec une cuisine et un lieu de vie communs. «Ces logements sont destinés aux jeunes qui auront quitté Pré-de-Vert à 16 ans mais qui n’ont pas encore les moyens ou les compétences de vivre de façon autonome, explique Olivier Brocard. Il y aura la présence d’un adulte référent. C’est mieux qu’ils soient là que dans un autre foyer pour ados, où le climat peut être déstabilisant.»

4,7 millions

Reste la question financière. L’extension coûtera 2 millions et le petit bâtiment 2,7 millions. «La fondation va se lancer dans une recherche de fonds car elle n’est pas riche», annonce Katia Isaac. Certes, il y a les terres, la maison historique et la ferme qui constituent un joli patrimoine. Mais il faut l’entretenir. «Rien que les forêts nous coûtent 15 000 francs par an, poursuit la présidente. Mais après cela, on sera bons pour vingt ans.»

Ce qui n’empêche pas le directeur d’avoir encore des projets. «Je suis pour une maison ouverte sur l’extérieur. Jusque-là, les ventes à la ferme du paysan amenaient du monde. Mais il a cessé cette activité. Après l’inauguration de nos deux projets, j’aimerais qu’on organise une grande fête annuelle dans le parc avec des concerts, des spectacles et des jeux pour tous.» (24 heures)

Créé: 17.08.2018, 06h54

Un destin tragique

À la fin du XIXe siècle, les propriétés Eynard allaient, le long du lac, d’Oujonnet à Pré-de-Vers, en passant par Beaulieu, Fleuri, la Dolle, et s’étendaient jusqu’à Burtigny. Ces biens ont été acquis grâce à la fortune de Jean-Gabriel Eynard (1775-1863), négociant à Gênes, conseiller financier de la reine d’Etrurie et du grand-duc de Toscane. Jean-Gabriel fit construire le Palais Eynard et l’Athénée. Sa descendante, Marguerite, héritière du domaine de Pré de Vers, connut un destin plus tragique. Mariée à un gentleman anglais, Claude Russell, elle eut un fils, Claudi, qui décéda en juin 1917 de la tuberculose à l’âge de 12 ans. Le mari mourut un an plus tard, en 1918, de la grippe espagnole. Puis Marguerite, inconsolable, s’est éteinte à l’âge de 40 ans, en 1924, léguant sa propriété à la fondation Claudi Russell-Eynard qui, selon son désir, porte à la fois le nom de son fils et celui de son époux. Lorsque la maison de maître est devenue un home permanent en 1945, la chambre de Claudi est restée fermée, jusqu’en 1995, date à laquelle elle a été attribuée à l’internat. Pendant 50 ans, cette chambre mystérieuse a généré mille et une histoires dans l’imaginaire des enfants qui vivaient dans cette belle maison.

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