Coup de neuf pour les peintures ancestrales du temple de Nyon

ArtisanatAprès l’extérieur, c’est l’enveloppe intérieure de la bâtisse qui a désormais droit à toutes les délicatesses

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Fini le gros œuvre, les truelles, les rouleaux à peinture. Place désormais aux doigts de fée, ceux qui redonneront de l’éclat aux œuvres peintes du chœur à la voûte du temple de Nyon. Dans cette cathédrale d’échafaudages qu’est ces jours l’intérieur de l’église, une demi-douzaine d’artisans s’affairent. Ils sont conservateurs-restaurateurs, armés d’une simple éponge sèche, de seringues et, plus tard, de petits pinceaux. «Une part passionnante de notre travail de rénovation, à la fois fine et spectaculaire», sourit Nicolas Delachaux, l’un des deux architectes en charge du chantier.

Datant de l’époque romane (début du XIIe siècle) et recouverte au moins à trois reprises après la Réforme, la peinture murale représentant la Pentecôte est évidemment la pièce maîtresse abritée par la bâtisse. «Pour son ancienneté et pour son exceptionnelle qualité. On est ici face à l’œuvre d’un très, très bon peintre», explique Eric-James Favre-Bulle, patron de l’Atelier Saint-Dismas, en charge de la restauration du chœur, les frises décorant la nef étant confiées à une seconde entreprise, Sinopie.

Plusieurs choix techniques

Scrutée par Jésus, les apôtres et 700 ans d’Histoire, Catherine Orange frotte soigneusement la peinture avec une éponge sèche, «qui fonctionne en fait comme une gomme». Il s’agit ici, d’abord, d’enlever le dépôt crasseux. «Une fois que ce sera fait, reprend-elle, nous pourrons avoir une idée plus précise de la suite des interventions.» Car les questions sont encore nombreuses. Quel sort, notamment, réserver aux retouches apportées, en 1925, par Ernest Correvon, une référence en matière de restauration? Faut-il les garder? Les effacer? Les remplacer? «Elles sont un peu grossières, on a l’impression qu’il a dû travailler vite. C’est moins soigné que ce qu’il a fait ailleurs, notamment à Romainmôtier», juge Eric-James Favre-Bulle. Car la question prioritaire de la conservation réglée, il faut encore se pencher sur la restauration. «Le but est de valoriser l’œuvre originale. En l’occurrence, sans intervention, je crains qu’elle ne devienne un puzzle peu clair pour le public.»

L’enjeu est le même quelques mètres plus haut, sous les voûtes de la nef et des chapelles. «Elles ont été peintes en 1614 et restaurées en 1926 et 1933, avec des techniques et des résultats différents», explique Alain Besse, directeur de Sinopie. Ernest Correvon avait en effet obtenu le mandat pour une moitié seulement de l’édifice. Sept ans plus tard, un artisan nyonnais remportait l’appel d’offres pour le reste de la nef. Du coup, là où le premier avait misé sur la conservation de l’enduit originel et la restauration des frises, le second a préféré repartir de zéro, recrépissant les façades et repeignant les décors à l’identique. Enfin presque… «C’est incontestablement moins bon, mais c’est un choix fait à l’époque, et il avait certainement ses justifications», défend Alain Besse.

«D’autant que les modes changent, ajoute Eric-James Favre-Bulle. Le regard que l’on portait au début des années 1900 sur l’art des époques romane ou gothique n’a rien à voir avec notre vision actuelle. Et rien n’indique que la nôtre sera la même qu’à la prochaine intervention.» C’est pourquoi chacune d'entre elle doit être réversible. «Afin, conclut Alain Besse, que les suivants puissent, eux aussi, faire leurs choix, dans ce qu’ils jugeront être l’intérêt de l’œuvre originale.»

Créé: 03.04.2016, 15h38

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