La Côte est le grenier suisse de la semence de maïs

AgricultureLa moitié des semences de maïs du pays provient de l’Ouest vaudois. Une contribution à la sécurité alimentaire plébiscitée par le peuple.

Didier Peter, président de Swissmaïs, Martin Walter, gérant des centrales de triage de Moudon, et Denis Huguet, responsable de la production de maïs à La Côte.

Didier Peter, président de Swissmaïs, Martin Walter, gérant des centrales de triage de Moudon, et Denis Huguet, responsable de la production de maïs à La Côte. Image: Vanessa Cardoso

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Monsanto n’est pas seul à occuper le terrain du marché des semences de La Côte. Loin de l’activité industrielle décriée de la multinationale installée à Morges, une poignée d’agriculteurs travaille de manière artisanale pour produire des graines de maïs de proximité. Minuscule face à la démesure du géant américain, l’œuvre de ces paysans est pourtant tout sauf anodine. «Leur contribution est extrêmement importante dans la sécurité de notre approvisionnement», souligne Didier Peter, président de Swissmaïs, la société fondée il y a vingt ans et qui regroupe la quarantaine de producteurs suisses. Dans ce créneau, la région de La Côte est devenue un maillon essentiel. La moitié de la production suisse – qui varie entre 500 et 650 tonnes par année – provient de l’Ouest vaudois, qui compte quatorze producteurs et entre 90 et 110 hectares destinés à cette activité. Saint-Gall et le Tessin, dans une moindre mesure, se partagent le reste de la production. L’ensemble des graines suisses permet de couvrir le tiers des besoins nationaux. «En cas de nécessité, nous pourrions augmenter facilement notre tonnage, estime Didier Peter. Nous possédons un savoir-faire précieux qu’il ne faut surtout pas perdre.»

Le savoir-faire en question est même exclusif. «Les écoles n’enseignent pas les techniques de production des graines de maïs, ajoute Denis Huguet, responsable de production de maïs à La Côte. Elles s’apprennent entre pairs.» Et cela depuis le début de cette activité sur le sol suisse, au milieu des années 1950. Un directeur d’usine de multiplication des semences à Angers était alors en convalescence à La Côte. Persuadé que la région possédait le potentiel pour la production des graines de maïs, il a proposé à des agriculteurs avec qui il avait fait connaissance de se lancer dans l’aventure. Depuis, quelques domaines ont suivi le mouvement. On en retrouve aujourd’hui quatorze autour d’Aubonne, Luins, Gland et Vufflens-le-Château (lire encadré).

Un travail d’orfèvre

Pour réussir à produire une graine de qualité, qui résiste aux maladies et qui a un rendement meilleur tout en étant garanti sans organisme génétiquement modifié (OGM), la technique exige beaucoup de précision. L’hybridation est le secret pour mélanger les gènes. Pour cela, l’agriculteur doit faire en sorte que le plant femelle et le plant mâle, qui ne poussent pas à la même vitesse, arrivent à maturité en même temps. Le second pourra ainsi polliniser le premier. «C’est parfois de l’orfèvrerie, image Denis Huguet. Ça peut se jouer dans un laps de temps d’une journée.»

Une telle production reste chère, car une grande partie des processus n’est pas mécanisable. Une main-d’œuvre nombreuse est donc nécessaire. «La plupart des producteurs ont d’autres cultures qui nécessitent aussi beaucoup de personnel, note Denis Huguet. Les risques financiers sont donc grands pour ces paysans.» Un orage de grêle ou un problème sanitaire et l’ensemble des heures investies sont perdues. Pour minimiser les risques, un système de solidarité a été mis en place pour aider les victimes d’éléments incontrôlables.

Des nains parmi les géants

Depuis plusieurs années, la production de semences de maïs est relativement stable à La Côte, comme en Suisse. La diminution du nombre de producteurs au Tessin est compensée par une légère hausse dans le Rheintal, à Saint-Gall. Face à la concurrence accrue, la filiale suisse possède des atouts qu’elle entend valoriser. «Nous sommes des nains sur le plan européen, juge Didier Peter. Nos structures sont petites à tous les niveaux, des surfaces exploitées jusqu’à notre centre de conditionnement à Moudon. L’avantage de cette situation est par contre notre grande flexibilité pour répondre rapidement à la demande.»

La branche résiste ainsi bien face à quelques multinationales. Une partie des agriculteurs suisses qui fait pousser du maïs est souvent prête à payer un peu plus cher pour des graines locales. «Nous offrons une production de proximité pour les agriculteurs par les agriculteurs et garantie sans OGM», insiste le président. (24 heures)

Créé: 09.01.2018, 19h52

En dates, en chiffres

1952

Année de la première production de semence de maïs en Suisse. L’année suivante, huit agriculteurs s’intéressent à cette production.

1997

Année de la création de la société Swissmaïs, qui regroupe l’ensemble des producteurs de semences en Suisse. L’entité répond à un changement légal pour obtenir une certification de la Confédération. Elle assure une démarche qualité.

40

C’est le nombre de producteurs de semences de maïs en Suisse en 2018. Le Tessin en compte 2 pour 15 à 25 hectares de surfaces agricoles, le Rheintal, dans le canton de Saint-Gall, en a 24 pour 60 à 70 hectares. La Côte compte de son côté 14 producteurs qui travaillent sur 90 à 110 hectares par année.

500 à 650

En tonnes, c’est la production annuelle de semences suisses. Chaque année, entre 6 et 10 variétés sont multipliées. Cela représente un tiers des besoins de l’agriculture suisse.

60'000

En hectares, il s’agit de la surface de maïs cultivée au total en Suisse. En grande partie, la plante est utilisée comme fourrage. Au Tessin, une part marginale de la production est réservée à la fabrication de la polenta.

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